mardi 14 avril 2015

Patrick Modiano Quartier perdu










Référence : Patrick Modiano, "Quartier perdu", éditions Gallimard, 1988

Derrière le pseudonyme somme toute banal de cet écrivain, se cache un double, inconnu, fuyant, ce jeune homme qu'il a été dans sa jeunesse parisienne et qu'il avait refoulée pendant vingt ans : ambivalence entre le jeune Français Jean Dekker et l'écrivain à succès Ambrose Guise. Aucun indice, rien ne l'indiquait dans cet homme bien ancré dans la société anglaise, marié à une anglaise, avec enfants et cottage, qui connut la réussite en écrivant des romans policiers.
Depuis tout ce temps écoulé, il se sent étranger dans sa ville natale mais ne peut retenir des souvenirs qui l'assaillent comme autant d'images nostalgiques et parfois amères.

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Le fil conducteur se présente sous forme d'une enquête policière : il a changé de nom et de vie, obligé de s'expatrier. Au fil des pages, Modiano distille quelques informations qui font penser à un passé tumultueux ponctué du suicide de l’avocat Rocroy, du meurtre de Ludovic Fouquet dans l’appartement du couple Hayward. On n'en apprendra guère plus dans cette biographie à trous, une reconstruction du passé pour que le personnage-écrivain puisse apprivoiser son propre passé.

       

Le personnage principal est plutôt spectateur, suivant ses aînés dans des lieux parisiens assez interlopes. Il revoit Carmen, celle qui influença tant sa vie, bien qu'on ne sache pas vraiment ce qu'ol en était de leurs relations, de leur niveau d'intimité, laissant des blancs dans une mémoire incertaine et mélancolique. Ses proches à cette époque sont des hommes mûrs comme Rocroy avocat rayé du barreau, Hayward, maintenant chauffeur pour riches touristes, Farmer, Maillot ancien réalisateur de cinéma et Carpentier son chauffeur.

Derrière ces hommes, on trouve Lucien Blin, un homme d’affaires très riche avec hôtels, chevaux... qui est l'époux de Carmen. D'autres femmes apparaissent comme Ghita, toujours vivante, égarée dans le temps présent. Carmen, vedette de cinéma des années cinquante, a bien connu la bande et leurs virées nocturnes, retranchée dans les ruines de son appartement et de sa fortune. On apprendra qu'en fait, elle est responsable de l'exil à Londres de Jean Dekker. 

Celui qui se présente comme un écrivain anglais, est autre et le réel est perdu dans le passé, un passé assez nébuleux qui émerge rarement de la brume. Paris, cette ville fantôme en été, lui ressemble en ce sens : A Paris, l’écrivain anglais Ambroise Guise n’existe pas et de la même façon,  à Londres c’est Jean Dekker qui n’existe pas.
Paris est en quelque sorte sa vérité et son errance entre passé et présent lui permet de reconstruire les éléments éclatés de sa vie, de se libérer de ses fantômes. Sa vie n’est en fait qu’une histoire racontée : Modiano ne s’étend pas sur l’analyse des sentiments, restant au  niveau des sensations. Son héros revisite des lieux parfois disparus, les retraçant à travers des descriptions comme ces appartements vides ou délaissés. Celui de Ghita est sans électricité, celui de Carmen est vide, le haras en ruines, le verre de la photo du riche propriétaire Blin, se brise et ceux qui restent, comme Ghita, Hayward ou "tintin" Carpentier sont devenus anonymes, à peine vivants. 

Complément : Quartier perdu et Accident nocturne

Modiano publia un autre roman en 2003 « Accident nocturne » qui présente beaucoup de thèmes communs avec « Quartier perdu ». (personnages, situations et un héros qui n’intervient que comme narrateur)

Dans Accident Nocturne, nous ne savons rien de lui, ni son nom, ni son métier. Un personnage anonyme qui renvoie au thème essentiel chez Modiano de l’identité, aussi bien de  soi que d’autrui. On ne peut vraiment connaître l’AUTRE, juste un peu de son apparence extérieure, parfois démentie par les événements, l’identité personnelle se diffusant dans une mémoire incertaine.
Les personnages ne sont guère définis que par leur état civil, le narrateur partant à la recherche d’informations, d’adresses anciennes, de racines dont il découvre quelques bribes pas toujours raccordables, son roman « Le Pédigrée » étant un modèle du genre,  constitué uniquement  de noms, d’adresses, de professions, de liens plus ou moins distants avec l’auteur.
 

Quartier perdu le conduit sur la rive droite dans le quartier des Tuileries , rue de Rivoli, en été dans une ville sans vie, livrée à d’autres étrangers que sont les touristes. Paris , dans les deux romans, fonctionne comme une métaphore de la vérité du narrateur, à la recherche d’une vérité oubliée et son errance entre le passé et le présent traduit le besoin impérieux de se retrouver.


    La place des Pyramides et l'hôtel Regina où débute le roman sur un accident nocturne
                                                                                 La place des pyramides où débute le roman 
 
Liste de mes articles sur Patrick Modiano :
* Patrick Modiano, biographie
-- Quartier perdu --
* L'horizon  --  L'herbe de la nuit  --  Dora Bruder

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