mercredi 24 juin 2026

Marc Bloch, Historien et résistant

     

Premier historien à faire son entrée au Panthéon, le médiéviste, combattant des deux guerres mondiales et grand résistant Marc Bloch y sera honoré, ainsi que son épouse, Simonne Vidal, mardi 23 juin. Issu d’une famille juive, ce professeur d’histoire fut écarté de la Sorbonne sous le régime de Vichy, en 1940. Trois ans plus tard, il rejoignit la Résistance, avant d’être arrêté, torturé à la prison de Montluc à Lyon puis exécuté par la Gestapo le 16 juin 1944 près de Lyon dans l'Ain.

"L'histoire est, par essence, science du changement... entre deux événements, jamais les conditions ne coïncident exactement."
 

     

L'historien

Spécialiste de l'histoire médiévale, il fonde en 1929 avec un autre historien Lucien Febvre les Annales. Histoire, Sciences sociales, revue à la base de l'École des Annales, courant qui va renouveler les études historiques par son approche transdisciplinaire à partir de l'histoire globale, les données socio-économiques et la notion de longue durée.

 

"Les Rois thaumaturges" (1924) est présenté comme une étude sur le caractère surnaturel attribué à la puissance royale particulièrement en France et en Angleterre. Il aborde les pouvoirs quasi miraculeux prêtés aux rois de France et d'Angleterre, dont le plus important est le toucher des écrouelles.
Son intérêt réside par une approche englobant l'anthropologie historique, l'histoire des mentalités et l'histoire comparée, annonçant la révolution historiographique qu'il appliquera avec son ami Lucien Fèbvre dans l'École des Annales.

 

    

Le combattant

Ancien combattant des deux guerres mondiales. il reçut la Légion d'honneur à titre militaire, la Croix de guerre 14-18 avec quatre citations et celle de 39-45 avec une citation. Il participent à la bataille de France en 1940 et à Dunkerque réussit à embarquer pour l'Angleterre

Il revient en France pour poursuivre le combat mais c'est peine perdue car la guerre est perdue pour la France et l'armistice vite signé. Après la défaite, il subit les lois antisémites du régime de Vichy, et perd son poste à la Sorbonne. Réfugié en zone libre, parvient à travailler à Clermont-Ferrand et Montpellier. Il rejoint la Résistance pendant l'Occupation. Il rejoint la clandestinité au cours de l'année 1943. Devenu un dirigeant régional important au sein des Mouvements unis de la Résistance (MUR), il est arrêté par les Allemands et des collaborateurs français, torturé, puis exécuté par la Gestapo le .

 

    

L'écrivain

Marc Bloch a écrit plusieurs ouvrages importants, d'abord dans le champ de l'histoire médiévale, avec Les Rois thaumaturges en 1924, Les Caractères originaux de l'histoire rurale française en 1931 et La Société féodale (1939-1940).

Il livre également dans L'Étrange Défaite qu'il rédige en 1940 mais ne sera publié qu'en 1946 et qui est un témoignage implacable sur la campagne de France et l'effondrement de 1940.
L'essentiel de l'ouvrage intitulé La déposition d'un vaincu où il analyse les carences de l'armée française surtout dans les années trente. Il termine par un Examen de conscience d'un Français, où il relie les carences observées à celles qu'il identifie dans la société française de l'entre-deux-guerres.

    

Enfin, il rédige Apologie pour l'histoire ou Métier d'historien pendant la guerre entre 1941 et 1943 et publié inachevé à titre posthume en 1949, une réflexion théorique sur la méthode de la discipline historique,  sa façon d'aborder son travail d'historien en particulier à travers la méthode comparative.

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lundi 22 juin 2026

D’Ajaccio à Bonifacio

 Visages de la Corse du sud 

La carte postale classique, compassée,
De l'image d’Épinal à l’aspect glacé 
S’efface devant le spectacle fascinant
D’un large paysage figé dans le temps.

Du bateau, l’horizon s’élargit vers le nord
Pour donner à l’ensemble plus de profondeur,
Découpant des formes torturées, rocailleuses
Qui se profilent dans des ravines ocreuses.

