mercredi 11 février 2026

Raymond Poincaré et Georges Clémenceau

Une certaine idée de la France : La troisième république entre Poincaré et Clemenceau

L'eau et le feu

Rien de plus antinomiques que ces deux hommes qui ont pourtant été obligés de s'entendre pendant la Grande Guerre, entente certes de façade que dément les notes et lettres houleuses qu'ils se sont échangées. Rien de plus différents que leurs échanges, plutôt tempérés et même froids chez Poincaré, plutôt musclés chez Clémenceau
[1]

Clémenceau était bien  le reflet de son surnom "Le Tigre", pugnace, têtu et même rancunier à l'occasion, Poincaré celui que Clémenceau avait baptisé le meusosaure, archétype de l'homme de l'Est, de la Meuse, mesuré et réfléchi, "mou" ajoutera-t-il. De lui, il écrira : « C’est au caractère vendéen que je dois le meilleur de mes qualités. Le courage, l’obstination têtue, la combativité. » [2]

Leur opposition a commencé très tôt. Dès juin 1899, dans une formule assassine qu'il affectionne, Clémenceau qu'on appelait alors "le tombeur de ministères", écrivait : « Le don de Poincaré n’est pas à négliger : c’est l’intelligence. Il pourrait faire remarquablement à côté de quelqu’un qui fournirait le caractère. » Propos fort pertinent quant au fond mais qui va contribuer à priver le jeune parlementaire lorrain plein d'ambition de la présidence du Conseil. [3]

 En 1906, Clémenceau  qui doit former le prochain gouvernement, propose à Poincaré de le rejoindre. Il décline l'invitation, sans doute parce qu'il visait lui aussi le poste, même s'il juge que ce dernier manque un peu d'allant — c'est lui qui est à l'origine de l'expression « poincarisme » dans son journal Le Bloc du .

La mésentente continue à l'occasion des Présidentielles de 1913, Poincaré perd les primaires mais, contrairement à l'usage, se maintient et est ensuite élu avec les voix de la droite. Une trahison pour Clémenceau

 

 
Les festivités à Strasbourg en décembre 1918

Dans le privé, les relations sont très distantes, parfois explosives. Sur la stratégie à mener en 1918 quand on sait que la guerre va prendre fin, Poincaré voudrait prolonger la guerre jusqu'à la prise de Berlin tandis que Clémenceau préférerait arrêter le plus tôt possible l'hémorragie humaine et signer l'armistice. D'où le qualificatif de "Poincaré la guerre" qu'on lui a parfois accolé. Jalousie quand Clémenceau était appelé le "Père de la victoire". Dans un grand élan héroïque, il dira le 11 novembre 1918 : « La France, hier soldat de Dieu, aujourd’hui soldat de l’humanité, sera toujours le soldat de l’idéal » 



Entre eux, peu à peu, les relations s'aigrissent. Les échanges aussi bien oraux qu'épistolaires prennent une tournure  plus dramatique au point que Clémenceau menace de démissionner suite à des propos de Poincaré qu'il n'a pas admis et qui de son côté n'apprécie pas d'être mis à l'écart des prises de décisions. Dans ses écrits, il se plaint même d'être "mis de côté".

        

La paix ne changera rien à leur rivalité. Rapidement, ils vont se battre pour savoir qui sera le premier à se rendre dans les territoires libérés d'Alsace et de Lorraine. Mais ils ne peuvent guère se permettre d'étaler leur querelle sur la place publique. Tout "Père de la victoire" qu'il est, Clémenceau ne peut écarter le patriote intransigeant qu'est Poincaré, qui plus est mosellan dans ses terres en Alsace-Lorraine.

Pour le public justement, l'image de la république, c'est une "entente cordiale" au niveau français. On lui a tellement seriné le thème de "L'union sacrée" qu'il ne comprendrait pas. L'image publique, c'est par exemple ces deux hommes qui célèbrent ensemble l'armistice. Le 8 décembre 1918, Poincaré et Clémenceau arrivent à Metz, marchent dans les rues et s'arrêtent devant la cathédrale sous les ovations de la foule. Au cours de la cérémonie, Poincaré remettra au général Pétain son bâton de maréchal.
Ils vont même jusqu'à se donner l'accolade devant tout le monde sur la place de la République.
Les apparences sont sauves.

