mercredi 6 novembre 2013

Diego Rivera à Lyon

La ville de Lyon et le peintre Diego Rivera 

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Fresques de D. Rivera (détails)

1- Lyon et Diego Rivera
C'est au printemps 2006 à l'occasion des Rencontres Internationales de la Peinture Murale de Mexico que les participants découvrirent les œuvres de Cité Création et furent agréablement surpris. C'est ainsi que La Fondation Diego Rivera fait le choix de Cité Création pour réaliser une œuvre murale célébrant le 50ème anniversaire de la disparition du peintre le 24 novembre 1957. Le site retenu fut celui de la rue Georges Gouy dans le 7ème arrondissement de Lyon.

L’Espace Diego Rivera a ainsi dévoilé les murs peints le 4 décembre 2007 avec bien sûr des reproductions d'œuvres de Diego Rivera, sont mis en scène par Cité Création sur les surfaces murales proposées par la SACVL, rue Georges Gouy dans le quartier de Gerland. Les différentes peintures murales qu'on peut admirer reprennent des thèmes essentiels du peintre : le Mexique au fil de son histoire avec les civilisations précolombiennes Aztèque et Maya, la conquête militaire espagnole avec Cortès, la mise en esclavage des populations locales, les bouleversements sociaux politiques et la réforme agraire. On retrouve aussi le peintre qui apparaît dans les fresques, en particulier par l'intermédiaire notamment de sa dernière œuvre Rêve d’un dimanche après-midi au parc Almadena. Les fresques de Rivera eurent d'abord un objectif pédagogique pour une population alors encore largement illettrée : raconter par l'image ce que fut l'histoire du pays. Rivera décora à cette occasion Le Palais National, le Secrétariat de l’éducation Publique, le Palais des Beaux-Arts, ainsi que le musée et le Palais de Cortès à Cuernavaca.
    

2- L’œuvre de Rivera et son message
L’œuvre de Rivera porte l'influence de sa vision marxiste et illustre l’oppression que subirent les indiens et les paysans pendant la colonisation des conquistadores puis des régimes dictatoriaux que connut le Mexique comme celui par exemple de Porfirio Diaz. Malgré ses racines indiennes, il a toujours recherché une union, un syncrétisme entre les deux cultures majeures, indiennes et espagnoles, de son pays . Il a pris pour sujet des scènes quotidiennes de la vie des gens du peuple mêlées d'éléments symbolistes où l'on peut souvent reconnaître le visage de sa compagne, peintre elle-aussi au destin tragique, Frida Kalho. « Ma peinture a quelque chose qui appartient au peuple et à qui elle est destinée», tel est son projet et sa raison de peindre, prôner plus de justice et d'humanité à travers ses toiles.
Le 5 juin 2007 voit le lancement officiel du projet lyonnais avec la présence de sa fille Guadalupe Rivera. Cette initiative est aussi l'occasion de faire connaître la travail de l'artiste, d'offrir une vision synoptique de son art sur les murs lyonnais, de la soumettre au regard du plus grand nombre, de faire réagir le public sur des aspects de cette œuvre immense, de la multiplicité foisonnante et multicolores de ses scènes. Ces murs peints viennent s'ajouter à ceux déjà réalisés dans l'espace lyonnais pour créer une émotion, "colorer la vie" et participer à la valorisation du cadre de vie des habitants du quartier et des lyonnais.














3- Les fresques de l'Espace Rivera
La façade pré hispanique du mur nord : sa structure pyramidale rappelle le musée Anahuacalli créé par Diego Rivera près de Mexico, contenant ses collections précolombiennes. Y sont représentées les différentes civilisations pré hispaniques et l'arrivée d'Hernán Cortés symbolisant la conquête au plan spirituel, religieux et culturel. Des décorations de végétaux évoquent l'emprise du temps sur les temples mayas, les pyramides des grandioses constructions de pierre qui constellent une grande partie du pays, deMexico, Teotihuacan jusqu'aux confins du Guatemala et la presqu'île du Yucatan vers Chitchen Itza et les autres grands sites.

