mardi 4 novembre 2014

Tahar Ben Jelloun La nuit sacrée

           Tahar Ben Jelloun

Après les tentatives de biographies de différents conteurs que Tahar Ben Jelloun a transcrit dans "L'enfant de sable", c'est Ahmed lui-même, « l'enfant à l'identité trouble et vacillante, fille masquée par la volonté d'un père humilié », qui nous livre son autobiographie.

Après la mort de son père, [1] lors de la « nuit sacrée » vingt septième nuit du ramadan, « où les destins des êtres sont scellés, » "Ahmed" reprend son identité féminine et s'engage dans une errance dont il/elle espère qu'elle l'aidera à  établir une distance avec son passé et à recouvrer son identité. Mais on ne peut simplement affronter la vérité et facilement pardonner, pratiquer « la grâce de l'oubli. » C'est ainsi que par la grâce du père mourant, Ahmed devient Zahra.
Dans ce Maroc où elle découvre les difficultés de la condition des femmes, soumises au pouvoir des hommes et à la loi de l'État, elle est enlevée par un prince dans un pays enchanteur. Mais tout conte a ses limites et après cet épisode, sa vie deviendra peu à peu un cauchemar.

A Agadir, elle rencontre un couple étrange et cette relation rapidement tourne mal. La femme l'Assise, ne supporte pas la relation qui s'est installée entre son mari et la narratrice, agresse cette dernière et tue son oncle venu à sa rescousse, qui l'accuse de mensonge et de vol. Son parcours possède ainsi un côté initiatique, série où les pièges qui lui sont tendus la mèneront jusqu'à la prison dont seule l'imagination lui permettra de s'évader.

Elle se bat sans relâche, luttant contre la terrible condition que la société fait aux femmes dans ce pays, elle est emprisonnée et s'entraîne à se comporter comme une aveugle, un bandeau sur les yeux.  L'oubli, l'effacement du passé, elle le payait de 15 ans de prison. En fait, elle qui avait si longtemps été en prison dans son corps supportait plutôt bien la condition carcérale, s'enfermant même dans sa cellule, se murant les yeux bandés dans sa solitude.

Rattrapée par ses sœurs qui ne lui pardonnent pas d'avoir indûment tenu le rôle du garçon dans leur famille, se vengeront d'une façon particulièrement barbare. Sa seule réponse est de se réfugier dans le rêve, s'imaginant arriver jusqu'à la mer, entrant dans une belle maison blanche qui se dessine dans la brume.

Sa libération, ce n'est pas seulement d'une prison, une victoire sur les forces du mal, c'est aussi une autre façon de se projeter, un état particulier entre rêve et réalité, entre la vie et la mort, où « il y avait comme une innocence dans les choses », dans « une solitude heureuse, » une innocence dans les êtres aussi où il lui semble reconnaître un homme  qui, comme le Consul, la regarde « avec ses doigts. »

          

Notes et références
[1] « C'est curieux comme l'approche de la mort nous rend lucides. » écrit-il page 27


Citations extraites du livre
* « Le malheur est la substance même de toute passion. » page 92
* « Après tout, le sérieux n'est qu'une forme aiguë du jeu. » page 135
* « Il avait découvert instinctivement que la haine était un antidote à la décrépitude. » page 52

Bibliographie
* L'enfant des sables, éditions Le Seuil, 1985 et  la nuit sacrée, éditions le Seuil, 1987, prix Goncourt
* La nuit de l'erreur, 1997,  Cette aveuglante absence de lumière, 2001
* Le racisme expliqué à ma fille, éditions le Seuil, 2013

Biographies
Alberto Giacometti, 1991, Beckett et Genet, un thé à Tanger, 2010, Gallimard, ISBN 978-2070130030, Jean Genet, menteur sublime, 2010, Gallimard, ISBN 978-2070130191

Voir aussi
* Ma fiche sue son roman L'enfant de sable
* Laurence Kohn-Pireaux, Étude sur Tahar Ben Jelloun, "L'enfant de sable", "La nuit sacrée", Paris, Ellipses, 2000

     <<<< Christian Broussas - Feyzin - 3 août 2013 - © • cjb • © >>>>

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire