/image%2F0404379%2F20260904%2Fob_504d36_les-7-boules-de-cristal.png)
Une étude portant sur les 22 albums de Tintin – de Tintin au Congo (1931) à Tintin et les Picaros (1976) – met en lumière les talents de négociateur du héros reporter.
Mais en fait, quel style relationnel a-t-il privilégié ?
Est-ce qu'il a développé un relation plutôt de style compétitif ? accommodant ? collaboratif ? d’évitement ? ou de compromis ?
À
travers les albums de Tintin, on peut mettre en relief le talent de
négociateur du fameux héros reporter, selon une grille de lecture qui
classe ces comportements en cinq styles principaux :
- Style compétitif ;
- Style accommodant ;
- Style collaboratif ;
- Style d’évitement ;
- Style de compromis.
Le philosophe Michel Serre observait déjà que le héros d’Hergé constitué de simples coups de crayon, peut ressembler à une espèce de masque auquel tout le monde peut s’identifier, y compris les adultes.
Tintin est considéré comme un héros emblématique de son époque, avec ce qu’on ne montre pas forcément, sa part d’ombre. L’album Tintin au Congo paru en 1931 a notamment été « réédité en 2023 avec un avant-propos expliquant les préjugés coloniaux en vigueur au moment de la première parution de l’album d’Hergé », comme l’a noté le chercheur Marc-Antoine Pérouse de Montclos.
Malgré ces bémols, Tintin reste une valeur sûre de la bande dessinée et même une icône. Et si on lit bien ses albums, on peut y déceler un talent certain de négociateur. Dans toutes ses aventures, il apparaît toujours comme un personnage habile avec un côté sympathique qui ne l’empêche nullement d’atteindre ses objectifs.
Le modèle Thomas-Kilmann Conflict Mode Instrument (TKI)
Pour
distinguer ces différents styles de savoir-être, on peut recourir à un
mode de classement et d’interprétation basé sur une méthodologie qu’on
appelle le modèle Thomas-Kilmann Conflict Mode Instrument (TKI).
On y retrouve les cinq styles de gestion des conflits et de négociation :
- Le style compétitif : assertif et non coopératif. L’individu poursuit ses propres préoccupations sans trop se préoccuper des autres ;
- Le style accommodant : peu affirmatif et coopératif, restant plutôt neutre ;
- Le style d’évitement : peu affirmatif et peu coopératif, se rapproche du style précédent, évitant de prendre parti et de s’engager dans des conflits ;
- Le style collaboratif : plutôt assertif, impliquant un souci de l’autre et reposant sur les interactions et la coopération ;
- Le style de compromis : balance entre l’affirmation de soi et la coopération.
Pour ce qui concerne Tintin et son comportement, on peut dire qu’il n’hésite pas à confronter son point de vue avec les autres (amis, ennemis ou même des animaux). Ces phases de confrontation et de négociation sont de deux types : "intégratives" (dites aussi gagnant/gagnant) ou distributives (dites aussi gagnant/perdant).
L’étude réalisée repose sur un panel des 22 albums de Tintin permettant une analyse pertinente du personnages et des situations qu'il a à gérer.
L’exploitation des résultats
L’analyse de 22 albums de Tintin allant de Tintin au Congo (1931) à Tintin et les Picaros (1976) a permis de dégager un ensemble de 274 situations de négociation réparties de la façon suivante entre cinq styles vus précédemment : 131 de style compétitif, 62 de style accommodant, 44 de style collaboratif, 22 de style de compromis et 15 de style d’évitement.
C’est donc le style compétitif
est donc largement dominant. Cependant, une analyse plus fine montre
que ceci est d’autant plus vrai que les albums sont anciens (surtout
jusqu’à l’Île Noire paru en 1938)
Dans ce style compétitif, l’individu utilise son pouvoir pour satisfaire ses besoins personnels. Par exemple, dans l’Île noire, Tintin
néglige l’avis des médecins et de la police pour suivre la trace d’une
bande de faux-monnayeurs. Par contre, dans un autre album Le Trésor de Rackam le Rouge paru en 1945, Tintin privilégie un style plus accommodant fait de compromis.
Les conséquences d’un style compétitif
Cinq points fondamentaux peuvent être mis en évidence :
- Agir pour une cause, non pour son ego ;
Tintin ne cherche jamais à « gagner pour gagner ». Il agit pour une
cause : sauver un ami, faire éclater la vérité ou défendre les
innocents.
Il tend vers la recherche d’un intérêt collectif, d’une solution à long terme ou d’une réduction des risques pour l’autre.
- Rester stable et cohérent
Tintin reste toujours lui-même. Il est prévisible dans sa ligne de conduite, ce qui rassure les autres et renforce la confiance.
Il garde des objectifs faciles à identifier, une ligne claire, sans flous ni revirements.
- Il respecte les personnes
Tintin respecte même ceux qui l’ont trahi, n’écrase personne de sa suffisance et s’efforce de valoriser autrui.
- Il collabore quand c’est nécessaire
Même dans son comportement compétitif, Tintin sait intégrer le travail en équipe comme avec le capitaine Haddock, Tournesol ou encore Zorrino dans le Temple du Soleil (1949). Il peut aussi se mettre en retrait quand la situation le réclame.
- Il agit avec calme même en cas de tension
Même dans les albums l’Affaire Tournesol (1956) ou Objectif Lune (1953) dans lesquels la tension est très forte, Tintin reste concentré, centré sur ses objectifs, apte à prendre du recul, évitant toute impulsivité.
Voir également
►* Tintin et Nyon --
----------------------------------------------------------------------------------
<< Christian Broussas • Albums Tintin © CJB ° 04/09/2026 >>
----------------------------------------------------------------------------------
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire