mardi 2 décembre 2025

François Ozon, L’Étranger, film

RéférenceL’Étranger d'après Albert Camus, paru en 1942, film 2025 avec dans les rôles principaux :
Benjamin Voisin (Meursault), Rebecca Marder (Marie Cardonna), Pierre Lottin (Raymond Sintès), Denis Lavant (Le vieux au chien), Swann Arlaud (L'aumônier), Nicolas Vaude (Le procureur). 


« En s’attaquant à l’énigmatique Meursault d’Albert Camus, François Ozon relève un sacré défi. Il mêle savamment fidélité à l’œuvre et audaces narratives [...] Une adaptation très réussie. » Télérama
 

             
Affiche du film                Mostra 2025      

Le fil conducteur est bien connu et, à cet égard, le scénario suit bien le déroulement du roman : [1]
Alger 1938. Meursault, un jeune homme, la trentaine, un modeste employé, enterre sa mère sans manifester (c'est du moins ce qu'on leur reprochera) la moindre émotion. [2]

  Meursaut et Marie

Le lendemain, il entame une liaison avec Marie, une collègue de bureau. La vie quotidienne reprend, avec le travail et les loisirs à la plage. Marie rêve de mariage mais lui ne semble pas prêt pour s'engager, il semble d'une façon plus générale, hésitant, sans ambitions et refuse la promotion que lui offre son patron.

Son voisin et ami Raymond Sintès va perturber son quotidien en l’entraînant dans des histoires louches jusqu’au drame central, sous un soleil de plomb sur la plage déserte. Dès lors, le sort de Meursaut est scellé : condamné pour avoir refusé de jouer le rôle que la société attend de lui, en disant simplement et crument SA vérité. [3]

  
Benjamin Voisin avec Ozon    
    Meursault avec Marie

Meursault se veut anonyme, il n'a toujours pas de prénom [4]
il me rappelle "Bartleby" le personnage d'Hermann Melville qui répète souvent 
« Je préfère ne pas » et se retranche peu à peu des autres.

L'itinéraire de Meursault illustre bien les questions existentielles sur la vie et la mort, l’absurde et l’humain. En prison, il se positionne face à la mort, face à la dialectique classique de l'aumônier. Camus était résolument athée, refusant les promesses d'un au-delà édénique jouant sur la peur de la mort. 1942, année de parution de L’Étranger, c'est aussi le temps où Camus est venu soigner en France une nouvelle crise de tuberculose [5], de nouveau confronté au spectre de la mort.  Une peine de mort que, d'un point de vue éthique, il refuse de toutes ses forces, luttant pour son abolition. [6]

 
Meursaut et Marie sur la plage        Meursault lors de son procès

Dans sa prison, Meursault tombe sur un vieil article de journal relatant un fait divers : deux femmes tuant leur fils et frère qui avait décidé de rester anonyme, terrible méprise symbole pour Camus (et pour Meursault) de l'absurde. Camus reprendra ce qui est une simple anecdote dans L’Étranger dans sa pièce intitulée "Le Malentendu".

Interview de François Ozon (extraits)
- Dans toute adaptation, il y a une part de trahison, qu’il faut accepter. Les langues littéraires et cinématographiques ne sont pas les mêmes. J’ai suivi mon instinct et j’ai collé à la vision d’Albert Camus.

- Pour moi, la première partie de « L’Étranger » (les obsèques de la mère de Meursault, la vie quotidienne à Alger et l’assassinat de l’Arabe sur la plage) devait être sensorielle, quasiment muette avec un rythme lent. La seconde partie avec le procès de Meursault et son emprisonnement était celle que j’appréhendais le plus.

- Dans mon film, les deux personnages féminins, Marie et Djemila, la sœur de l’Arabe, sont plus présentes que dans l’œuvre de Camus. Marie par exemple n’est pas une amoureuse naïve, elle prend conscience que Meursault est un homme différent.
 

       
François Ozon avec des membres de son équipe
François Ozon en compagnie de Denis Lavant (Le vieux au chien)

Notes et références
[1] Le film débute non par « Aujourd'hui, maman est morte » comme chez Camus mais par « J'ai tué un Arabe. »
[2] En 1967, Luchino Visconti en avait déjà signé une adaptation, avec Marcello Mastroianni dans le rôle de Meursault
[3] Camus connaissait bien les mécanismes de la justice pour avoir assisté à des procès comme journaliste au journal Alger Républicain 
[4] Dans "La mort heureuse", un roman précédent paru à titre posthume, Meursault se prénomme Patrice.
[5] Il ira se reposer et regagner des forces au Panelier en Haute-Loire près de la commune de Chambon-sur-Lignon, chez Paul Œttly, oncle de sa future femme Francine Faure, où il rencontrera Francis Ponge.
[6] Voir entre autres son ouvrage 
Réflexions sur la peine capitale écrit avec Arthur Kœstler. 