En haut des falaises de Bonifacio,
Le regard se perd très loin du ressac des flots
pour se diffuser dans l'horizon infini
Et se prolonger jusqu'aux îles Lavazzi
 

Tout ici m’évoque un été à Tipasa,
Dans l’entêtante fragrance des résédas,
Où roses et pistachiers exsudent leurs odeurs
En s’étiolant sous la pesante chaleur
D’une nature soumise au joug de l’été
Qui offre toute la splendeur de son acmé.

S’ouvre alors devant nous la ville d’Ajaccio.
La cité ancienne cachée dans ses patios
se love tout autour de ses ruelles étroites
Aux senteurs de méditerranée, un peu moites,
Grouillantes de touristes, toujours animées,
Du côté de la rue Fesch et de son musée,
Conduisant en flânant à sa place centrale
Et près de là jusqu’ à la Chapelle Impériale.

Quand le temps s’y prête, de Bonifacio,
Au-delà du lancinent clapotis des eaux,
On distingue
les îles de la Madeleine
Et un peu plus loin, les côtes de la Sardaigne.

Des images qui renvoient à notre passé,
Un voyage sarde il y a quelques années,
Une même scène de falaises crayeuses
Ponctuées ici ou là de fissures ombreuses.


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dimanche 7 juin 2026

Pascal Bruckner, De mère inconnue

L’association littéraire Arpadi a accueilli l'écrivain Pascal Bruckner [1] pour son prochain café littéraire, le lundi 8 juin 2026 à 20h30 à L’Esplanade du Lac.

« Je me demande si on grandit jamais vraiment »

      


Difficile de présenter un homme au parcours si contrasté, 
ses prises de position publiques lui ayant valu reconnaissance et controverses. Il a commencé en côtoyant des groupes maoïste, évoluant ensuite vers le groupe des  « nouveaux philosophes », avec en particulier son ami Alain Finkielkrautsoutenant une thèse sur le thème de "l'émancipation sexuelle" sous la direction de Roland Barthes

   

Après "Un bon fils" paru en 2014, centré sur la figure du père, un homme violent, pervers et antisémite, l’auteur se tourne cette fois vers sa mère. "De mère inconnue" explore la quête d’identité d’un homme confronté au mystère de ses origines maternelles. À travers une enquête intime, Pascal Bruckner interroge les liens entre filiation, mémoire et construction de soi.

Il a été fortement critiqué pour son engagement contre  les serbes de l'ex Yougoslavie et en 1999, défend l'intervention militaire de l'OTAN contre la Serbie puis en 2003 soutient la guerre en Irak voulue par le président Georges W. Bush mais prend parti pour la création d'un État palestinien.

 

            

Sur les question sociétale, sur la sexualité, sa position est aussi ambiguë puisqu'il associe les LGBT aux pédophiles, parlant de langage, fustige l'écriture inclusive, passe pour un climato-sceptique, présentant Greta Thunberg comme un exemple de « dangereuse propagande de l'infantilisme climatique. »

Plus récemment, il s'est attaqué au concept d'islamophobie, selon lui, « calqué sur celui de xénophobie, voulant faire de l'Islam un objet intouchable sous peine d’être accusé de racisme. »
(cf son essai : Un racisme imaginaire : la querelle de l’islamophobie, Paris, Grasset, 2017)
 


Les "nouveaux philosophes" : Bruckner, BHL, Gluksman
 

Le départ de ce livre, il en parle lui-même dans une interview : « Je suis tombé sur une caisse qui contenait des lettres qu’elle m’avait adressées. Je me suis replongé dans cette ambiance, dans cette vie que j’avais oubliée. J’ai voulu adopter un regard plus juste sur elle, en l’éloignant de moi. Cela passait par la nommer « M. », à la fois pour « Maman » et pour « Monique ». Bientôt j’aurai 79 ans, l’âge qu’avait ma mère à sa mort. Cela risque de faire de moi un orphelin définitif. »

  Bruckner avec Fabrice Luchini

Dans ce livre, "De mère inconnue"Bruckner tente de tracer son portrait pour mieux cerner cette femme qu'il a plutôt considéré comme une inconnue. Dans sa quête, il explore la complexité de cette femme soumise à la brutalité de son mari, qui a fait front avec courage, qui se voulait une espèce de modèle de sainteté et qui pendant toute sa vie a fait en sorte de materner son fils.