Sur le haut, on trouve deux fresques imposantes intitulées Images du Popol Vuh sur le thème de la création du monde. Elles sont inspirées de Popol Vuh, une œuvre composée de vingt-cinq aquarelles et dessins, racontant la naissance du peuple maya avec la présence de Quetzalcóatl, le dieu-serpent. Au milieu sur le côté gauche, un panneau Civilisation tarasca, du nom d'un peuple vivant sur la côte pacifique du Mexique. C'est en fait une recomposition de la fresque México prehispánico y colonial conservée à Mexico, œuvre essentielle de onze panneaux qui couvre une surface de près de 200 m².
Le panneau central reprend le thème du commerce entre les Totonaques et les Aztèques, avec un commerçant (un potcheca) qui échange ses marchandises contre des fruits et du cacao. Une pyramide s'y élève avec ses 365 ouvertures représentant les jours de l'année, chacun d'eux étant dédiés à un dieu et à un animal chargés de veiller à ceux qui naissaient ce jour-là; un manège (le volador) rappelle la célébration du vol des aigles et des dieux.

Quant au panneau de droite qui s'intitule civilisation huatesca, il met en scène le volcan Popocatepelc, plus haut sommet du pays, la région de Xochimilco, terre à maïs, la déesse du maïs Chicomecoatl puisque cette céréale est le produit de base de l'alimentation, d'où son caractère sacré, comme le cacao, à l'époque précolombienne. On y trouve aussi l'irrigation, technique de base de l'agriculture locale avec, au premier plan, une jeune fille qui confectionne des tortillas. Juste en-dessous se trouvent huit statuettes et deux masques qui marquent l'importance des travaux de fouille qui permirent d'exhumer les grands sites préhispaniques noyés dans la végétation, les nombreux objets découverts, poteries, cramiques dont Rivera était féru et dont il a légué une partie de son importante collection au musée anthropologique de Mexico.

4- Les œuvres dans la partie basse

tumb L'arrivée d'Hernán Cortés à Vera Cruz

Sur la gauche se trouve La christianisation illustrant la défaite du dernier empereur aztèque Moctezuma, accompagné de sa femme, obligé de rétrocéder ses trésors et de s'incliner devant le pouvoir de l'Église. Fresque édifiante qui montre tout l'orgueil dévastateur des conquistadors et la morgue de l'Église. Le peintre insiste sur l'implacable volonté de l'Église de réduire ce peuple à accepter sans délais ses conceptions religieuses ou à mourir, de choisir entre " le baptême et la mort". On y voit également le général Santa Anna recevoir de l'argent pour qu'il élimine les "gringos" du Nouveau Mexique et du Texas pour revendre leurs terres aux Etats-Unis. Cette fresque est aussi issue d'une fresque de Historia de México intitulée Epopeya del pueblo mexicano, qui se trouve aussi au Palacio nacional de Mexico.

Sur le panneau du milieu est représentée l'arrivée d'Hernán Cortés à Veracruz pour dénoncer l'esclavage dont fut victime ce peuple, le travail forcé à coups de fouet et le marquage au fer. Hernán Cortés apparaît très souffrant, victime sans doute d'une épidémie qui touchait souvent la population en faisait des dégâts considérables, avec en face de lui la figure de Pedro de Alvarado, le conquistador du Guatemala. Le prêtre et sa croix symbolisent l'exploitation à laquelle est soumis le peuple pour édifier les premières églises sur cette terre de conquête. On y voit aussi un enfant méso-américain aux yeux bleus qui porte une amérindienne sur son dos, preuve que le métissage a commencé très tôt. (œuvre originale du Palacio Nacional de Mexico, La conquista o el arribo de Hernán Cortés 1519 et est tirée de la fresque México prehispánico y colonial).

Sur la droite figure La canne à sucre, à l'époque de la dictature de de Porfirio Díaz, sur le thème de l'exploitation des indigènes dans les immenses exploitations sucrières (les fincas). La puissance est représentée par le contremaître et son fouet, le propriétaire de l'hacienda habillé en "gringo" pour marquer son allégeance aux Etats-Unis. (œuvre originale Ingenio azucarero de Tealtenango, Morelos, élément d'un ensemble intitulé Histoire de Cuernavaca et de l'État de Morelos, conquête et révolution.

5- La fresque de la place Diego Rivera

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Rêve d'un dimanche après-midi au parc Alameda

Cette fresque est essentiellement tirée d'une des plus grandes œuvres du peintre, Rêve d'un dimanche après-midi au parc Alameda (Sueño de una tarde dominical en la Alameda Central, 1947-1948), du musée mural Diego Rivera, à Mexico, d'abord réalisée à l'hôtel del Prado avant sa destruction par le tremblement de terre de 1985. Les créateurs lyonnais y ont ajouté Diego Rivera peignant sa fille Guadalupe avec son fils dans les bras.
D'un côté, on trouve donc cette fresque sur l'histoire du Mexique, Rêve d'un dimanche après-midi au parc Alameda, œuvre très autobiographique montrant le peintre quand il était enfant, sa femme Frida Kahlo, donnant la main au squelette de la vanité du dessinateur Posada qui apparaît aussi et duquel il s'est beaucoup inspiré pour réaliser son travail. Il y retrace les grands phases des évolutions historiques du pays, la conquête espagnole et l'inquisition, les évènements marquants de la période charnière entre le XIXème et le XXème siècle, la conquête de l'indépendance, les interventions américaine et française) et le Mexique contemporain.
De l'autre côté, on découvre Diego Rivera et sa fille Guadalupe avec son fils dans les bras, dans un vue pittoresque réalisée en un trompe-l'œil très réussi. Choix délibéré de la représentation du peintre et de la technique qu'il utilisait pour réaliser son travail.

6- La façade du mur sud
Cette partie fait référence à des œuvres d'une autre nature, avec par exemple le portrait de Lénine extrait de L'Homme au carrefour, celui d'Emiliano Zapata qu'il avait déjà peint à Cuernavaca en 1930 et L'arsenal où l'on voit Frida Kahlo distribuer des armes et également, habillée en rouge avec l'étoile communiste. A l'arrière-plan, des ouvriers et des paysans prêts à se battre, à qui on a distribué des armes et, sur un côté, un couple d'amis Julio Antonio Mella et Tina Modotti.
En bas à gauche, est représentée une usine Ford, œuvre qu'on avait alors commandé à Rivera, symbole de l'industrialisation triomphante qui avait suivie la grave crise économique de 1929. Elle y décrit les nombreuses étapes de la fabrication du moteur de la Ford V8 avec un petit clin d'œil à Léon Trotski que l'on peut reconnaître avec ses lunettes et sa casquette. Au milieu, Rivera a tenu à peindre le héros de la révolution mexicaine Emiliano Zapata, qu'il a peint à de nombreuses reprises, plus que Pancho Villa, desservi par son passé de bandit. (œuvre originale intitulée Emiliano Zapata (1930-31) partie du cycle "Histoire de Cuernavaca et de l'État de Morelos".

Lénine Portrait de Lénine

Au centre se trouve la figure tutélaire de Lénine, reprise d'une œuvre réalisée sur le Rockfeller center en 1933 puis détruite, le portrait de Lénine faisant scandale. (œuvre extraite de "Comunismo" dans El hombre controlador del universo o el hombre en la máquina del tiempo en 1934, au Palais des Beaux-arts de Mexico.)
Toujours en bas, Rivera a peint une représentation symbolique de Wall street avec ceux qui passaient pour être les figures du capitalisme d'alors, John D. Rockefeller, Henri Ford et J.P. Morgan, attablés devant une bouteille de champagne et des bandes en or des téléscripteurs de la Bourse. (copie de "El banquete de Wall Street" dans La vision politique idyllique du peuple mexicain, 1928, secrétariat à l'éducation publique, Mexico)

Sur le côté droit, en haut figure Le jour des morts, rappelant la Toussaint, jour de festivités pour aller se recueillir sur la tombe des disparus, leur rendre hommage en chantant et en mangeant des têtes de morts en sucre. On peut y voir Diego Rivera et sa femme Lupe Marin, un torero célèbre Juan Silveti sous un grand sombrero. (œuvre copiée de "Día de muertos", datant de 1924, secrétariat à l'éducation publique, Mexico)En bas, Le carnaval et ses animaux traditionnels comme l'âne et le cheval, symbole d'une culture mexicaine peu à peu pervertie par le tourisme. La femme blonde représente l'archétype de la touriste américaine. Derrière la fête se profilent les visages grimaçants des participants, et les deux têtes de morts, encadrant le tableau de bas en haut, sur celui du bas étant inscrit sur le front eternidad, marquant la continuité des sentiments humains. (œuvre reproduisant "Mexico folklórico y turístico", extraite de Carnaval de la vida Mexicana, 1936, Palais des Beaux-arts de Mexico.)


La place Diego Rivera à Lyon
7- Bibliographie
  • Sylvia Perrin. 07/2010. "L'espace Diego Rivera de Lyon", La Clé des Langues (Lyon: ENS LYON/DGESCO). ISSN 2107-7029
  • Roland Amador, "L'espace Diego Rivera de Lyon", éditions Lyonnaises D'art et d'histoire, 62 pages, mai 2008
  • Bibliothèque de Lyon
  • La Cité de la création
tumb Le livre de Roland Amador
       <<< Christian Broussas, Carnon-Mauguio, 10/ 2012 © • cjb • © >>>

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