Le lendemain 9 décembre, ils sont à  Strasbourg où une population en liesse acclame longuement le président de la République Raymond Poincaré et son président du Conseil Georges Clemenceau, confondus dans un hommage enthousiaste en reconnaissance du rôle majeur qu'ils ont pris dans la victoire. 

Les autorités municipales attendent le cortège à la porte de Cronenbourg et dans le centre ville, ils sont accueillis par une haie d'honneur (drapeau du 246e RI (régiment d'infanterie). Accompagnés par la foule et par un cortège de jeunes Alsaciennes, ils se rendent à la cathédrale.
Les jours suivants, pour de nouvelles cérémonies, ils iront ensemble à Sélestat, Colmar et Mulhouse.

   
Les 2 hommes à Metz le 8 décembre 1918 -- "L'entente cordiale"

Parce qu'ils ont en commun d'être deux grands républicains et deux grands patriotes, Poincaré se fera violence pour nommer Clémenceau chef du gouvernement en novembre 1917, mais en fait, tout les sépare. Et d'abord leur éducation et leur milieu social. 
Géographiquement, il n'y a pas plus éloigné : plein est pour Poincaré, meusien tourné vers la ligne bleue des Vosges, plein ouest pour Clémenceau, vendéen atypique, républicain convaincu, en délicatesse aussi bien avec les royalistes qu'avec le Second empire.


Clémenceau posant pour sa statue

Le jeune Clémenceau était un révolté, siégeant à l'extrême gauche, ami intime de Louise Michel et d'Auguste Blanqui. Un homme éclectique aussi, qui connaîtra avec Claude Monet une amitié sans faille, un "homme à femmes" qui défraiera la chronique dans ses démêlés avec , Mary Plummer"l'américaine", sa première femme.  

Poincaré de son côté a toujours été un homme posé, opposé aux extrêmes, sans concession pourtant concernant l'Allemagne, appelant son chien Bismarck ou décidant l'occupation de la Ruhr en 1923 pour les obliger à respecter leurs obligations prévues par le traité de Versailles.  Mais Clémenceau ne serinait-il pas 
« L'Allemagne paiera. » Le signataire de ce traité ne pouvait décemment désavouer le président du conseil !
Une vie qui se confond largement avec sa carrière politique. 
[4]

 
Clémenceau visitant le front

Poincaré est issu de la grande bourgeoisie meusienne avec un père polytechnicien, une  mère qui compte ans sa famille un général baron sous l'Empire et un aïeul député sous Louis-Philippe. On peut le résumer ainsi :  excellente généalogie, excellentes études supérieures, profil de gendre idéal.
Clémenceau est issu d'une 
famille de républicains médecins, élevé dans l'amour de la Révolution française.
Leur point commun : une certaine dérive vers la droite tout au long de leur carrière politique, moins marquée chez Poincaré, républicain modéré que chez Clémenceau qui a débuté sa carrière à l'extrême gauche pour finir à droite, de fait assez isolé, ce qui peut expliquer en partie son échec à l'élection présidentielle de 1920. 


Complément : Les échanges du 8 octobre 1918

Réaction violente de Clémenceau à une remarque de Poincaré qui offre sa démission. [5]
« Je n’admets pas qu’après trois ans de gouvernement personnel, qui a si bien réussi, vous vous permettiez de me conseiller de ne pas couper les jarrets à nos soldats. Si vous ne retirez pas votre lettre écrite pour l’histoire que vous voulez vous faire, j’ai l’honneur de vous envoyer ma démission ».

