mardi 16 décembre 2014

Gilles Deleuze et la métaphysique

   

« La philosophie est l'art de former, d'inventer, de fabriquer des concepts » Gilles Deleuze, Qu'est-ce que la philosophie ?

Pour Gilles Deleuze, le professeur est un homme de l'ombre, «les vies de professeurs sont rarement intéressantes », comme sa vie consacrée à la réflexion et à l'enseignement. Il se passionne pour son métier, il sait intéresser ses étudiants à ce domaine parfois aride qu'est la philosophie. A partir de 1945, il récuse l'enseignement tourné trop souvent vers les maîtres allemands Hegel, Husserl ou Heidegger, pour se tourner vers des penseurs comme David Hume, Henri Bergson ou Nietzsche qui l'amène à écrire Nietzsche et la philosophie en 1962.

Badiou Deleuze  

Michel Foucault est enthousiasmé et le pressent pour enseigner à l'université de Vincennes créée après mai 68 où, là aussi, ses cours rencontrent un succès extraordinaire. Avec son ami Félix Guattari, il va écrire ses ouvrages majeurs comme son Anti-Oedipe. Il critique autant le primat de l'homme blanc que les aspects schizophrènes du capitalisme. Son idée maîtresse est qu'un philosophe doit créer de nouveaux concepts pour dépasser les oppositions, les dualités traditionnelles, récurrentes qui « donnent aux choses une vérité nouvelle, une distribution nouvelle, un découpage extraordinaire. »

Dans cette logique, il rompt avec le structuralisme pour proposer une théorie des systèmes en réseaux, qu'il baptise d'un nom emprunté à la botanique, le rhizome, ces racines qui courent sans organisation apparente. Dans les années 80, il réfléchit au sens de l'image et de la photo à travers la peinture de Francis Bacon et le cinéma où il développe une théorie de l'image et du temps comme devenir. Contrairement à son ami Michel Foucault auquel il consacre un livre en 1986 et contre Jacques Derrida, il se veut à la fois « créateur de concepts » et ancré dans la réalité.

Si selon Alain Badiou, Gilles Deleuze éait son « meilleur ennemi » (voir ma fiche Gilles Deleuze et Alain Badiou), Michel Foucault estimait quant à lui, qu'« un jour, peut-être, le siècle sera deleuzien. »
Le 4 novembre 1995, il choisira de mettre fin à sa grave maladie pulmonaire qui le handicapait de plus en plus et de reposer en Haute-Vienne à Saint-Léonard-de-Noblat. Pour lui, a-t-il confié dans une interview au Magazine littéraire en 1988, « il n’y a pas d’œuvre qui n’indique une issue à la vie, qui ne trace un chemin entre les pavés. »

  Deleuze, Foucault (à droite) et Sartre (au fond) 

L'évolution des sociétés

Selon Gilles Deleuze, notre époque marquerait un point d'évolution essentiel en passant d'un type de société à un autre. Dans Pourparlers 1972-1990, il définit un système mu « non plus par enfermement, mais par contrôle continu et communication instantanée » où la maîtrise de l'ensemble est interne au champ social et concerne l'individu dans son intégralité.

Il y voit l'embryon d'une société plus ouverte remplaçant peu à peu «une société où les systèmes institutionnels modelaient coutumes et pratiques, des systèmes comme l'école, la caserne, l'usine... fonctionnant  en milieux clos. » Il précise la différence qu'il fait entre les deux systèmes « Le contrôle est à court terme et à rotation rapide, mais aussi continu et illimité, tandis que la discipline était de longue durée, infinie et discontinue... L'homme n'est plus l'homme enfermé, mais l'homme endetté. » (Pourparlers, page 246)

Deleuze reconnaît l'influence de Michel Foucault [1] dans sa réflexion qui le conduit à analyser cette évolution sociétale qui a vu se succéder, sur les critères qu'il a définis, les sociétés de souveraineté, les 
sociétés disciplinaires pour aboutir actuellement aux sociétés de contrôle. Une démarche sans jugement de valeur quand il conclut
« qu'il n’y a pas lieu de craindre ou d’espérer, mais de chercher de nouvelles armes. »
Résultat de recherche d'images pour "gilles deleuze"

Deleuze selon Jacques Derrida

« Deleuze reste sans doute, malgré tant de dissemblances, celui dont je me suis toujours jugé le plus proche parmi tous ceux de cette « génération ». [...] Je sais seulement que ces différences n'ont jamais laissé place, entre nous, qu'à de l'amitié. Jamais aucune ombre, aucun signe, à ma connaissance, n'a indiqué le contraire. 

La chose est assez rare dans le milieu qui fut le nôtre pour que j'aie le désir de le noter ici à cet instant. Cette amitié ne tenait pas seulement au fait, d'ailleurs significatif, que nous avons les mêmes ennemis. » [...] Deleuze était de tous, dans cette « génération », celui qui en « faisait » le plus gaiement, le plus innocemment.


Il fut aussi un inventeur de philosophie qui ne s'enferma jamais dans quelque «domaine» philosophique (il écrivit sur la peinture, le cinéma et la littérature, Bacon, Lewis Carroll, Proust, Kafka, Melville, etc.). Et puis, et puis je veux dire ici même que j'aimais et admirais sa manière ­ toujours juste ­ de traiter avec l'image, les journaux, la télévision, la scène publique et les transformations qu'elle a subies au cours des dernières décennies.
»



Bibliographie
  • Ouvrages importants de Gilles Deleuze :
    * Proust et les signes, PUF, 1964 * Différence et répétition, PUF, 1968
    * L'Anti-Oedipe, Les éditions de Minuit, 1972 (avec Félix Guattari)
    * Mille plateaux, 1980 (avec Félix Guattari) * Kafka, Les éditions de Minuit, 1975 * Rhizome, Les éditions de Minuit, 1976
  • Sur les arts : "L'image-mouvement", "L'image-temps", "Francis Bacon, Logique de la sensation", "Le pli, Leibniz et le baroque"
  • Anne Sauvegargues, "Deleuze, l'empirisme trancendantal", PUF, collection Philosophie d'aujourd'hui, 2010 
  • "Foucault" par Gilles Deleuze : Présentation
  • Arnaud Bouaniche, Gilles Deleuze, une introduction, Pocket / La découverte, 1997  
  • Le temps non chronologique par Gilles Deleuze 
Notes et références
[1] Voir sa démarche dans son texte Post-scriptum sur les sociétés de contrôle

Voir aussi mes fiches :
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