Voir également
* Alice KaplanAvec Camus, En quête de "L'Étranger" --
* 
Camus Malraux et l’étranger --

Autres références
* Kamel Daoud, Meursault, contre-enquête -- Camus à Alger --
* Camus au Panelier -- La mort heureuse --

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<< Christian Broussas - L’Étranger, film -  © CJB  02/12/2025 >>
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samedi 22 novembre 2025

Robert Christophe, Les flammes du purgatoire

 Référence : Robert Christophe, Les flammes du purgatoire, Éditions France-Empire, 258 pages, janvier 1979 

Robert Christophe participe à la Bataille d’Amiens, en 1940 où il est fait prisonnier, envoyé dans un oflag comme officier sous-lieutenant. Il est actif dans la résistance organisée dans son camp et en représailles, est transféré dans le camp de Lübeck. Une captivité de cinq années où il en profite pour approfondir ses connaissances. 

En 1945 dès sa libération,  Robert Christophe reprend ses activités d’historien, en particulier sur la Révolution et l'Empire, écrivant dans plusieurs journaux et donnant de nombreuses conférences. [1]

Il va publier en collaboration avec sa femme Une famille dans la guerre (ou Le Miracle de nos prisons), souvenirs de guerre et œuvre d’amour relatant ses années de prisonnier, la déportation de sa femme Marcelle et de sa fille Francine.
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Les flammes du purgatoire est sous-titré « Histoire des prisonniers de 1940, » le flot des prisonniers de guerre pris dans les filets allemands en mai et juin 1940 et transférés ensuite dans des camps en Allemagne les "KG" en abrégé. 

Robert Christophe fut l’un des 1 845 000 prisonniers de guerre qui se retrouvèrent « faits aux pattes », pris les armes à la main ou livrés à l'ennemi par une organisation militaire pas à la hauteur des enjeux d'alors. 

         

Pourtant l’armée française paraissait aussi forte que la Wehrmacht. Nombre de chars, d'avions ou de navires capables de rivaliser avec les matériel allemand. Alors comment expliquer l'effondrement rapide de l'armée française devant l'ennemi ?

Pour Robert Christophe, tout fut affaire d’ordres contradictoires, d’incompréhension entre l’état-major et les commandants régionaux et locaux, en particulier le passage de témoin entre Gamelin et Weygand et des ordres mal transmis. La désorganisation, l'exil de populations lancées sur les routes entravèrent bien des velléités de résistance militaire. 

        
"Sous le manteau" : 
Histoire d'une vidéo tournée dans l'Oflag XVIIA situé en Autriche à Edelbac

D'où l'une des conséquences les plus frappantes : un nombre sidérant de militaires captifs qui servirent de main d’œuvre et subirent des conditions de détention parfois effroyables, pas forcément très différentes de celles des déportés. Robert Christophe démontre ici que les nazis ne respectèrent aucun des accords signés, rejetèrent les conventions de Genève, même si au début ils firent semblant, soutenant qu'il n'y avait aucun prisonnier allemand en France, ce qui était une évidence et qu'il ne pourrait dons n'y avoir aucune réciprocité.

            

A travers des exemples et des anecdotes, il nous apprend beaucoup de choses sur la vie quotidienne surtout dans les oflags, mais aussi les stalags et les kommandos, ces groupes de travail allant chaque jour travailler à l'extérieur du camp. 
Un livre fort bien écrit et surtout très bien documenté qui montre les grandeurs et petitesses de ces individus jetés dans le grand bain de la guerre et pour beaucoup, l'envie de se faire la belle et de rejoindre leur pays, même occupé

      

Notes et références
[1] Par exemple, La Révolution française racontée à tous, Marie tête d’ange, cantinière d’Empire, Amours et guerres du maréchal Marmont, Napoléon controversé, Napoléon, empereur de l’île d’Elbe

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<< Christian Broussas - Flammes purgatoire -  © CJB  08/09/2025 >>
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lundi 17 novembre 2025