Longue réponse de Poincaré dont voilà un large extrait:
« Je ne saurais à mon tour admettre que vous m’accusiez de pouvoir personnel alors que vous savez mieux que personne avec quelle conscience j’ai toujours exercé mes fonctions. Je ne vous ai nullement attribué l’intention de couper les jarrets à nos troupes, ce qui serait une absurdité. Si vous relisez ma lettre avec sang-froid, vous verrez que, tout au contraire, j’ai dit que tout le monde avait confiance en vous pour empêcher les alliés de tomber dans un piège et que tout le monde espérait fermement qu’on ne couperait pas les jarrets à nos troupes. 

Comment ce "on" vous viserait-il, alors que vous n’avez pas encore que je sache, arrêté votre décision et que, d’un bout à l’autre, ma lettre est pleine de déférence pour vous. Si par "on", j’avais voulu dire "vous", j’aurais dit "vous". Je n’ai pas plus que vous l’habitude de biaiser. »
[...] « Avant de conclure, ma lettre ne justifiait nullement l’injure que vous m’adressez ni la démission dont vous me menacez et qui serait désastreuse pour le pays ».

Clémenceau : « Vous essayez d’expliquer votre lettre, vous ne la retirez pas, je maintiens ma démission ».
Poincaré : « Vous n’attendez pas de moi que j’accepte votre démission alors que je vous ai déjà écrit que je la considère comme néfaste pour le pays ».

Suit une longue réponse de Clémenceau dont voilà quelques extraits. 
« Vous n’acceptez pas ma démission. Cela ne change rien au cas créé par vos deux lettres de ce matin. [...] J’allais partir pour le Conseil des ministres quand votre lettre m’est arrivée. Elle était au moins inutile puisque vous alliez avoir l’occasion de me dire tout ce qui vous paraîtrait nécessaire » [...]  Je pourrais tirer de tout cela mille considérations si je me proposais de polémiquer. Mais je ne veux pas aller plus loin. Je ne m’obstinerai pas dans ma démission... ».
Avant de conclure ainsi : « Vous me permettrez en même temps de vous demander de ne plus m’écrire. Lorsque vous aurez à me parler, vous n’aurez qu’à me le faire connaître, je me rendrai immédiatement à l’Élysée... »
Ce qui fait que le conseil des ministres du 8 octobre 1918 est annulé.


Références

[1] Deux biographies de référence les concernant : Michel Winock, Clémenceau, ed. Perrin, 2007 et François Roth, Raymond Poincaré, ed. Fayard, 2001 -
[2] Voir Sur Clémenceau --
[3] Les grands duels qui ont fait la France, Alexis Brézet/Jean-Christophe Buisson, p 249-268, 2014 -
[4] Daniel Amson, Poincaré. L'acharné de la politique, Tallandier, 1997 -
[5] Voir, Le 8 octobre 1918 : psychodrame entre les 2 hommes – 

Voir également
Georges Valance, Poincaré, Paris, Perrin, coll. « Biographies », 2017, 490 p 461-74
Poincaré la confiance" restera le dernier homme d'État de la République parlementaire. C'est lui, avec "le Franc Poincaré" qui a donné à la France des années de stabilité monétaire et d'équilibre budgétaire. C'est ce lorrain, travailleur et visionnaire, qui a créé, ce qu'on oublie souvent, les "Assurances Sociales", l'ancêtre de la Sécurité Sociale !
* Le gouvernement Clémenceau, prélude --
-  La guerre dans la guerre et la (courte) réconciliation en Lorraine
- Poincaré – Patrick Weil, Thomas Macé, Clémenceau (lettres d’Amérique)
Michel Winock, 
Contre Poincaré, pages 461 à 474, Clémenceau à Carlsbad


Il sera aussi reçu à l'Académie française et professeur aux écoles HEI-HEP (ecole des hautes études internationales et politiques)
« Il est l'homme du militarisme et de la petite-bourgeoisie. Vailland-Couturier
L'Affaire Émile Cottin

---------------------------------------------------------------------------------------
<< Christian Broussas • Clémenceau-Poincaré  © CJB  ° 26/01/2026  >>
---------------------------------------------------------------------------------------

Sélection 2026

 

