vendredi 15 mai 2026

La poétesse Juana Inès de la Cruz

 La poétesse sœur Juana Inès de la Cruz (1651-1695)

« Ce qui importe à Juana Inès de la Cruz, c’est le chemin du labyrinthe, la vérité que le dédale cachait à Thésée, et que seul le fil d’Ariane pouvait révéler, puisque l’amour était au bout. » JMG Le Clézio

Une vie exemplaire qui a tant intéressé les deux prix Nobel de littérature Octavio Paz et JMG Le Clézio qu'ils ont écrit sa biographie.

Antonio Nunez de Miranda, qui l’avait soutenue dans sa volonté d’autonomie, trouve désormais que décidément, la jeune femme en fait trop, surtout dans cette société espagnole étriquée où l’étiquette de la cour était sans doute la plus stricte d’Europe. Il condamne sa « tentation d’une vie superficielle d’une poétesse de cour. »

Elle réplique en déclarant son goût pour l’étude, « sa quête d’un équilibre philosophique d’où les femmes ne seraient pas exclues. » Pensée inadmissible au XVIIème siècle surtout dans un pays ultra catholique. Elle s’est peut-être inspirée de la vie d’
Anna Maria von Schurman (1606-1678), sa quasi contemporaine, qui lutta contre les discriminations dont les femmes étaient victimes, en poursuivant des études de théologie à l’Université d’Utrecht.

      
Timbre-poste à son effigie  
Billet de 200 pesos à son effigie

Sans nier la légèreté de la poésie, elle revendique l’accès au savoir :
« Les études privées et particulières, qui les a interdites aux femmes ? N’ont-elles pas une âme rationnelle comme les hommes ? Pourquoi celle-ci ne jouirait-elle pas aussi de ce privilège qu’est la lumière de la science ? L’âme d’une femme n’est-elle pas apte à recevoir autant de grâce et de gloire de Dieu que la leur ? Pourquoi ne serait-elle pas apte à recevoir autant de science et de connaissance qui sont choses moins nobles ? Quelles révélations divines, quelle décision de l’Église quelle loi de la raison a fait pour nous une loi si sévère ? »

Elle refuse à son confesseur le droit de décider de sa vie : [1]
« Pourquoi donc ce déplaisir de Votre Révérence ? Pourquoi dites-vous que si vous aviez su que je me mettrais à écrire des vers, vous m’auriez mariée au lieu de me mettre au couvent ? Eh bien père très aimant, que je contredis contrainte et forcée. Pleine de honte, en des termes qui n’auraient pas dû franchir mes lèvres, quelle autorité directe avait Votre Révérence pour disposer de ma personne et du libre arbitre que Dieu m’a concédé ? Vous n’avez que celle que mon affection vous a donnée et vous donnera toujours. »
C’est le combat qu’elle veut mener de sa cellule jusqu’à ce qu’elle décide elle-même, sans céder à la menace, d’y mettre un terme. 

  
Sa statue à Madrid  
Pièce de 1000 pesos à son effigie

Que joliment ces choses sont dites. Tout en y mettant les formes, comme il sied à son époque et à une femme de sa condition, elle reste ferme sur le fond, ne lâchant rien sur sa détermination à choisir seule sa voie.
Quelle impertinence que ce texte. On en a parfois brûlé pour moins que ça !
La protection royale de la vice-reine Maria-Luisa de la Laguna a sans doute pesé dans la balance.

Notes et références
[1] Lettre à son confesseur datée de 1681, publiée en 1993 dans une traduction de Marie-Cécile Benassy

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<< Christian Broussas • Juana Inès de la Cruz  © CJB  ° 15/05/2026  >>
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Claude Monet, Expérience immersive 2026

 

L'exposition immersive qui nous est offerte à Villeurbanne étonne par son côté très ludique et l'ambiance qui s'en dégage. Une parenthèse où l'œuvre de Claude Monet défile en un flot d'images et de couleurs qui rejoint l'objectif de l'artiste de provoquer une impression et d'interpeller nos sensations avant toute réflexion sur le sens de ces interactions. 

Claude Monet - L'expérience immersive est une exposition d'art numérique à 360º à Villeurbanne qui invite chacun à pénétrer dans l'univers du peintre français Claude Monet, l'un des plus grands peintres du XIXe siècle.

Pour plonger au cœur d'une de ses peintures naviguez, immergez-vous dans l'univers spécifique Claude Monet, un visionnaire dans son art, fondateur du mouvement impressionniste et certainement le plus fidèle à ce mouvement artistique tout au long de sa vie.

La première partie est consacrée à la vie de Monet et à ses sources d’inspiration à travers de décors et des installations artistiques, suite de cartouches expliquant son inspiration, sa démarche.
Elle comprend également une vidéo faite de petits films qui s'enchaînent pour balayer toute la biographie de Claude Monet.
 
La seconde partie est bâtie sur l'immersion elle-même avec une présentation préalable d'un espace poétique inspiré des jardins et du célèbre pont japonais de Giverny.
 
  
Le pont japonais - 
Les nymphéas (détail) - 

On entre enfin dans une grande salle pour une immersion à 360° en musique à l'aide de plus de trois cents tableaux de l’artiste, projetés sur les murs et le sol sur plus de 300 m2 ! 

    
Monet & Clemenceau - Femme à l'ombrelle - Impression soleil levant --

L'expérience de réalité virtuelle vient clore un spectacle très ludique. On peut ainsi suivre les pas de Claude Monet, en passant par les toiles les plus iconiques, à la découverte des paysages qui ont inspiré son œuvre.

On y retrouve bien sûr les séries qui ont fait son succès et sa particularité : la gare Saint-Lazare (1877), les meules (1890-91), Les peupliers (1891), la cathédrale de Rouen (1892-94)  ainsi que  Londres et Charing Cross. Une place particulière est dévolue aux Nymphéasensemble   emblématique  de Monetœuvre d'un format inhabituel dont l'exposition au musée de l'Orangerie est due à l'opiniâtreté de son ami Georges Clemenceau qui après la mort de Monet en 1926 publiera un ouvrage sur les Nymphéas.

 
    
La japonaise (sa femme) - Boulevard des capucines --   Terrasse à Ste-Adresse 

La période 1870-1880, années de grande production, le plus souvent des paysages selon les lieux où il se rendait, est aussi largement représentée à l'exposition avec en particulier :
 

* Pour les années 1870 :
La plage de Trouville (1871), Impression, soleil levant,(1872), Les Coquelicots, (1873), Boulevard des Capucines. Bateaux au havre (1874), Régates à Argenteuil (1875).
Montgeron : Coin de jardin, Le Bateau-Lavoir, L'YerreÉtang à Montgeron, Les Saules (1876-77)
La Rue Montorgueil (1878).

    
La rue Momtorgueil  
Le déjeuner sur l'herbe La Grenouillère 

* Pour les années 1880 :
Les Tilleuls à Poissy (1882), 

Arche, mer et falaises à Étretat, Les Villas à Bordighera (1885), Belle-Île-en-mer 1886 (Les rochers, Tempête, Port-Goulphar, Les Pyramides de Port-Coton), Femme à l'ombrelle (version 1 et version 2)
 
  
Le parlement de Londres -           
La pie -

* Séjours à Londres et à Venise :
- Série
Les parlements de Londres : 19 tableaux 1900-1904
Série sur Venise : Le Grand Canal, Palace de Mula, San Giorgio Maggior, Le Palais des Doges

 

Exposition immersive, La salle 360 degrés

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Claude Monet - L'expérience immersive, Studio 24 (Pôle Pixel), 24 rue Émile-Decorps 69100 Villeurbanne.
 

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<< Christian Broussas • Monet 69  © CJB  ° 09/01/2026  >>
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László Krasznahorkai, Nobel 2025

 László Krasznahorkai : « La beauté ne disparaît jamais, c'est à nous de la percevoir. » (2018) 

En 2018, sur France Culture, à l'occasion de la sortie de son livre Séiobo est descendue sur terre, il parle de son rapport à l'écriture : « Créer la réalité et non pas la représenter, voilà la maxime qui sous-tend un travail animé... par un état auquel échappe le bonheur. [...] J'écris des livres parce que je ne suis pas heureux. Si j'étais heureux, je n'aurais pas l'idée d'un livre»
Il 
 a publié une quinzaine de romans et recueils de nouvelles, comme La mélancolie de la résistance, opéra avec film en 2024 sur une musique de Marc-André Dalbavie et un livret de Guillaume Métayer ainsi que plusieurs scénarios de films portés au cinéma par le réalisateur Béla Tarr.

      
Guerre et guerre - 
Le baron Wenckheim est de retour -
Mélancolie de la résistance - Seiobo est descendue sur terre -

Selon l'Académie suédoise, l'œuvre de László Krasznahorkai se caractérise par son « réalisme fantastique » qui s'inscrit « dans la tradition d'Europe centrale qui s'étend de Kafka à Thomas Bernhard, et se caractérise par l'absurdisme et l'excès grotesque [...] Mais il a plus d'une corde à son arc, et il se tourne également vers l'Orient en adoptant un ton plus contemplatif et finement calibré. »
Elle met aussi l'accent sur « une œuvre convaincante et visionnaire qui, au milieu de la terreur apocalyptique, réaffirme le pouvoir de l'art . » Une idée maîtresse chez lui, l'art comme ultime recours aux horreurs de la guerre. (voir par exemple son roman Guerre et guerre) 

    
Le dernier loup - 
Au nord, les montages... Petits travaux... -

Concernant son style, son ami, l'écrivain et prix Nobel 2016 Imre Kertész, affirme :« Ses phrases longues et sinueuses m'enchantent. Et même si son univers peut sembler sombre par moments, on a sans cesse l'impression d'y percevoir cette transcendance qui, pour Nietzsche, représentait une forme de consolation métaphysique. »

Sur le fond, parmi ses thèmes favoris, se détache celui du « faux messie » aussi bien dans Tango de Satan (avec Irimias) que dans Le Baron Wenckheim est de retour (avec le baron), les personnages se posent en rédempteurs mais tout ne se passera pas aussi simplement. 

Ces faux messies émergent dans le délitement des institutions qu'on trouve dans Guerre et Guerre avec l'affaissement du pouvoir  à New York peu 
avant le 11 septembre 2001 ou dans La Mélancolie de la résistance où  une cité rurale cède à la panique à cause d'un monstre présent dans un cirque itinérant.
 

Voir aussi 
* Zoom sur son oeuvre --
* Un "vrai" Nobel --
* Imre Kertész prix Nobel 2016 -- 

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<< Christian Broussas • Nobel 2025  © CJB  ° 06/05/2026  >>
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L'écrivain Abdulrazak Gurnah

 Le prix Nobel de littérature 2021 a été attribué au romancier tanzanien, originaire de l'île de Zanzibar Abdulrazak Gurnah. Il est l'auteur d'une douzaine de romans dont « Paradise » et « Près de la mer », a été récompensé pour sa narration « empathique et sans compromis des effets du colonialisme ainsi que du destin des réfugiés écartelés entre les cultures et les continents ». 

           

Le jury précise aussi que « ses romans sont loin des descriptions stéréotypées et ouvrent notre regard sur une Afrique de l'Est, diverse culturellement et mal connue dans de nombreuses régions du monde [...] Il rompt ainsi consciemment avec les conventions, bousculant la perspective coloniale pour mettre en valeur celle des populations locales. » 

Abdulrazak Gurnah, qui a longtemps été professeur de littérature anglaise et postcoloniale à l'Université de Kent en Angleterre, est le cinquième lauréat africain et, après Wole Soyinka, le deuxième lauréat africain noir. Il a dédié son prix « à l'Afrique et aux Africains ». 

En 2022, dans une interview à France-culture. il revendique le fait d’appartenir à différentes cultures, ayant lui-même plusieurs identités : tanzanienne, zanzibarie, africaine, britannique d’adoption et yéménite. Son rapport à l'écriture, c'est un lien intime avec la langue anglaise et, dit-il, il aurait été moins à l'aise avec sa langue natale, le  kiswahili...

L'écriture est d'abord pour lui un moyen d'illustrer les événements qui ont marqué son pays et les difficultés qu'il a rencontrées lors de son installation en Angleterre.
Par exemple, dans Paradis, l'élément central est la figure patriarcale du marchand et sa domination sur le groupe, figure aussi de stabilisation. Il a effectivement connu de genre de manipulateur avide mais sympathique par certains aspects, qu'il décrit dans son livre.

 
      

Adieu Zanzibar
Un matin de 1899 en Afrique de l'Est, Hassanali découvre  chemin faisant un anglais épuisé qui s'effondre à ses pieds. C'est en fait un écrivain, voyageur et orientaliste,  dévalisé et abandonné par ses guides lors d'un voyage en Abyssinie. Les deux hommes  se lient d'amitié et Pearce l'anglais lui raconte sa vie compliquée.

Mais ce dernier va rapidement tomber amoureux de la sœur d'Hassanali puis repartira en Angleterre, la laissant enceinte. Cinquante ans plus tard, Rashid voit son frère Amin se heurter à l'ostracisme qui frappe encore sa famille.

Rashid se résoudra à 
partir en Angleterre pour y poursuivre ses études, vivant les troubles liés à l'indépendance de Zanzibar et de la Tanzanie. Du colonialisme au Londres des années soixante, Abdulrazak Gurnah nous fait partager la fragile existence de tous ces réprouvés pris dans les tourbillons de la décolonisation.
 
      
Près de la mer - Les vies d'après - La voix des pèlerins - Paradis

Colonialisme et esclavage (extrait)

« C'est la faute à l'esclavage, voyez-vous. À l'esclavage et aux maladies qui les minent, mais à l'esclavage surtout. Esclaves, ils ont appris l'oisiveté et la dérobade. Ils ne peuvent plus concevoir de s'impliquer dans le travail, d'assumer des responsabilités, même contre paiement.

Ce qui passe pour du travail dans cette ville, ce sont les hommes assis sous un manguier à attendre que les fruits murissent. Regardez ce que la compagnie a fait de ces terres. Les résultats sont impressionnants.
Des cultures nouvelles, l'irrigation, l'assolement, mais il a fallu pour y parvenir radicalement changer les mentalités.
»

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<< Christian Broussas • Gurnah  © CJB  ° 01/05/2026  >>
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Le prix des carburants

 Guerre au Moyen-Orient : Greenpeace accuse les compagnies pétrolières de « sur-profits » de guerre 

Une étude commandée par Greenpeace affirme que les compagnies pétrolières réalisent plus de 80 millions d’euros de « sur-profits » par jour dans les pays de l’union européenne (UE) depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. Des « sur-profits » réalisés grâce à une augmentation de leurs marges. Pour le mois de mars, ils représenteraient environ 2,5 milliards d’euros.  

Pour arriver à ce chiffre, l’étude commandée par Greenpeace s’est penchée sur l’écart entre le prix du pétrole brut et le prix du carburant en station, entre janvier et février 2026 d’un côté, et les trois premières semaines de mars de l’autre. Or, d’après ces calculs, cette marge a augmenté.

« Greenpeace France appelle les gouvernements européens à introduire des taxes permanentes supplémentaires sur les profits des entreprises pétrolières et gazières, dont le produit serait utilisé pour réduire les factures d’énergie et accélérer l’indépendance énergétique européenne », ajoute l’ONG dans son communiqué.

On sait ce que valent les "appels à la responsabilité" de la puissance publique et la logique de la chaîne de production et de distribution qui enregistre aussitôt les augmentations de coût pour ensuite étaler au maximum les baisses, comme si ce "jeu de passe-passe" était une loi économique. 


"Les prix des carburants devraient bientôt baisser en France si le cours du pétrole se maintient autour de 93 à 95 dollars le baril", a déclaré le mercredi 8 avril 2026 Olivier Gantois, président de l'Union française des industries pétrolières (Ufip).
Nos voilà bien renseignés ! On pourrait traduire ainsi cette déclaration : "Si la conjoncture valide ce qu'on peut actuellement en penser, alors il se pourrait bien que les prix des carburants aient une propension tangentielle à la baisse". 
Voilà qui est parlé pour ne rien dire. Bel exemple de langue de bois.


Quand les pétroliers anticipent une baisse de production, les consommateurs anticipent à leur tour, font des provisions,  augmentant encore les risques de pénurie, phénomène qui pèse à son tour sur les prix provoquant un mécanisme de type gagnant-perdant dont on parle assez peu, sans doute jugé comme tabou. 

C'est un peu comme une lame de fond  qui déboulerait subitement et mettrait beaucoup de temps à se retirer... dévoilant un beau gisement off-shore. 

Pour Gabriel Zucman
là où 90% de la rente pétrolière se voyait socialisée dans les années 1970, les deux tiers de cette dernière atterrissent dans la poche des actionnaires aujourd’hui [...] Avec l’envolée des prix du pétrole, les bénéfices des sociétés extractives explosent et finissent recyclés dans les paradis fiscaux". 

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<< Christian Broussas • Carburants  © CJB  ° 12/04/2026  >>
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Hélène Delalex, Fêtes et divertissements à Versailles

 Hélène Delalex, Fêtes et divertissements à la cour de Versailles

L’association ARPADI a organisé en février 2026 à l’Esplanade du lac une conférence d’Hélène Delalex, conservatrice au château de Versailles, intitulée Fêtes et divertissements à la cour de Versailles.

 

    

Contexte historique

Louis XIV, meurtri dans ses jeunes années par la Fronde, se met en scène pour affirmer son pouvoir et sélectionne les symboles qu’il veut imposer.
Le roi a des rapports complexes avec sa noblesse. Les guerres de religion ont été des affrontements de clans nobiliaires à la tête desquels se trouvent des Grands du royaume comme Guise, Bourbons, Montmorency, et leur nombreuse clientèle armée, s’opposant à un pouvoir royal de plus en plus hégémonique. Son objectif est la mise sous tutelle de cette noblesse rebelle. Les règnes d’Henri IV et de Louis XIV représentent les moments clés de ce processus, malgré la réaction de la Fronde (1648-1653).

Cette période de graves troubles frappe le royaume pendant la minorité de Louis XIV (1643-1661), alors en pleine guerre avec l’Espagne (1635-1659). Il s’agit donc d’une lutte de pouvoir entre la noblesse et la volonté d’absolutisme royal. 
Cette dernière, commencée sous les règnes d’Henri IV et Louis XIII, renforcée par la fermeté de Richelieu connaît son apogée sous le règne de Louis XIV. Après la mort de Richelieu en 1642, puis celle de Louis XIII en 1643, le pouvoir royal est affaibli par la Régence d’Anne d’Autriche, dans un contexte difficile au financement de la guerre de Trente Ans.

 

    
L'affaire du collier de la reine 
Le carrousel du Roi-Soleil 

GOUVERNER, C’EST PARAÎTRE 

Fêtes et divertissements à la Cour du château de Versailles 

Pour faire rayonner la Cours du Château de Versailles à travers le monde, le Roi Soleil donne des fêtes et divertissements. Une exposition intitulée « Fêtes et divertissements à la Cour », a d’ailleurs été organisée en ce sens du 29 novembre 2016 au 26 mars 2017 au château de Versailles.

Pour servir la grandeur du royaume, Louis XIV en particulier donne à Versailles des fêtes grandioses qui rayonnent dans toute l’Europe. Ces derniers offrent des divertissements réguliers, diurnes et nocturnes, d’intérieur ou de plein air : chasse, promenade, comédie, concert, jeu, bal, feux d’artifice et illuminations.