Notes et références
[1]
Auteur d’une trentaine de romans et d’essais, parmi lesquels Le Sanglot de l’homme blanc (Seuil, 1983) et La Tyrannie de la pénitence (Grasset, 2006)


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mercredi 3 juin 2026

Divonne-les-bains, Expo Lux Divona

 Lux Divona - Les vitraux divonnais, un patrimoine à préserver

L'exposition "Lux Divona" a pour objectif de sensibiliser et faire connaître  les vitraux divonnais, un  ce patrimoine finalement assez méconnu qui mérite d'être valorisé et mis en lumière.
Dans ce contexte, le service culturel propose une exposition photographique sur ce patrimoine. Trois sites sont ainsi concernés.

      
Affiche de l'exposition
Un des vitraux de l'ancien hôtel Chicago

Capturés par la photographe Nathalie Bost, les vitraux de la Villa Roland, du Chicago et de la chapelle de la Villa Beaujeu nous font voyager entre les XIXe et XXe siècles. On peut également découvrir l'interview de Marie Bayle, maître vitrailliste à l'Atelier Vitrail Léman  à Magland près de Chambéry, qui permet de mieux comprendre ce savoir-faire et l'importance de sa sauvegarde. [1]

La villa Roland construite au début du 20e siècle porte le nom de son propriétaire, le Dr François Roland, médecin de l'établissement thermal de 1892 à 1925. [2] 
La villa comptait des innovations telles que le chauffage central ou l'interphone. Le Dr Roland aimait aussi les beaux-arts, ornant sa villa de vitraux dus au maître verrier Jacques Galland.

         
La villa Roland          L'ex hôtel Chicago

Haut lieu du thermalisme divonnais, l'ancien hôtel Chicago à été l'un des fleurons des bains de la commune. Reconverti et loti en appartement, les parties communes avec en particulier ses vitraux ont été préservées. 

L'exposition a lieu devant l'Esplanade du Lac pendant le printemps et l'été 2026 :
181 av. de la Plage - L'Esplanade du Lac - 01220 Divonne-les-Bains

Notes et références
[1] L'interview de Marie Bayle, maître vitrailliste --

[2] François Roland fut aussi maire de Divonne-les-Bains de 1919 à 1939

Complément : Arts décoratifs à Divonne

 
Mosaïque située à l’entrée de la piscine de Divonne-les-Bains (01), oeuvre de l’artiste mosaïste et sculpteur Charles Gianferrari --


Complément : Quelques vitraux de l'église Saint-Étienne de Divonne
 

      
Saint-François de Sales -- Sainte Geneviève recevant le voile --
L'archange Saint-Michel -- L'Ange Gardien -- 

Le Sacré Cœur de Jésus a été réalisé par Georges Albert Jourdin, maître verrier à Genève

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mardi 2 juin 2026

Benjamin Fogel, Les évadés du convoi 53

 Référence : Benjamin Fogel, Les évadés du convoi 53, éditions Gallimard, collection Blanche, 304 pages, mars 2026 

« Un roman puissant, précis, nécessaire, qui fait œuvre de littérature autant que de transmission » Franc-Tireur
 
    

 Mars 1943. Le convoi 53 quitte Drancy. À son bord, plus de mille Juifs déportés vers le camp d’extermination de Sobibór en Pologne. Treize d’entre eux dont les frères Fogel vont tenter le tout pour le tout afin d’échapper à la mort et s'évader sous l'impulsion de Sylvain Kaufmann. Ce roman s'attache à retracer leur extraordinaire évasion.

Les évadés du convoi 53 revient sur cette histoire réelle, celle que vécut Paul Fogel, le grand-père de l’auteur, et de ses compagnons. Une grande histoire de survie au cœur de l’Allemagne nazie où ne leur reste comme ultime solution le recours à la puissance du collectif.

            

En mars 1943, ce train quitte Drancy en direction du camp d'extermination de SobiborSylvain Kaufmann se doute bien de ce qui les attend et tente d'imaginer une solution pour s'évader du train en marche vers un sinistre inconnu.

Ce roman traite de thèmes comme le poids de l' anti sémitisme avec en toile de fond la délation, les mesures discriminatoires, la dureté du quotidien ou l'angoisse des arrestations. S'y mêle également le risque de la vie clandestine et la culpabilité diffuse de ceux qui en réchappe.



D'un point de vue formel, 
Benjamin Faugel a choisi une structure narrative mélangeant des éléments de la mémoire familiale, à travers la vie à son grand père Paul Fogel et son grand oncle Robert, et de la recherche historique.

Son intérêt réside aussi dans une structure qu'on pourrait qualifier de polyphonique. Benjamin Fogel en alternant les points de vue des acteurs, passe des destins individuels au problème sociologique de la Shoah, introduisant la dimension humaine dans cette tragédie. Elle prend la forme d'une intense aventure collective dans laquelle leur lutte pour survivre devient à travers leurs relations, une façon de lutter contre la barbarie.

Voir également
* Sylvain Kaufmann, Le livre de la mémoire : Au-delà de l'enfer --
* Hélène Delaleix, Sur Versailles --
 

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lundi 1 juin 2026

Morges et Vullierens

 Fin mai, journée consacrée à la visite de la ville de Morges, en particulier de son château,  sur les rives du lac Léman près de Lausanne et du domaine de Vullierens situé dans la montagne à une quinzaine de kilomètres de Morges qui présente une bel ensemble de sculptures contemporaines et une vastes collection de fleurs composée d'une roseraie et de plantations d'iris multicolore.
 

  
Le château de Morges              
Le château de Vullierens
 
Une histoire de la stratégie en figurines

Les expositions permanentes 

Le Château de Morges propose maintenant un parcours inédit de son exposition permanente sur les figurines historiques, intitulée "Petits soldats". Retraçant en miniature les guerres et conflits majeurs, de magnifiques dioramas mettant en lumière les moments clefs de l’histoire de la Suisse et du monde y sont présentés. 

Les scènes de bataille

Certaines des plus marquantes de l'Histoire sont  présentées à travers un parcours permanent depuis 1982. Ce sont des miniatures en métal (étain, plomb et antimoine) représentant par exemple le siège d'Alésia, guerre où s'affrontèrent les armées de Jules César et du gaulois Vercingétorix en 52 avant notre J.C., la révolte des Aztèques contre les Espagnols de 1520-1521 où mourut Moctezuma II leur dernier roi ou également encore en 1476 la victoire de troupes suisses sur Charles le Téméraire à Grandson. Très belles réalisations, chacune de ces figurines décrite avec tous les détails nécessaires, parvient à un réalisme saisissant. 


Exposition temporaire mai 2016

Espionnage et résistance en Suisse et en Europe1939-1945 

La nouvelle exposition temporaire du Château de Morges est consacrée à la guerre secrète dont la Suisse fut le théâtre pendant la Seconde Guerre mondiale. Grâce à plus de 500 documents et objets inédits, l'exposition Top Secret dévoile les liens complexes entre les services de renseignements suisses, les services secrets alliés et les mouvements de résistance à travers l’Europe. Le Château de Morges vous propose une immersion dans cette guerre de l’ombre aussi passionnante que méconnue. 

Durant la Seconde Guerre mondiale, la Suisse, encerclée par les puissances de l’Axe, réaffirme sa neutralité. Mais que signifie ce concept juridique dans un temps où le pays était traversé par les forces contradictoires des agents allemands, des Alliés et les mouvements de résistance. Quid de la Suisse dans cette guerre secrète ?

Cette page d'histoire est traitée à partir de quelques 500 documents et objets inédits, levant le voile sur les liens complexes entre tous ces services de renseignements qui œuvraient entre transmissions cryptées, agents secrets, filières d’évasion et opérations clandestines. 

      
Vullierens, l'allée des tonnelles, 
plantation d'iris   

Vullierens et son château

Si le château par lui-même offre peu d'intérêt, à l'extérieur huit jardins et espaces jalonnent le parcours :


*** Daria's Garden : Bordé de rhododendrons, de pivoines et d'azalées japonaises, il sinue entre allée cavalière et vignes.
*** Dorianne's Garden : Sur les terrasses du château, un jardin de roses plantées dans un cadre géographique, avec une belle vue sur le lac et les Alpes.
*** Bunny's shade Garden : Au pied d'arbres centenaires, des plantes d'ombre dans un ensemble ombragé.
 

    
Château et jardin des iris

*** Muñi's Garden : Une grande allée bordée surtout de tulipes blanches tardives et d'hortensias.
*** Doreen's Garden : Jardin à la française  traversé par un tunnel recouvert de laburnum et composé de d'iris, de lys, de dahlias et de roses.
*** The enchanted woodland : Au bout de l'allée cavalière, un coin de nature peuplé d'elfes.