Sommaire
1- Laurent Mauvignier, La maison vide
2- Perryne et Nicolas
3- xxxxxxx
4- xxxxxxxxxx
5- xxxxxxxxxxxxx


1- Laurent Mauvignier La maison vide
éditions de Minuit, 744 pages, 11/2025


"Tout dire dans le secret du confessionnal ne doit pas être une simple façon de vider ses ordures à la tête de Dieu pour mieux ressortir dédouané... " (p 412)

"En 1976, mon père a rouvert la maison qu’il avait reçue de sa mère, restée fermée pendant vingt ans. À l’intérieur : un piano, une commode au marbre ébréché, une Légion d’honneur, des photographies sur lesquelles un visage a été découpé aux ciseaux.

Une saga où se croisent deux guerres mondiales, la vie rurale de la première moitié du vingtième siècle, mais aussi Marguerite, ma grand-mère, sa mère Marie-Ernestine, la mère de celle-ci, et tous les hommes (Firmin, Jules...) qui ont gravité autour d’elles."
Un style en escargot qui revient et s'attarde pour mieux décortiquer les événements et les personnages. Une mise à nu sans concession de plusieurs générations.


* Entre réalité et fiction -

2- Perryne et Nicolas
1- Et voilà, vous avez tous deux d’un bond
Décidé de franchir le rubicond
Pour donner tout son lustre à ce beau jour
Et trouver le Panthéon de l’amour. 

2- Afin de vous concilier leurs faveurs
Et les célébrer de tout votre cœur,
Convoquons aujourd’hui les dieux d’antan,
Diffusant l’enivrant parfum d’encens,
Entonnons tous sur un air de guitare
Et de luth, le chant divin du dieu Lare,
De la famille le doux protecteur
Luttant contre les aléas du sort.


3- Que dire de cette suprême onction,
Sinon qu’elle est une bénédiction
Qui vient couronner votre jeune âge
À travers le sacrement du mariage
À travers tous les dieux du Parthénon
Dans la douce lumière d’Apollon,
La déesse du mariage, Héra
Qui règne sur la cité d’Athéna.


4- Car c'est ainsi que se tournent les pages,
Que se redessinent les paysages :
Il suffit alors de passer le pont,
Il suffit de franchir le rubicond
Pour vivre une nouvelle aventure

Comme une ouverture vers le futur.


--------------------------------------------------------------------------------

<< Christian Broussas • Sélection 2026  © CJB  ° 07/02/2025  >>

--------------------------------------------------------------------------------

Un livre, un débat 2026

 Programme du 1er semestre 2026

« L'Italien », Perez-Reverte (Espagne), mardi 3 février,14 h
Le combat de torpilleurs italiens contre la marine anglaise pendent la Seconde guerre mondiale 
et l'histoire d'amour entre Elena la libraire et Teseo l'italien du commando.

« Le rêve du jaguar » (2024), Miguel Bonnefoy (Franco-Vénézuelien), mardi 10 mars, 14 h
Prix Fémina 2024

Antonio aurait dû connaître une vie de mendiant, mais son énergie et son chemin de vie vont brouiller les cartes : vivant de petits boulots, il deviendra chirurgien avec l'aide sa femme Ana-Maria. Ils partiront finalement à Paris avec leur fils Cristobal.

« Un endroit où aller » (2007), Robert Penn Warren (Américain), mardi xx,14 h
Les aventures de Jed Tewksbury, ses liens avec le sud, la guerre et sa liaison avec Rozelle. Un homme en quête de sa propre vision de "l'american dream".

« Le chemin des morts » (2018), François Sureau (France), mardi xx,14 h
Un ancien militant basque qui se sent menacé, refuse de rentrer en Espagne.

« Impossibles adieux » (2023), Han Kang (Corée), mardi xx, 14 h
Sur l’île de Jeju, en Corée du Sud, une femme affronte une tempête de neige, ses angoisses et le souvenir des violences politiques du XXᵉ siècle.
                    ~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

Miguel Bonnefoy, « Le rêve du jaguar » (2024) - Prix Fémina --> basé sur l'histoire d'Antonio son grand-père maternel.

