mercredi 13 mai 2015

Patrick White Le jardin suspendu

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Références : Patrick White, "Le jardin suspendu", éditions Gallimard, collection Du monde entier,
traduit de l'anglais (Australie) par Françoise Pertat, 215 pages, 2015

Introduction
Le dernier roman de l'écrivain australien  Patrick White, prix Nobel de littérature en 1973 fut écrit dans les années 80 à la fin de sa vie et publié à titre posthume. Roman que l'auteur n'eut pas le temps de peaufiner si l'on en croit son biographe David Marr, dans l'annexe ajoutée à la fin du roman. Barbara Mobbs, son amie et exécutrice testamentaire, pense aussi que, malgré son caractère inachevé, « Il s'agit là d'un roman de très haut niveau... »

La trame narrative
Deux adolescents, fuyant la guerre qui sévit en Europe, Eirene Sklavos, [1] fille d'un résistant grec et Gilbert Horsfall, un jeune londonien, débarquent dans la baie de Sidney, recueillis par une veuve. Dans ce monde où ils se sentent étrangers, les deux enfants se méfient de tout, et d'abord d'eux-mêmes. C'est en explorant le jardin abandonné qui entoure la grande maison de Madame Bulpit, qu'il vont apprivoiser leur environnement. Ils se réfugient dans un arbre, se rapprochent et découvrent des sentiments nouveaux qui les troublent et qu'ils ont du mal à exprimer.

La recherche stylistique
L'affaire Twyborn
Patrick White, allie les descriptions minutieuses du réel et l'utilisation d'images métaphoriques. Le récit repose sur la rencontre entre ces deux êtres déracinés, qui se rapprochent sans se l'avouer, toujours dans les arbres et retrouvant ainsi des situations sur lesquelles s'appuyer pour évoluer.

Ce roman parle la langue de l'adolescence, cet espace de vie coincé entre enfance et adulte, mélange curieux de grâce et de disgrâce, de pulsions mal maîtrisées, d'une certaine naïveté d'une enfance encore présente. D'un autre côté, il montre avec une certaine forme d'humour et l'acuité inhérente à l'écrivain, le jugement intransigeant des adolescents sur les adultes.

Tableau relationnel des personnages

Patrick White explore dans la relation, ce qui peut expliquer le ressenti des personnages, le cynisme de madame Bulpit par exemple quand elle dit « c'est pas que j'apprécie les étrangers tant que ça mais c'est un être humain, pas vrai ? » et la manière dont est reçu ce message ou ce paradoxe de la communication : « Elles poursuivent arc-boutées sur leurs principes. Aucune ne comprend l'autre. Et à la fin peut-être, personne ne comprend rien à rien. » Irene est sous le regard de Gilbert : « Il la regarda à nouveau pour voir ce que son profil livrait de ses pensées » et il tente d'établir un lien entre sa façon d'être et ce qu'elle pense à un moment donné. Irene emmagasine les impressions et les images dans ce que White appelle son « monde personnel, » espèce de boîte à souvenirs faite des références où puiser pour faire face à d'autres situations.

Après le décès de madame BulpitIrene est hébergée chez les Lockhard. Son oncle Harold Lockhard est, sous une apparence débonnaire, un homme qui sait ce qu'il veut, à en croire ses yeux qui parfois deviennent durs. Il prend aussi « une voix monocorde dont il habille ses sentiments les plus censurés. » Alison Lockhard sa tante décroche parfois de la conversation quand elle pense que « en réalité, elle ne doit pas croire un seul mot de ce qu'elle raconte. » Ceci parce qu'elle se range du côté des adultes, « épousant les idées du groupe auquel elle est censée appartenir. » (page 159)
Elle alterne réflexion et dialogue avec sa nièce : tandis qu'elle enjoint l'adolescente de respecter son nouveau directeur d'école, elle pense « probable qu'elle ne t'écoute pas. »

Si, comme l'a noté l'Académie suédoise lors de l'attribution du prix Nobel, c'est « son art de la narration psychologique et épique qui a fait entrer un nouveau continent dans le monde de la littérature, » ses prises de position politique, son homosexualité [2] et sa critique d'une société australienne qu'il trouve violente et hypocrite ont nui à ce qu'il soit reconnu dans son pays comme un auteur majeur de son époque.

 

 Genèse du roman
1980 1981 :  Patrick White, après avoir été gravement malade, en convalescence dans sa maison de Centennial Park à Sydney, publie son autobiographie Défauts dans le miroir, objet de longues polémiques : c'est dans ces conditions qu'il entreprend d'écrire Le jardin suspendu. Parallèlement, et pour faire plaisir à son ami le metteur en scène Jim Sharman, il entreprend l'écriture d'une pièce qui deviendra Signal Driver. En pleine période de polémiques, il partit en guerre contre le gouvernement conservateur de son pays, s'obligeant ainsi à se disperser encore davantage.
De plus, il fallait absolument qu'il termine sa pièce pour le Anzac Day, [3] ce qu'il fit. Mais le roman restait en panne et White écrivit à son ami Tom Maschler: « J'écris le roman par à-coups. J'espère avoir la force de le finir. » Il finit par l'abandonner, disant « Les romans, c'est fini. Ils exigent physiquement trop de moi... »
Si, en quittant Castle Hill en 1964, il avait brûlé notes et manuscrits, cette fois, sentant la mort venir,  il s'en abstint et c'est Barbara Mobbs son exécutrice testamentaire qui prit la décision de publier en 2011 une version mise au net du roman inachevé de Patrick White.

Notes et références
[1] Son prénom a plusieurs orthographes correspondant à des prononciations différentes en anglais, selon la façon dont elle est perçue ou la façon dont elle se perçoit elle-même :
- Eirene et son diminutif Eirinitsa pour la prononciation à la grecque;
- Ireen pour une prononciation en langage populaire;
- Irene pour une prononciation en langage soutenu; 
[2] Voir son autobiographie, Défauts dans le miroir (Flaws in the Glass) publiée en 1981
[3] Anzy Day commémore le 25avril, jour d'une bataille sanglante entre les Ottamans et les Australiens et néo-Zélandais à Gallipoli en 1915

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