Un livre, un débat 2025 Cyrano

Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac



« C’est la nuit qu’il est beau de croire à la lumière. » Edmond Rostand

Edmond Rostand (1868-1918), à 29 ans, c’est Cyrano de Bergerac, En 1900, L’Aiglon avec Sarah Bernhardt.
Villa Etchegorria, la "villa rouge" puis L’Arnaga à Cambo-les-Bains avec sa femme, la poétesse Rosemonde Gérard et ses deux fils. Sur une plaque au-dessus de la porte d'entrée sont gravés ces mots de Rostand :
« Toi qui viens partager notre lumière blonde // Et t'asseoir au festin des horizons changeants, // N'entre qu'avec ton cœur, n'apporte rien du monde // Et ne raconte pas ce que disent les gens. »

« Cyrano est un personnage qui échoue et évoque chez chaque spectateur la part d'échec qu'il recèle. » Libération C’est un maître de l’autodérision.

Fil conducteur
- Provoqué par un snob, Cyrano se moque de lui et surtout de son nez.
- Pas question de séduire Roxane qui aime Christian, beau cadet de Gascogne qui manque d’esprit.
Il lui propose : "Je serai ton esprit, tu seras ma beauté", mais Christian sent que Roxane aime un Cyrano qui manque de confiance en lui.
- Quinze ans après, Roxane, toujours amoureuse de Christian, s'est retirée dans un couvent où Cyrano lui rend souvent visite. Un jour, Cyrano est blessé dans un attentat.
Après la mort de Christian, Cyrano écrit toujours à Roxane retirée dans un couvent. Cyrano mourant lui dira enfin la vérité à préfère beauté intérieure de Cyrano à beauté plastique de Christian.

Contexte/genèse
- Pesanteur : 5 actes, alexandrins, difficile à monter (50 personnages, longue, 2 600 vers, nombreux décors et costumes) 
à cf Edmond pièce d'Alexis Michalik
à Adaptations modernes ("théâtre total", Podalydès)
- Mais scènes variées et dialogues animés. Alterne scènes de duel et scènes d'amour (voir Les temps forts, acte III, contraste) --
à
Tient d’une "BD de cape et d’épée" et d’une réflexion sur la condition humaine
- Cyrano : symbole intégrité, courage, gloire, amour, bravoure, inconscience...
              àTous les mots sont fins quand la moustache est fine.

Les temps forts
Acte I
– La tirade du nez -Acte II – Le stratagème (scène 10) - Acte III – Scène du balcon (scène 5)
--> contraste scènes visuelles & textuelles (p 232) 
--> contraste scènes animées + tendres/romantiques
Acte IV – Arras (été 1640), mort de Christian - Acte V – La vérité, mort de Cyrano

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Le comte de Guiche, duc de Grammont (1604-78) – pair, ministre d'État et maréchal de France
- Militaire et diplomate : Victoire sur Espagnols en 1647 puis dirige la Normandie et la Picardie. 
- Ambassadeur : organise mariage de Louis XIV, accueille à Bayonne le roi, sa mère et Mazarin.
- Outre Cyrano, a inspiré aussi Dumas dans Vingt ans après et Le vicomte de Bragelonne.

Savinien de Cyrano de Bergerac (1619-1655), était poète, mousquetaire, libre-penseur
- Homme libre, Sans dogmatisme, généreux, athée libertin (Henry Le Bret, ami & biographe)
- "La mort d’Agrippine" en cinq actes et en vers qui fit scandale
-  "Le pédant joué" (1645), comédie en cinq actes où beaucoup ont puisé, comme Molière dans cette réplique : « Qu’allait-il faire dans cette galère ? ».
- "L’autre monde", diptyque considéré comme le début de la science-fiction, inspirant Swift…
Il a aidé un ami à séduire une jeune snob en lui indiquant comment choisir ses mots.
Il meurt à 35 ans, d’une pièce de bois sur la tête en sortant de chez le duc d'Arpajon. 

Voir également
* cf Cyrano V2 -- Présentation --
* cf Cyrano-audibleRostand à Cambo --

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<< Christian Broussas - Cyrano 1 -  © CJB  17/11/2025 >>
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vendredi 7 novembre 2025

Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac

« Cyrano est un personnage qui échoue et évoque chez chaque spectateur la part d'échec qu'il recèle. » Libération

           

Fil conducteur
- Provoqué par un snob, Cyrano se moque de lui et surtout de son nez. Quant à séduire la belle Roxane, vaut mieux oublier, elle aime Christian, un beau cadet de Gascogne qui manque d’esprit.
Une idée lui vient : "Je serai ton esprit, tu seras ma beauté", propose-t-il à Christian. Jeu dangereux peut-être. Christian sent bien que Roxane aime un Cyrano qui manque de confiance en lui.
- Quinze ans plus tard, Roxane, toujours amoureuse de Christian, s'est retirée dans un couvent où Cyrano lui rend visite une fois par semaine. Ce jour-là, Cyrano est tombé dans un attentat et arrive au couvent blessé à la tête.

- La fin : Christian meurt au siège d'Arras
à Cyrano continue d'écrire à sa place et Roxane se retire dans un couvent. Quelques années plus tard, Cyrano, mourant, vient la voir et lui révèle toute la vérité.
- Morale : Roxane
(Magdeleine Robin) va préférer la beauté intérieure de Cyrano à l’éphémère beauté extérieure de Christian à
Intériorité est supérieure aux apparences. "Tous les mots sont fins quand la moustache est fine."



Contexte et genèse
- affaire Schnaebelé /Boulanger (pb diplomatique France-Allemagne) + Dreyfus + Panama + anarchisme
- pièces légères (Courteline, Feydeau) ou drames (Strindberg, Tchekhov, Ibsen)
--> Le «vrai » Cyrano Savinien de Cyrano de Bergerac (1619-1655 - 36 ans), militaire, bretteur, libertin/libre-penseur.
--> Il aide un ami à séduire une jeune snob en lui indiquant à choisit les bons mots.

Ambivalence :
- La pièce a tout pour être un four : 5 actes, alexandrins, difficile à monter (50 personnages, longue, 2 600 vers, décors et costumes très nombreux.
      cf
Edmond pièce d'Alexis Michalik
       
         (gestion de la pièce)
- Pièce pleine d'action, scènes variées et dialogues animés. Alterne scènes de duel et scènes d'amour. Répliques : "Tous les mots sont fins quand la moustache est fine."
- Cyrano symbole intégrité, courage, gloire, amour.

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Edmond Rostand Cyrano de Bergerac - Déroulement
Bravoure, inconscience de Cyrano
à on dirait une BD de cape et d’épée genre Dumas, Féval (le bossu) ou Fallet (Fanfan la tulipe)

* Acte I : On attend Cyrano, rimeur, bretteur – Christian est contre Valvert, défend Lignère
Cyrano veut chasser Montfleury qui n‘a pas le droit de jouer une pièce La Chorise. (scène 4)
à tirade du nez p 71-73
Cyrano : « Je fais sonner les vérités comme des éperons. » p 76 mais réponse de Le Bret (scène 5) p 89, « Tu te mets sur les bras vraiment trop d’ennemis. »
Cyrano lui avoue son amour pour Roxane, Magdeleine Robin, sa cousine. (p 92-93) et sa haine pour Montfleury qui a osé la convoiter. Mais il veut sauver Lignère, (p 102) et vainc ses ennemis.

* Acte II p 106
Le pâtissier Ragueneau (ex p 112) à scènes d’une FARCE.
Mélange d’amour (poème de Cyrano) et de combat (de Cyrano contre une bande, raconté par des poètes qui en profitent pour se goinfrer) [p 120-121] (scène 4)
Roxane avoue à Cyrano son amour pour Christian qui tente de le dénigrer. (scène 6)
Rencontre avec De Guiche + poème p 150 (scène 7) - Hymne à la liberté p 157 (scène 8)
Christian lui cherche noise sur son nez p 168-170 (scène 9)
Cyrano propose un stratagème à Christian pour charmer Roxane (scène 10)

* Acte III
Christian s’essaie à l’épître. P 190
De Guiche arrive, jaloux, épris de Roxane qui ne peut directement le repousser mais parvient à le mystifier. (Cyrano n’ira pas au siège d’Arras) p 196
- scène 5 :  Roxane et Christian SEULS sur scène (fiasco) à scène du balcon p 211 + p 220-221
Ironie quand Cyrano se moque de « l’esprit » dans l’amour, la phraséologie des précieuses p 219-220
Scène tendre et romantique  avec scènes précédentes plus animées.
--> appel à différents sens (p 232) 
- scène 11 De Guiche insiste lourdement envers Roxane (p 233) puis Cyrano tombe du ciel pour retarder De Guiche (scène 12) pendant que R et Ch se marient (p 251) De Guiche envoie C. à la guerre.