« Dans toute portée de chats, il y a un jaguar...  Il grandit différemment. Il s’émancipe. Ce sont les bâtisseurs de cette ville. On est tous fils d’un rêve de jaguar. » p. 289

Un récit familial sur 3 générations, dans un Venezuela traversant dictature, démocratie, coups d'État et révolutions. Dans cet univers, chaque personnage tente de transformer sa vie en un destin personnel. Ses grands-parents, Antonio et Ana-Maria passeront d'une jeunesse miséreuse au statut de médecins reconnus.

« La littérature, une allumette craquée pour apercevoir l’épaisseur des ombres. »

Antonio et Ana-Maria :

  • Lui : destin épique, chirurgien, lutte contre la dictature, recteur de l'université qu'il a créée.
  • Elle : première femme médecin-gynécologue, lutte pour l’avortement.
     

« Il n’y a rien de plus délicieux que de faire plier la réalité pour satisfaire les tentations de la fiction. » dit-il

Il conjugue l'Histoire de son pays (de la découverte du pétrole à Maracaibo en 1919 aux révolutions et dictatures jusqu'à l'arrivée d'Hugo Chavez en 1999 ) et légende familiale.
---> mélange onirisme latino-américain et forme maîtrisée à la française. 
---> fond de réalisme magique + Histoire, forme plutôt baroque.

"Quand l'excès nuit au récit" : sa prose foisonnante et baroque contient trop de contes et de légendes, trop d'effets de style, comme dans la description de la décoration d'un bordel baroque. 
"
Ses romans : fresques vibrantes pour les uns ; débauche stylistique qui pique les yeux pour les autres". (Le nl obs)
Voir aussi : Le rêve du jaguar, Héritage, Sucre noir - Sur son style -


~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

Robert Penn Warren, (2007) « Un endroit où aller » - Ed. Babel, 608 pages -

"Le fils d’un bon-à-rien et d’un modèle d’obstination résignée".
 

Un homme du sud vers 1918 dans une misérable ferme de l'Alabama, pris entre amours, violences et passions. Une vie de déraciné qui ne trouve aucun havre où se poser. Une vie qu'il voit comme une succession de routine et de temps forts constituant une psyché où sont mis en relation ces différents moments. 


Libéré d'un père alcoolique, une mère obstinée à lui donner une éducation rigide pour devenir un homme reconnu, sans passé. Suit une vie "raisonnable" : faculté de Chicago, guerre en Italie, sage mariage avec la fille d’un pasteur. Mais ce veuf précoce va connaître la passion avec Rozelle Hardcastle dans une communauté bohème de Nashville.

Souvent comparé à Philip Roth par leurs thèmes communs comme un roman sur un enseignant en littérature, plutôt isolé, insatisfait, porté sur le sexe et les questions existentielles (fuite du temps, solitude, définition du bonheur)
Voir aussi Tous les hommes du roi, (1946), puis La grande forêt et Les rendez-vous de la clairière.

~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~
François Sureau, « Le chemin des morts » , Gallimard 2013/Folio 2018, 54 pages
 


"L'oral et le doute face à la preuve et à l'écrit".

Chez les Basques, « Quand un membre de la famille meurt, il est conduit par un chemin particulier, que l’on appelle le chemin des morts ».


Acte I : La demande d'asile d'un ancien militant basque, Javier Ibarrateguiexilé en France et redoutant d'être assassiné, est rejetée. (commission des recours des réfugiés)
Acte II : Après son retour en Espagne, il est effectivement exécuté.