       
  Sculpture de taureau    Sculpture d'Étienne Krähenbühl

*** The secret Garden : Un espace limité par de hauts murs, traversé par un ruisseau.
*** Le royaume du roi Lézard qui, à l'abri des arbres, ouvre les portes de son royaume. 

  Champ d'iris dans le parc

++ Voir aussi :
Photos du parc --

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vendredi 15 mai 2026

La poétesse Juana Inès de la Cruz

 La poétesse sœur Juana Inès de la Cruz (1651-1695)

« Ce qui importe à Juana Inès de la Cruz, c’est le chemin du labyrinthe, la vérité que le dédale cachait à Thésée, et que seul le fil d’Ariane pouvait révéler, puisque l’amour était au bout. » JMG Le Clézio

Une vie exemplaire qui a tant intéressé les deux prix Nobel de littérature Octavio Paz et JMG Le Clézio qu'ils ont écrit sa biographie.

Antonio Nunez de Miranda, qui l’avait soutenue dans sa volonté d’autonomie, trouve désormais que décidément, la jeune femme en fait trop, surtout dans cette société espagnole étriquée où l’étiquette de la cour était sans doute la plus stricte d’Europe. Il condamne sa « tentation d’une vie superficielle d’une poétesse de cour. »

Elle réplique en déclarant son goût pour l’étude, « sa quête d’un équilibre philosophique d’où les femmes ne seraient pas exclues. » Pensée inadmissible au XVIIème siècle surtout dans un pays ultra catholique. Elle s’est peut-être inspirée de la vie d’
Anna Maria von Schurman (1606-1678), sa quasi contemporaine, qui lutta contre les discriminations dont les femmes étaient victimes, en poursuivant des études de théologie à l’Université d’Utrecht.

      
Timbre-poste à son effigie  
Billet de 200 pesos à son effigie

Sans nier la légèreté de la poésie, elle revendique l’accès au savoir :
« Les études privées et particulières, qui les a interdites aux femmes ? N’ont-elles pas une âme rationnelle comme les hommes ? Pourquoi celle-ci ne jouirait-elle pas aussi de ce privilège qu’est la lumière de la science ? L’âme d’une femme n’est-elle pas apte à recevoir autant de grâce et de gloire de Dieu que la leur ? Pourquoi ne serait-elle pas apte à recevoir autant de science et de connaissance qui sont choses moins nobles ? Quelles révélations divines, quelle décision de l’Église quelle loi de la raison a fait pour nous une loi si sévère ? »

Elle refuse à son confesseur le droit de décider de sa vie : [1]
« Pourquoi donc ce déplaisir de Votre Révérence ? Pourquoi dites-vous que si vous aviez su que je me mettrais à écrire des vers, vous m’auriez mariée au lieu de me mettre au couvent ? Eh bien père très aimant, que je contredis contrainte et forcée. Pleine de honte, en des termes qui n’auraient pas dû franchir mes lèvres, quelle autorité directe avait Votre Révérence pour disposer de ma personne et du libre arbitre que Dieu m’a concédé ? Vous n’avez que celle que mon affection vous a donnée et vous donnera toujours. »
C’est le combat qu’elle veut mener de sa cellule jusqu’à ce qu’elle décide elle-même, sans céder à la menace, d’y mettre un terme. 

  
Sa statue à Madrid  
Pièce de 1000 pesos à son effigie

Que joliment ces choses sont dites. Tout en y mettant les formes, comme il sied à son époque et à une femme de sa condition, elle reste ferme sur le fond, ne lâchant rien sur sa détermination à choisir seule sa voie.
Quelle impertinence que ce texte. On en a parfois brûlé pour moins que ça !
La protection royale de la vice-reine Maria-Luisa de la Laguna a sans doute pesé dans la balance.

Comme l'écrit l'écrivain mexicain Octavio Paz, « sœur Juana incarne la liberté dans ce monde baroque. » C'est une époque où quelques femmes décident d'exercer leur liberté envers et contre tout comme Christine de Pizan, Laure de Noves, Louise Labé ou Marguerite de Navarre. La différence est que sœur Juana elle, n'est pas issue d'un milieu privilégié. 

Notes et références
[1] Lettre à son confesseur datée de 1681, publiée en 1993 dans une traduction de Marie-Cécile Benassy

Voir aussi
* Le clézio, Trois Mexique --

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