* Acte IV
Siège d’Arras : les assiégeants assiégés à famine dans camp (siège : juin-août 1640)
Roxane débarque juste avant l’attaque.
(suspens : « C : quels yeux vous avez ! – R : je te dirai pourquoi ») p 291 puis « chut, tout à l’heure. » p 300
- scène 7 : Cyrano avoue à Christian qu’il a écrit à Roxane plus qu’il ne lui a dit. Roxane avoue à son tour que ce sont ses lettres qui l’ont décidée à le rejoindre et que même laid, elle l’aimerait toujours. P 313-14.- - -- scène 9 : dialogue cornélien entre Cyrano et Christian (je t’aime moi non plus)
- scène 10 : mort de Christian. La guerre fait rage.

Acte V – p332 – 15 ans après (1655)
- Roxane est entrée au couvent. Elle reçoit De Guiche devenu duc de Grammont, évoquant Christian.
- Le Bret apprend au duc l’attentat contre Cyrano (p 347)
- scène 5 : Elle permet à Cyrano de lui lire la dernière lettre de Christian et c’est alors qu’elle COMPREND TOUT… Elle le lui dit… Il nie mais elle ne le croit pas.
- scène 6 : Cyrano va de plus en plus mal. (p 371) Il meurt en défiant ses ennemis, le mensonge, le compromis, les préjugés, les lâchetés, la sottise, leur lance son panache à la figure.

Les temps forts
Acte I
– La tirade du nez -
Acte II – Le stratagème (scène 10)
Acte III – Scène du balcon (scène 5)
--> contraste scènes visuelles & textuelles (p 232) 
--> contraste scènes animées + tendres/romantiques
Acte IV – Arras, mort de Christian - 
Acte V – La vérité, mort de Cyrano -


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Le comte de Guiche, duc de Grammont (1604-78)
Antoine III de Gramont, duc de Gramont (1648), pair et maréchal de France.

Outre Cyrano de Bergerac, il a inspiré Dumas dans Vingt ans après et Le vicomte de Bragelonne (père de l'ami de Raoul, fils d'Athos, dans la guerre contre les Espagnols)

Victoire sur les Espagnols en 1647 (guerre des faucheurs) puis dirige la Normandie et la Picardie.
Couvert d’honneurs : vice-roi de Navarre et du Béarn en 1644, duc et pair en 1648, ministre d'État en 1653 et colonel des gardes françaises en 1661.
Ambassadeur à Madrid où il organise le mariage de Louis XIV, le représente au mariage à Madrid, accueille à Bayonne le roi, sa mère et Mazarin.


Savinien de Cyrano de Bergerac (1619-1655), était poète, militaire, bretteur, libre-penseur et inverti mais ni noble ni gascon. Son ami Henry Le Bret rédige sa biographie : homme libre, généreux, athée libertin rejetant le dogmatisme.
S’engage dans la compagnie des mousquetaires de Carbon de Casteljaloux,
Ecrit une pièce La mort d’Agrippine en cinq actes et en vers qui fit scandale Le pédant joué (1645), comédie en cinq actes où beaucoup ont puisé, y compris Molière comme dans cette réplique : « Qu’allait-il faire dans cette galère ? ».
Ecrit aussi L'Autre monde, un diptyque qu’on considère comme un précurseur de la science-fiction, inspirant Swift, Fontenelle ou Diderot.
Il meurt à 35 ans, d’une pièce de bois sur la tête en sortant de chez le duc d'Arpajon. 


Voir également
* cf
Cyrano-audibleRostand à Cambo --

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<< Christian Broussas - Cyrano -  © CJB  14/07/2025 >>
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dimanche 2 novembre 2025

Karine Tuil La guerre par d'autres moyens

 Référence : Karine Tuil, La guerre par d'autres moyens, éditions Gallimard, 384 pages, mars 2025 

« Un portrait des hautes sphères de la politique et du cinéma, minées par l'alcool, la violence et l'antisémitisme. » Radio-France 

      

Karine Tuil est l'auteure de romans comme "Les choses humaines" (prix Interallié 2019 et Goncourt des lycéens 2019) adapté au cinéma par Yvan Attal, "La décision" en 2022  adapté aussi au cinéma et un recueil de poèmes intitulé "Kaddish pour un amour".



Ancien président de la République, Dan Lehman traverse une phase noire : le couple médiatique qu'il forme encore avec sa femme Hilda Müller est en plein naufrage,

Lui est un alcoolique menacé de poursuites judiciaires qui essaie vainement de revenir au premier plan, elle est la vedette d'un film très prometteur mais ils peinent à séparer vie personnelle et fiction. 


« C'est un roman sur l'hypocrisie de notre société. » Libération 


Karine Tuil et l'écrivain et cinéaste franco argentin Santiago Amigorena

Hilda trompe Lehman avec le cinéaste Romain Nizan, qui est aussi l'amant de la fille aînée de  Lehman. Elle est l'héroïne de son dernier film qui traite des violences conjugales et qui est adapté d'un roman de Marianne, l'ex-épouse de Lehman



A travers ses différents personnages, Karine Tuil s'attelle à analyser sans aménité les mécanismes du pouvoir, espèce de miroir aux alouettes qui finit par broyer les êtres. Comédie humaine moderne à la Balzac entre addiction et dépression, où les armes de séduction sont devenues la jeunesse et le capital social. 

Karine Tuil tente de cerner les faiblesses et les difficultés personnelles de ces êtres et la façon dont ils parviennent ou non à se libérer des pesanteurs sociales qu’ils subissent. Mais il manque parfois à ses personnages ce supplément d’émotions pas vraiment compatible avec les chassés-croisés et les jeux de pouvoir dont se délectent tous ces représentants de l’élite. 

      

Commentaire
« 
Dan Lehman [...] passe de l'euphorie du pouvoir à une descente alcoolisée dans l'ennui et la solitude du quotidien. Sa seconde épouse, Hilda... tente de renouer avec sa carrière sous la direction d'un réalisateur à la mode, prétendument féministe. Un tableau sombre des relations de pouvoir, en politique, au cinéma, mais aussi dans le couple, sur fond d'addictions, de domination et de montée de l'antisémitisme. » Laurent Chalumeau [1]
 

Interview de Karine Tuil (extrait)

« Non, ce n'est pas un roman à clé, même si à l’origine de mes romans il y a une inspiration réaliste, parce que je désire comprendre ce qui dans la société me perturbe. Pour ce livre-là, j’ai rencontré en un laps de temps assez court des conseillers politiques et d’anciens présidents de la République, et j’ai eu envie d’écrire sur l’après-pouvoir : le vide existentiel, l’agenda qui ne compte plus de rendez-vous majeurs, la fin d’une forte exposition médiatique. Dans la même période, j’ai, pour des raisons professionnelles, rencontré beaucoup de gens du cinéma, et l’envie m’est venue de décrire ces deux cercles du pouvoir. »

Notes et renvois
[1] Laurent Chalumeau, romancier, scénariste et dialoguiste.

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<<<   Christian Broussas - Karine Tuil -  © CJB  24/10/2025  >>
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L'automne au mont Myon

 

L’automne me berce de son chant nostalgique
Dans la douce mélancolie qui se dégage
De ces arbres maintenant effeuillés, sans âge,
Fantômes nocturnes aux formes fantastiques.


Plus loin, les touches violacées des colchiques
Parsèment au hasard l’herbe d’une prairie
D’où émergent de longues tiges d’angéliques
Dressant leurs corolles fleuries comme un défi.


Je progresse le long d’un sentier pour charrois
Dans d’épaisses mousses tapissant le sous-bois,
Dans le contraste d’une superbe saison
Abandonnant avec regrets ses frondaisons.


Finie la clarté dorée des temps insolés
Baignés par l’aveuglante torpeur de l’été,
La forêt prend des poses, des teintes cuivrées
Qui virent du jaune-orangé au mordoré.


Petit à petit, sur la terre humide règnent
Les sphaignes spongieuses jonchées de châtaignes,
recouvertes des feuilles tombées de la veille,
Proposent un vrai spectacle à nul autre pareil.


La saison avance, tout s’étiole et décline
Dans la pâleur diaphane d’un temps de bruine,
En pulsant comme un cœur qui vit au ralenti,
Les bruits alors s’amenuisent, deviennent sourds,
Les pas se font plus lourds, les doigts deviennent gourds,
La forêt frissonne, tout petit à petit s’évanouit.

La brume éparse s’étire sans façon,
Voile souvent le matin le sommet du mont
Mais cependant, quand tout nous paraît assoupi
La nature, belle endormie, grouille de vie.


*** Voir également ***

Document utilisé pour la rédaction de l’article * L’automne en Revermont V1  --       

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