Acte III, le remords : Souvenir indélébile chez Sureau, de cet homme qui avait confiance en la justice française mais victime de la raison d'état : « La faute a des pouvoirs que l’amour n’a pas. »

Acte politique transformé en acte administratif d'une commission qui permet de rester en bons termes avec l'État espagnol couvrant les assassins, activistes du GAL tout en sauvant les apparences sous couvert d'une logique juridique ratifiée par les "serviteurs de l'État". (voir son roman "L'obéissance")
* Sur ce thème :
Le défi des migrants (contribution) (2019), membre de l'Association d'aide aux réfugiés Pierre-Claver -
* Voir aussi : S'en aller (2024), La corruption du siècle (1988) - L'infortune -


-----------------------------------------------------------------------------------
<< Christian Broussas • Un livre, un jour  © CJB  ° 09/01/2026  >>
-----------------------------------------------------------------------------------

jeudi 5 février 2026

Félix Vallotton

~~~~  Centenaire de la mort de Félix Vallotton  (1865-1925)  ~~~~
 

          
Autoportraits 1905 et 1891
Portrait de Alexandre Nathanson

Pour le centenaire de la disparition du peintre Félix Vallotton (1865-1925), Lausanne sa ville natale, organise une exposition-rétrospective consacrée à ses œuvres. Cette manifestation est réalisée sous l'égide du MCBA (Musée communal des beaux-arts) qui possède la plus grande collection de l'artiste et de la Fondation Félix Vallotton. Elle rassemble quelque 200 œuvres parmi les plus connues puisée aussi dans les plus belles collections publiques et privées. 

       
La paresse 1896
Xylographie en noir sur papier -
Bain à Étretat 1899

Artiste polyvalent, il s’est illustré dans des domaines variés comme peintre, graveur, illustrateur, sculpteur et même critique d’art et romancier. Cet éclectisme s’explique par le fait que le groupe des Nabis [1] dont il était membre, voulaient abolir la frontière entre les beaux-arts et les arts appliqués, surtout les arts décoratifs et l'estampe. 

En 1899, cet anarchiste, ami d’Octave Mirbeau [2], épouse Gabrielle Bernheim, fille du marchand de tableaux Alexandre Bernheim et devient français.
 

         
Rocamadour - Jardin du Luxembourg 1895

Il se lance d'abord dans la xylographie (gravure sur bois), au style expressif, en aplats francs de noir sur blanc, où il rencontre un franc succès. Il y traite de problèmes sociaux dans des œuvres comme La Manifestation, L’Assassinat ou La Charge puis vers des sujets plus intimes centrés sur l’arabesque ornementale et l’importance du noir. 

          
Pois de senteur 1924 - Bain à Étretat 1899

Félix Vallotton a réalisé quelque cent vingt xylographies ainsi qu'une  cinquantaine de lithographies, dans des séries de planches comme Les Petites Baigneuses (1893), Les Instruments de musique (1896),  Intimités (1898) L'Exposition universelle (1900)C'est la guerre (1915). Des instruments de musique à l'exposition universelle, ces thèmes seront largement repris dans ses peintures.

     
Le vieil olivier - Chemin à St Paul 1922 -
Sur la plage de Dieppe 1899 - 


Félix Vallotton a aussi réalisé des portraits dessinés de personnalités pour diverses revues, citons parmi les plus connus BakounineLéon Blum, Paul Claudel, Félix Fénéon, Alfred Jarry, Arthur Rimbaud, Edgar Poe, Joseph de Maistre... 

    
Femme au piano 1904    Femme endormie 1904

L'originalité de son style, c'est une peinture en aplats de couleurs vives prenant comme sujets des scènes du quotidien que l'on voit particulièrement dans La Valse, Coin de rue à Paris, Les Passants ou le triptyque du Bon Marché. 

      
La valse 1893   
Soir d'été au bain 1892 

Il s'est également intéressé à la photographie, ce qui a influencé  son cadrage des éléments du tableau, sujets de dos, enfilades de pièces, scènes en plongée (Le Ballon) ou contreplongée (La Loge de théâtre, le monsieur et la dame), qu'il réinterprète selon sa vision. 

 
         
Nus aux chats - Le bain turc 1907
Nu au canapé rouge 1915 -
La blanche et la noire - 
 

Il a peint de nombreux nus, en particulier des baigneuses , des couples féminins dans des présentations structurées.  se veut alors très réaliste comme  dans Le Sommeil en 1908 ou Femme au collier bleu en 1925… en amplifiant leurs formes comme dans Baigneuse assise sur un rocher, en 1910 ou en peignant des femmes noires ce qui était alors très osé. 

  
La robe jaune 1923 - Paysage en sous-bois 1918 - 
Maîtresse et servante 1896

Le tableau Pois de senteur, 1924
(cf ci-dessus)

Que voit on ? Un sujet insolite. une fleur rarement peinte, trop fragile à conserver coupée. Félix Vallotton les dispose dans un pot cruche avec une anse en céramique vernissée et tire tout le partie de leurs magnifiques couleurs en les présentant sur une nappe à motif indien, aux coloris très vifs, bordés des noir.

Le Ballon, 1899

Il est considéré comme le tableau le plus connu de Félix Vallotton. Cette vue plongeante découvre un espace public souvent utilisée par Bonnard ou Vuillard.

L'ombre des arbres se détache en festons sur la grande plage ocre clair de l'allée, tandis que la silhouette d'un enfant de dos accroche la lumière vive du soleil et court précédée de son ombre. La tête est coiffée d'un chapeau jaune à ruban rouge d'où déborde une chevelure blonde. Il porte des bottines orangé et une blouse blanche, boutonnée dans le dos, dont deux pans levés par la course flottent au vent et court vers une balle rouge.

Comme un écho à la masse claire de l'enfant, deux silhouettes bleue et blanche apparaissent aussi en clair dans un espace qui semble plane. Le petit ballon à l'air perdu dans cet espace sert paradoxalement de titre au tableau.
 
    
Autoportrait 1914 - Aïcha 1922 - Chaste Suzanne 1922 

Notes et références
[1] Les Nabis (1888-1900) forment un groupe postimpressionniste dont le but est de créer un art nouveau, antinaturaliste et décoratif.
[2] Voir l'exposition galerie Druet à Paris en 1910 où Octave Mirbeau en préface le catalogue.

Voir également
* Édouard Vuillard -- Maurice Denis -- Octave Mirbeau --
* Vallotton à Lausanne --

---------------------------------------------------------------------------------
<< Christian Broussas • Félix Vallotton  © CJB  ° 04/02/2026  >>
---------------------------------------------------------------------------------

vendredi 16 janvier 2026

Consolation

 

« C’est un ami de l’enfance,
(que) Nous prêta la Providence...
Il n’est plus ; notre âme est veuve,
Il nous suit dans notre épreuve... »

Pensée des morts - Alphonse de Lamartine

 

C’était au temps de notre jeunesse
Quand s’est éteinte toute allégresse
Sur cette longue route ennemie
M’arrachant à jamais mon ami.


C’était par une belle journée
Que par un superbe soir d’été
A disparu ce très cher ami
Terrassé par un mal infini.


C’était je ne sais plus vraiment quand,
Il y a maintenant si longtemps 
Que m’est advenu ce deuil immense
qui a vraiment marqué mon enfance.


C’était il y a bien des années

Que survint alors, inopiné,
Ce drame qui me laissa muet,
Auquel on ne s’habitue jamais.


C’était... oh, à quoi bon recenser
Tous ceux qui hélas nous ont quittés,
Tous ces bons amis trop tôt partis
Quelque part vers leur Paradis.
La vie qui coule dans le lit de l’oubli
Agit alors comme une amnésie,
Le temps qui passe et son érosion
est notre seule consolation.

 

*** Voir également ***
Document utilisé pour la rédaction de l’article Brassens, Pensées des morts --

*** Mes fichiers sur ce thème ***
Document utilisé pour la rédaction de l’article Que peut l'amitié ? (2025) -- Vertu du hasard -- 
Document utilisé pour la rédaction de l’article 
Poésies 2025 -- Deux ans déjà (3) --

 

----------------------------------------------------------------------------------------
<<<<<   Christian Broussas - Consolation -  © CJB  14/01/2026  >>>>>
----------------------------------------------------------------------------------------