LE BALLET ROYAL DE LA NUIT (1653)
Spectacle global né à la fin du XVIe siècle à la cour, le ballet de cour conjugue poésie, musique vocale et instrumentale, chorégraphie et scénographie. Il est dansé par les membres de la famille royale, les courtisans et quelques danseurs professionnels.

L'un des premiers et des plus imposants est le Ballet comique de la Reine (1581), suivi de bien d’autres sous Louis XIII. Délaissé par la suite jusqu'à la Fronde, il renaît et connaît son apogée sous Louis XIV qui en fait un outil de propagande politique, avec l'aide de Mazarin, sous l’égide du poète Isaac de Benserade.

Si le roi lui-même paraît sur scène, c’est autant par plaisir et pour des raisons plus politiques : le ballet de cour est un instrument de propagande, le monarque absolu y est célébré dans toute sa majesté et sa gloire naissante. Ainsi, dans le Ballet de la nuit (1653), Louis XIV, qui est alors encore un jeune homme, apparaît lors du finale, grâce à une machinerie, sous la forme d’un soleil levant. Il tiendra ce rôle dans les ballets jusqu’en 1670. Il incarne ainsi l’astre du jour triomphant des ténèbres et du chaos.

 

    
Fêtes & divertissements à Versailles    
Louis XIV intime
Marie-Antoinette Légèreté et constance 

Pendant le règne de Louis XIV, de nombreuses fêtes se sont déroulées à Versailles dont :

- Les Plaisirs de l'Île enchantée en mai 1664 : Carrousel, courses de tête, promenades, pièces de théâtre, La Princesse d'Élide, comédie galante mêlée de musique et d'entrées de ballet, la comédie Les Fâcheux, Le Tartuffe de Molière, Le mariage forcé ;

 

- Le Grand divertissement royal en 1668 ;
Le 18 juillet 1668, le roi Louis XIV donne une fête pour célébrer la paix d'Aix-la-Chapelle et la première conquête de la Franche-Comté. Connu sous le nom de Grand Divertissement royal :

La fête se déroule dans les jardins jusqu’au bosquet de l'Étoile, puis avec une comédie de Molière et Lully George Dandin ou le Mari confondu, dont Pierre Beauchamp compose les ballets et finissant par un feu d'artifice tiré depuis la pompe de l'étang de Clagny.

- Les Divertissements de Versailles en 1674 
Ils sont organisés pour célébrer la reconquête de la Franche-Comté
Ils reposent sur des promenades, des feux d’artifice sur le Grand Canal, en concert L'Églogue de Versailles et Le Malade imaginaire de Molière avec une musique composée et dirigée par Marc-Antoine Charpentier.

- Le Mariage du duc de Bourgogne en 1697 
Suite à la guerre de la Ligue d’Augsbourg (1689-1697), la France et le duché de Savoie scellent leur réconciliation par le mariage entre le petit-fils du roi , duc de Bourgogne et de Marie-Adélaïde de Savoie. De leur union, naîtra le futur Louis XV.
Commentaire du duc de Saint-Simon qui assista au mariage : « Ce fut à qui se surpasserait en richesse et en invention ; l’or et l’argent suffirent à peine ; les boutiques des marchands se vidèrent en très peu de jours : en un mot, le luxe le plus effréné domina la cour et la ville, car la fête eut une grande foule de spectateurs. »

Ces fêtes et réjouissances se poursuivirent à la Cour au XVIIIe siècle, sous Louis XV et Louis XVI. Sous Louis XV par exemple, chaque semaine, on y donne un concert, des pièces de théâtre de la comédie française ou de la comédie italienne ainsi qu’une tragédie. Deux fois par semaine, le dauphin et Mesdames président un bal dans leurs appartements. On y organise aussi des jeux, des carnavals et des bals masqués alors très en vogue. 

