mercredi 10 octobre 2018

Le musée Joaquim Sorolla

                                                                      Le musée Sorolla à Madrid

Le Musée Sorolla, qui conserve l’ambiance originale de la demeure et l’atelier du peintre espagnol Joaquín Sorolla y Bastida (Valence, 1863 - Cercedilla, Madrid 1923), détient la plus importante collection de ses œuvres. Cette demeure d’artiste est l’une des plus complètes et des mieux conservées qu’on puisse rencontrer en Europe et le jardin qu’il a conçu est n exemple de quiétude dans la ville.

                    
Autoportrait 1909                                            Autoportrait 1904

Situé dans le quartier de Chamberí, le musée répond aux volontés de sa veuve Clotilde García del Castillo, qui en 1925 a légué ses biens à l’Espagne pour créer ce musée. Outre l’imposante collection de l’auteur, peintures et dessins, on trouve aussi une importante collection des objets que Sorolla a réunis au cours de sa vie.

         
Clotilde à la plage 1904                                   Clotilde au canapé 1910

Sorolla avait aussi rassemblé beaucoup d’œuvres qui complètent maintenant les fonds du musée: sculptures, céramiques, petite bijouterie, photographies anciennes ainsi que d'importantes archives avec sa correspondance privée.


              
Promenade au bord de la mer 1909                   L’heure du bain 1909

Le peintre est d’abord connu pour ses scènes de genre basées sur un réalisme qui  dégagent cependant un certain lyrisme, ainsi que des scènes de plage qui montrent bien sa maîtrise de la couleur blanche.

   
       Les enfants au bain 1908                             Enfants à la plage 1910

Un voyage à Paris et en Italie lui permet de découvrir l’impressionnisme puis repart à Rome où  sa palette s'éclaircit avec les plages méditerranéennes, les enfants, les nus, les pêcheurs valenciens. Il se fait connaître alors en particulier avec Une autre Marguerite et Retour de la pêche : halage de la barque puis entre 1893 et 1909, Le baiser à la Relique et La vuelta de la pesca. Il sera définitivement consacré en 1906 dans une exposition parisienne à la galerie Georges Petit.

           
La vente des melons 1890                                  Une autre Marguerite 1892

Plus tard, avant la grave attaque qui va le laisser paralysé en 1920, il réalisera de grandes compositions pour décorer l'Hispanic Society de New York, traitant les jeux et les costumes des régions espagnoles.       

              
            Ayamonte 1919 
[1]                                Les chercheurs 1897 


En plus de la maison-musée Sorolla, il est aussi exposé à la Galerie nationale de Berlin, au musée d'art catalan de Barcelone, dans les musées de Venise et Madrid. Il fit des portraits du roi Alphonse et de la reine Victoria Eugénie d’Espagne.

              
Clotilde dans son jardin 1919         Clotilde en robe de soirée


Notes et références
[1] Ayamonte se situe à la pointe sud de l'Espagne, à la frontalière portugaise.

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Patrick Modiano, La ronde de nuit

Référence : Patrick Modiano, "La ronde de nuit", éditions Gallimard, 153 pages, 1969

Citation : « Pourquoi m’étais-je identifié aux objets mêmes de mon horreur et de ma compassion ? » Scot Fitzgerald

                   
                                                                                       La ronde de nuit au théâtre

 
Comme dans son premier roman La place de l’étoile, Patrick Modiano imagine de nouveau l’époque de l’Occupation et son climat délétère. Le héros de cette histoire, qui rappelle par certains côtés Lacombe Lucien, un autre de ses personnages, est confronté à ses contradictions.

Non seulement il a accepté de travailler pour la Gestapo française, mais il se retrouve malgré lui mêlé à un réseau de Résistance. Tiraillé entre le cynisme, le confort que lui procure l’argent de la Gestapo et l’angélisme des résistants, il répugne à choisir entre traître et héros, louvoyant, vivant  sans choisir son camp, disant : « Rive gauche, je cachais aux braves petits gars du RCO mon activité d'indic, Rive droite, le titre de "Princesse de Lamballe" m'exposait à de sérieux ennuis. Qui étais-je au juste ? »

       
Avec Françoise Hardy                                 Avec JMG Le Clézio

Il se doute bien que tout cela finira mal, qu’il existe un seuil à ne pas franchir, un point de non retour où, de toute façon, il sera considéré comme traître par un camp ou l’autre. Peu importe en somme, car le pire est toujours sûr. Il en est conscient mais ne tentera rien pour influer sur son destin.

