mercredi 10 décembre 2014

Saint-Simon et la cour d’Espagne

Envoyé en mission diplomatique à Madrid par le Régent Philippe d’Orléans pour séduire la famille royale espagnole, va déployer tout son entregent et son savoir-faire pour parvenir à ses fins. Il séduira successivement le roi Philippe V petit-fils de Louis XIV, Elisabeth Farnèse sa seconde épouse, mère de l’infante Marie Anne Victoire, don Ferdinand le fils du roi et de Marie-Louise de Savoie, qui deviendra roi à son tour en 1746 et Barbara de Bragance l’infante du Portugal princesse des Asturies, épouse du futur roi.

                  
Louis de Rouvroy duc de Saint-Simon - 1675-1755

Prototype du courtisan, monsieur le duc de Saint-Simon va s’imposer dans les cérémonies, ce qui lui vaudra en récompense le titre de Grand d’Espagne et la Toison d’or pour son fils aîné. En 1721, cet homme lucide sait que son avenir politique est derrière lui, supplanté par l’abbé Dubois qui a combattu l’alliance espagnole, politique qui a conduit à la guerre. Aussi, quand le Régent lui confie que le temps de la paix est revenu et que, pour la sceller, on a prévu de marier le jeune roi à l’infante d’Espagne [1] et l’héritier du trône d’Espagne à l’une des filles du Régent,  mademoiselle de Montpensier, il exulte.

File:Philippe d'Orleans, regent, et Marie Madeleine de la Vieuville, Comtesse de Parabere (Jean-Baptiste Santerre).jpg                        
Le régent, Philippe d'Orléans                       Le roi Louis XV à 5 ans

Préparant son voyage, Saint-Simon réunit une suite somptueuse, se met en route avec 200 personnes dont 36 valets de pied. Il arrive à Madrid le 25 novembre et est reçu immédiatement par le roi. Il se dépense sans compter, en « met plein les yeux » à tout le monde comme on dirait aujourd’hui, participe à toutes les fêtes, en remontre à tous sur le cérémonial et l’étiquette espagnole encore plus compliquée que la française.

Le roi Philippe, comblé et conquis, invite le duc après les cérémonies dans son château de Lorma et le loge dans une belle maison de Villalmanzo. Mais, grand malheur, il contracte la variole, ml          die fort grave à l’époque, le roi s’empresse et lui envoie son médecin personnel Higgins et s’en sort au bout d’un mois. Il en profite pour écrire le tableau de la cour d’Espagne. Une fois rétabli, il ira le 19 janvier, saluer la fille du Régent mademoiselle de Montpensier, âgée de 13 ans, « blanche de peau, noire de cheveux et de regard, » Saint-Simon la trouve aussi raide, sauvage et même « d’une obstination poussée jusqu’à la frénésie. »



Le lendemain est jour de mariage, le cardinal dépêché de Rome s’emmêle un peu dans le déroulé du cérémonial mais Philippe  V est ravi et c’est à cette occasion qu’il offre au Duc le titre de Grand d’Espagne et la toison d’or [2] à son aîné. Saint-Simon est aux anges puisque son second fils devient aussi l’égal d’un duc. Avant de revenir en France, il voyage un peu, s’émeut fort qu’on ait osé raser la salle des conciles à Tolède pour construire… une cuisine.

Rejoignant la cour à Aranjuez, brossant des portraits sans concession comme celui du duc d’Albuquerque, « petit homme trapu, mal bâti, aux cheveux gras qui lui battaient les épaules, de gros pieds plats et des bas gris de porteur de chaise, » le duc de Verragua si négligé qu’on l’appelle « don puerco » ou le marquis de Santa Cruz, renommé pour perdre ses procès, condamné pour impuissance et adultère.
Portraits bien peu flatteurs de la cour d’Espagne.

Le roi et son et son entourage le comblent de belles paroles, sauf on ne sait pourquoi, la princesse des Asturies qui le bat froid. Sa belle équipée remarquée aussi par la cour de France qui reconnaît ses mérites, lui a fit oublié pour un temps sa catastrophique situation financière, des dettes qui s’accumulent et un patrimoine largement obéré.

     Colloque du 10 Mars 2012 - Matin.

Notes et références
[1] La petite infante âgée de 3 ans, vive et avenante, fut bien accueillie à la cour de France. Mais elle ne parvint pas à intéresser le jeune Louis XV âgé de 11 ans.
[2] L’ordre chevaleresque de la Toison d’or a été créé par Philippe le Bon, duc de Bourgogne au XVe siècle.

Voir aussi
* Dossier sur Saint-Simon, dirigé par Philippe Sollers

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