Voir également mes fiches
Hélène Delalex et Versailles -- Louis XV --

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Han Kang Impossibles adieux

 RéférenceHan Kang, Impossibles adieux, éditions Grasset, traduction Kyungran Choi et Pierre Bisiou, août 2023
- Prix Médicis étranger en 2023 et prix Nobel en 2024
- Un livre, un débat, séance d'avril 2026


« Hymne à l'amitié, éloge de l'imaginaire, réquisitoire contre l'oubli. »
 

    
Impossibles adieux 
 Prix Médicis 2023    Han Kang

Comme un long songe d’hiver, Impossibles Adieux nous fait voyager entre la Corée du Sud contemporaine et sa douloureuse histoire.

Impossibles adieux : « On ne se quitte pas vraiment puisqu'on dialogue avec une âme. » p 197

Inseon habitant sur l'île de Jeju, est évacuée sur Séoul, suite à un grave accident. Elle demande à son amie Gyeongha d'aller  à Jeju pour s'occuper de son perroquet blanc. Chez Inseon, elle découvre des archives sur l'histoire de la famille d'Inseon et un terrible massacre.

Après avoir attribué ses cauchemars « la mer monte, puissante, à travers les arbres noirs. » (p 47) à son livre sur des massacres de populations, la narratrice Gyeonghu, victime d'une grave dépression (p 85-86/88-89), va passer par un long et étrange parcours initiatique ressemblant à un  conte fantastique en guise de thérapie.

À son arrivée sur Jeju, elle est confrontée à une terrible  tempête de neige qui la retarde et quand elle arrive enfin, le perroquet d’Inseon est mort.
Chez son amie, des documents lui révèlent l’un des pires massacres que la Corée du sud ait connu – 30 000 civils assassinés entre novembre 1948 et début 1949. 
(200 000 sur le continent p 320)

Au-delà du roman, ce qui émerge est le poids d'un secret d'État, véritable mémoire traumatique qui éclate au grand jour : « Le plus incroyable, c'est que le soleil continuait de se lever tous les jours. [...] et ceci n'est pas une suite de hasards. »

Inseon refusera d'en faire un film (p 292) parce qu'il est impossible de traduire l'innommable sans sombrer dans le trash.

    

Entre rêve et réalité
Phases de cauchemar rejoignant le cauchemar du début : "C'est comme si le paysage de mon rêve était encore vivant" (p 125) + "Vivre dans une double perspective... était-ce comme vivre en même temps que rêver" (p 116) + "les rêves chez Inseon avec Ama" (p 172-73)


Style : notations pointillistes
À Taïwan, Okinawa, selon les pensées revenant à Inséon + "souvenirs sans ordre ni contexte" (p 140) + "les amours miroitent formant une nébuleuse"
 (p 141) à relier avec Gyeongha qui réalise sur un mur un dessin d'Ama (ou de son spectre) p 209-210.  

- Une dualité qui continue quand apparaît le spectre d'Inseon . "Est-ce un rêve ?" (p 191) + "le texto reçu à Séoul et tout ce que j'ai vécu sur cette île seraient les illusions d'une morte. (p 193)
- Longue litanie combinant commentaires et documents entre Inseon et Gyeongha sur les massacres de Geju. (34 ans d'enquête de la mère d'Inseon p 285)

 

        
Ces soirs rangés dans mon tiroir  
La végétarienne   Éclair et tonnerre 

Ces évocations mélangent songe et réalité, sur fond de période tragique restée longtemps taboue. À travers la mémoire de la mère d'Iseon revivent les événements d'août 1948 quand dans l'île de Jeju, des groupes de gauche ont combattu le nouveau régime sud-coréen soutenu par les Américains, ont été sauvagement anéantis.

Les gens éprouvent le besoin de se réapproprier leurs morts pour envisager l'avenir et
 le gouvernement de Corée du Sud a fini par reconnaître la vérité dans les massacres de civils. Cet ouvrage rend compte à sa manière, subtile  et poignante, de la sauvagerie des hommes et des traumatismes qui ont marqué les survivants.

Notes et références
[1] Voir aussi : souvenir des orteils gelés de sa mère (p 136) + les flocons d'Inseon qui retombent (p 136) + éternel recommencement (p 139)

Voir également
* Parcours de Han Kang -- Un livre, un débat 2026 --

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