          
     Avec son frère Rudy

Les deux personnages principaux lui ont été inspirés par les deux dirigeants de la Gestapo que furent Henri Lafont alias le Khédive et le policier Pierre Bony alias Philibert.
Quant au bureau situé 3 bis square Cimarosa dans le roman, il fait penser au 93 rue LauristonLafont et Bonny avaient leur bureau, dont la cour et le sous-sol, préservés du voisinage, servaient à torturer  Gestapo torturaient leurs prisonniers.

        
                 Son père                                   Luisa Colpeyn, sa mère 

             
Le narrateur, aussi connu par ses pseudonymes, la Princesse de Lamballe [1] ou Swing Troubadour [2] se sent toujours très seul, à l’écart des uns et des autres, sauf ses amis Coco Lacour, aveugle, sourd, muet et Esmeralda, enfant sourde et muette, dont on se demande finalement s’ils n’existent pas que dans son imagination. Le récit est parfois ponctué de textes tirés des chansons de Charles Trenet et de son compère Johnny Hess en particulier la chanson Swing Troubadour.

            

Dans cette espèce d’association de malfaiteurs qui spolie les juifs et ceux qu’elle arrête, grenouillent des personnages "peu recommandables" comme Baronne Lydia, Violette Morris, Frau Sultana, complices de la Gestapo, des gens qu'il qualifie ainsi : « cette humanité curieuse qui gravite autour de ce que j'appelle notre "officine": requin d'affaires, demi-mondaines, inspecteurs de police révoqués, morphinomanes, patrons de boîtes de nuit, enfin tous ces marquis, comtes, barons et princesses qui ne sont pas dans le Gotha. »
Cette faune fait pendant aux vertueux, ceux qui ne sont pas mus par le profit et les rapines, le  lieutenant Pernety et ses hommes comme Picpus ou Saint Georges, jeunes résistants idéalistes du RCO.


            
        À Paris en 2007                                          Avec Catherine Deneuve 


Notes et références
[1]
La princesse de Lamballe, amie intime de la reine Marie-Antoinette, elle fut décapitée à la Révolution et sa tête portée sur une pique dans les rues de Paris.

[2] Dans Swing Troubadour, on trouve par exemple :
« Tout est fini, plus de promenades
Plus de printemps swing troubadour,
Elle est finie ta sérénade
Tu vas quitter l'faubourg. »


Voir aussi ma catégorie Patrick Modiano --

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dimanche 7 octobre 2018

Balade Arles et les Alpilles

Les Baux de Provence et "Les lumières"

Montée sur les Baux où les ruines du château qui émergent à peine de la roche scintillent et se détachent dans des couleurs de gris acier dans un ciel bleu balayé par le mistral. On grimpe ensuite dans le village, bercés par les commentaires de notre guide. Village aux rues souvent étroites et tortueuses.


Les Baux vus de la vallée

Le village vaut surtout par un beau vestige, la Fenêtre Post Tenebras Lux, devise calviniste qui signifie « après les ténèbres, la lumière, » l’Hôtel des Porcelets à la belle façade XVIe siècle (aujourd’hui musée Yves Brayer), l’Hôtel de Manville datant de 1571 et abritant maintenant la mairie, la porte d’Eyguières ou Porte de l’eau.

 
La Fenêtre "
Post Tenebras Lux"              La chapelle des pénitents blancs

Nous avons surtout visité la chapelle des Pénitents blancs, située sur la place de l’église, en bordure de la falaise. Datant du milieu du XVII eme siècle, elle fut réhabilitée en 1937. L’entrée est surmontée d'un bas-relief représentant deux pénitents agenouillés. L’intérieur est dominé par des fresques d'Yves Brayer réalisées en 1974 et représentant le Noël des bergers dans la tradition provençale ...

            
 Yves Brayer :   La comète                                      Le berger 

Arles, de Van Gogh à la ville romaine

Petite plongée dans la ville d’Arles. Ouf, on se gare sans trop de problèmes… vers la gare. Peinards, on suit la guide dans le dédale des rues à la poursuite des mânes de Van Gogh : place Lamartine, les alentours de sa petite chambre jaune aujourd’hui disparue, la place du forum où il a peint (entre autres) le café le soir et l’hôpital où il a été admis à la suite de l’épisode  de l’oreille coupée avec l’espace Van-Gogh dans le jardin.

          
Le café, la nuit                                        La maison de santé (extérieur)

Chouette parcours ponctué de bornes qui expliquent les tableaux peints par le maître, illustrant les explications de la guide et qui permet aussi de se promener dans 
les quartiers du centre ville.
       
Deux vues du jardin public

De l’époque romaine à la cité actuelle

La visite continue avec les prestigieux vestiges romains de la ville, en particulier le théâtre antique et les arènes, laissant de côté la nécropole des Alyscamps ou les thermes de Constantin (On ne peut pas tout visiter). Beau parcours qui souffre quand même un peu de la comparaison avec le théâtre d’Orange ou les arènes de Nîmes.

