dimanche 3 mai 2015

Laurent Gaudé Le Soleil des Scorta

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Références : Laurent Gaudé, "Le Soleil des Scorta", éditions Actes sud, 247 pages, août 2004, prix Goncourt, prix du Roman populiste

« Lorsque le soleil règne dans le ciel, à faire claquer les pierres, dit Domenico, il n’y a rien à faire. Nous l’aimons trop cette terre. Elle n’offre rien, elle est plus pauvre que nous, mais lorsque le soleil la chauffe, aucun d’entre nous ne peut la quitter.  »

Est-ce un viol que perpètre le bandit Luciano Mascalzone revenant  dans son village natal de Montepuccio après avoir purgé 15 ans de prison. Tout le croit au village, mais non, ce n'est pas Filomena Biscotti qu'il a violé mais sa soeur Immacolata Biscotti qui s'est laissée prendre sans réagir, donnant naissance à un garçon prénommé Rocco que le curé Don Giorgio.confie à une famille de pêcheurs de San Giocondo, un village voisin.
En 1875, dans ce village des monts Gargano dans la région des Pouilles de l'Italie du sud, on ne pardonne pas un viol même présumé, et Luciano sera lapidé par les habitants malgré l'aide du curé Don Giorgio.

Cet enfant maudit devenu orphelin deviendra à son tour un bandit écumant les Pouilles. Devenu riche, il retourne dans son village d'origine à Montepuccio et, à la stupéfaction de tous, épouse une jeune femme muette et sans nom qui lui donne trois enfants,  Domenico, Giuseppe, et Carmela. Au village, seul le jeune Raffaele devient leur ami malgré les menaces et coups qu'il reçoit. À sa mort en 1928, Rocco lègue tous ses biens à l'Église, exigeant en contrepartie que tout Scorta soit désormais enterré avec fastes et honneurs par l'ensemble du village.

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Ses trois enfants s'embarquent alors pour les États-Unis avec l'aide du curé Don Giorgio avec l'espoir d'une vie nouvelle mais Carmela est refoulée de la ville pour raisons sanitaires. Ils retournent à Naples, survivant de petits travaux et au bout d'un an, ils reviennent à Montepuccio où ils apprennent avec effroi que leur mère la Muette a été inhumée dans la fosse commune par le nouveau curé du village. Ne pouvant supporter cet affront, avec l'aide de Rafaele, ils décident de déterrer son cercueil pour la transférer à l'écart du cimetière.

Au début des années trente, Carmela propose aux trois hommes de s'endetter pour ouvrir ensemble le premier bureau de tabac de Montepuccio. Le fils cadet de Carmela, Donato, devient également un contrebandier sur initiation de son oncle Giuseppe. Le bureau de tabac fait vivre les Scorta qui vont fonder une famille et de ce fait, parviennent à se faire accepter. Chacun des trois frères Scorta se diversifie dans un commerce au sein du village où ils sont enfin acceptés. Carmela se retrouve subitement veuve avec ses deux fils, Elia et Donato. Ses frères lui laissent le bénéfice du bureau de tabac, où elle va redoubler de travail pour vivre. Les années passent et ses enfants, après diverses épreuves individuelles, décident eux aussi de rester au village et de reprendre les affaires de la famille Scorta, liés qu'ils sont à leur terre et leur sang. Seule Anna, petite fille de Carmela, sortira du village pour étudier à Bologne, dans le nord de l'Italie. 

Roman d'une certaine démesure  -ne dit-on que son style a quelque chose du Garcia Marquez de Cent ans de solitude- centré sur ces hommes du sud de l'Italie saturé de soleil, celui aussi des Scorta, à la mentalité si spécifique où les sentiments sont portés à fusion, les repas en énormes festins, l'honneur bafoué en vengeance inexpiable. 

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Un extrait : De Rafaele à Elia

« Nous n’avons été ni meilleurs ni pires que les autres, Elia. Nous avons essayé. C’est tout. De toutes nos forces, nous avons essayé. Chaque génération essaie. Consolider ce que l’on possède. Ou l’agrandir. Prendre soin des siens. Chacun essaie de faire au mieux. Il n’y a rien d’autre à faire que d’essayer. Mais il ne faut rien attendre de la fin de la course. Tu sais ce qu’il y a à la fin de la course ? La vieillesse, rien d’autre. Alors écoute ton vieil oncle Faelucc' (Rafaele) qui ne sait rien de rien et n’a pas fait d’études. 

Il faut profiter de la sueur. C’est ce que je dis moi. Car ce sont les plus beaux moments de la vie. Quand tu te bats pour quelque chose, quand tu travailles jour et nuit comme un damné et que tu n’as pas le temps de voir ta femme et tes enfants, quand tu sues pour construire ce que tu désires, tu vis les plus beaux moments de ta vie. Crois-moi. Rien ne valait pour ta mère, tes oncles et moi les années où nous n’avions rien, pas un sou en poche, et où nous nous sommes battus pour le bureau de tabac. 

C’étaient des années dures. Mais pour chacun d’entre nous, ce furent les plus beaux instants de notre vie. Tout à construire et un appétit de lion. Il faut profiter de la sueur, Elia. Souviens-toi de cela. Après, tout finit si vite, crois-moi. »


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Commentaires et extraits
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« On entre dans ce roman -et dans la "famiglia Scorta"- comme on découvre la famille Corleone dans Le Parrain » Télérama
- « du souffle, un sens puissant de l'évocation, une vraie qualité de plume. » La Provence

- « Ils n'avaient fait jusque là que subir. Les choix leur avaient été imposés. Pour la première fois, ils allaient se battre pour eux-mêmes et cette perspective les faisait sourie de bonheur. » p 103
- « Les milliers de murmures fautifs accumulés au fil des années, les pleurs ravalés, les confessions honteuses, tout ressort. Comme de longues brumes de douleur dont le vent parfume les collines. »  p 60

- « Que mon rire se disperse dans le vent
   Pour aller réchauffer le cœur des vivants.
»

Mes fiches sur Laurent Gaudé
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< Christian Broussas, Gaudé, Scorta - Feyzin 3 mai 2015 © • cjb • © >

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