          
Vues du théâtre et des arènes


Par contre, je suis très impressionné par la vaste place centrale ou place de la république avec son imposante mairie de style classique datant du XVIIe siècle, l’obélisque bien planté au centre de la place depuis 1676, retrouvé au XIVe siècle dans le cirque romain, et l’église Saint-Trophime.

  
Place de la république :                                              L’église Saint-Trophime
la mairie, l’obélisque & St-Trophime


J’ai revu avec plaisir cette magnifique église, joyau de l’art roman. Sa superbe façade comprend un portail sculpté ajouté à l’église à la fin du XIIe siècle. Il représente (avec celui de Saint-Gilles) l’un des deux plus grands ensembles sculptés de l’art roman en Provence. Le porche est orné de nombreux éléments décoratifs : pilastres cannelés, chapiteaux et frises à feuilles d’acanthe, frises de grecques, frises de palmettes et de rinceaux, bas-reliefs ornés de rinceaux. 

                    
St-Trophime : Les anges de l’archivolte  et  Adam & Ève face au démon

Ce portail fait penser à un arc de triomphe romain s’ouvrant sur l’abbatiale, qui rappelle celui de Glanum à Saint-Rémy-de-Provence.

        
                                                                 Le jardin de la maison de santé

Les Carrières de Lumière
      

Ici aux Carrières de Lumières reconverties en centre d'art numériquec'est l’art en format maxi à travers des expositions dont le thème change chaque année. 2018, c’est Pablo Picasso qui est à l’honneur.


Deux femmes courant sur la plage 1922


L’exposition, même si elle est centrée sur Picasso, se présente comme « une déambulation à travers l’art ibérique du XXe siècle », à travers des scènes champêtres de Goya, les magnifiques jardins de Rusiñol, les portraits de Zuloaga et les tableaux de bord de mer de Sorolla. De P, on reconnaît surtout les Demoiselles d’Avignon (1907), les rose et bleu apaisants de La Flûte de Pan (1923), la terrible puissance de Guernica (1937) ou les rives méditerranéennes de La Joie de Vivre (1946).

  À droite, les demoiselles d’Avignon       Guernica

Pas besoin de connaître l’artiste et son œuvre, il suffit de se laisser couler dans l’ambiance, une lumière diffusée surtout par les images projetées, des volumes dignes d’une cathédrale, une projection dynamique qui envoie des images lumineuses sur les parois de pierre des immenses galeries creusées dans le roc du Val d’Enfer.


Garçon à la pipe 1905

Des parois qui offrent une superficie de 4 000 m2. Solution novatrice de recherche d’une « image totale » qui donne en tout cas des résultats bluffant. Les différentes époques de Picasso se déroulent sans qu'on ait envie d'y chercher des liens ou des continuités.

  
Les saltimbanques, 1905-1907

Il faut se laisser emporter par le flot ininterrompu des images qui donnent une impression de profusion, une traversée sur les parois calcaires d’un blanc pur des hautes salles et des piliers qui offrent un effet tridimensionnel permettant de se plonger naturellement dans cet univers visuel et musical.



Le Paradou et son musée des santons de Provence

À côté des Baux-de-Provence et de Maussane, le village du Paradou avec son musée dédié aux célèbres santons de Provence.

          
La célèbre partie de cartes                                         Couple provençal

C’est un vaste espace qui nous accueille, reconstituant un véritable village provençal avec ses quelque 400 santons reproduits au 16ème de leur taille réelle dans 500 m².

                     
L’apothicaire                                                    Le limonaire


Ces personnages d’argile rappellent l’univers de Daudet et son célèbre moulin ou de Pagnol et sa fameuse partie de cartes, ce qui donne un air d’authenticité nostalgique à ces présentations qui reprennent les thèmes classiques des cultures ancestrales liées à l’olive, à la vigne et à la lavande. 

                
Le temps des vendanges                                              Les scieurs de long

On est assez bluffé par le réalisme des mises en forme, les nombreux détails qui donnent vie aux différents tableaux présentés, que ce soit les scènes du vieux mas, du lavoir, du marché, de l’église…



Voilà, la balade s'achève avec ces quelques images du site des Antiques de Glanum à Saint-Rémy-de-Provence et de la ville de Maussane-les-Alpilles, notre centre de ralliement. 

      
Glanum, les Antiques : 
                                 Un des bas-relief du mausolée
cénotaphe & arc de triomphe


   
Deux vues de Maussane : la grande place et l'oratoire Saint-Roch

Voir la première partie du périple Balade dans le Luberon --

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