mercredi 5 février 2014

L'écrivain autrichien Peter Handke

             Peter Handke et son refuge de Chaville
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  Écrivain, dramaturge et poète autrichien, Peter Handke, qui vit avec la comédienne française Sophie Semin, réside depuis plus de vingt  ans dans la région parisienne à Chaville, dans le département des Hauts-de-Seine, où il aime se balader, dans les gares, les bistrots et les nombreuses forêts avoisinantes. Grand marcheur, flâneur attentif, parfois il franchit la Bièvre et prend les chemins de traverse pour rejoindre Port-Royal-des-Champs, son carnet de notes sous le bras. 
 
 
 
Peter Handke, l'un des plus grands écrivains actuels de langue allemande, objet de polémiques après son engagement pro-serbe pendant la la guerre civile de l'ex-Yougoslavie, fêtera le jeudi 6 décembre 2012 ses 70 ans. (c) Afp
 
Chez lui à Chaville, sa " baie de Personne " comme il le nomme, séparé de Paris « par une croupe de collines boisées, » son pavillon en meulière se cache au bout d'une longue allée. Il a toujours le même "look"  avec ses cheveux gris rejetés en arrière, sa moustache et sa barbiche, élégant dans son costume à fines rayures.Dans le jardin trône un ensemble décoratif, espèce de haut-relief en bois représentant les rois mages, reproduction d'une sculpture moyenâgeuse de l'église de Griffen, son bourg natal en Autriche. Il a noté dans ses Carnets « les hortensias mauves du jardin. Le buis dans l'ombre. La marche des merles dans les fourrés. L'arrivée des moineaux (…). L'ébullition du silence. » C'est dans cette atmosphère qu'il a écrit la plupart de ses ouvrages, depuis Essai sur la journée réussie.
 
Dans le silence douillet de son intérieur, de grandes toiles ornent les murs blancs, toiles contemporaines d'Alechinsky, de Pierre Soulages ainsi que de quelques icônes orthodoxes. C'est ici que ce grand voyageur se sent bien, ajoutant : « J'aime les périphéries, les zones indécises. C'est là où rien n'est évident qu'on peut le mieux voir. »
 
     «J'écris avec la respiration, pour découvrir le sacré, celui de la vie», commente Peter Handke. (Louis Monier/Rue des Archives)       
   Handke Chez lui à Chaville en 2008
 
Tempérament contradictoire, un sérieux tout germanique qui peut aussi se déchaîner. Gravité et gaieté : « la définition même de la musique. » On lui a largement fait payer ses prise de position pro-serbes et il veut espérer qu'il n'a pas obtenu le prix Nobel à cause de ses engagements, « comme Borges à cause des généraux argentins. » Peu à peu, il a pris du recul, d'abord en publiant un livre d'entretiens au titre édifiant  Vive les illusions ! où il évoque une "comédie des erreurs", quand finalement l'intellectuel est toujours le dindon de la farce, placé en équilibre, comme disait Albert Camus dans Jonas ou l'artiste au travail, entre le solidaire et le solitaire. 
 
A 70 ans, l'écrivain se porte toujours aussi bien. Il va recevoir le prix littéraire de l'Etat régional de Salzbourg, ce qu'il commente, goguenard, « comme cela, je me suis épargné de longues réflexions sur la façon de célébrer mon anniversaire » et la maison d'édition Suhrkamp a publié en décembre sa correspondance avec l'éditeur Siegfried Unseld. Il a aussi écrit récemment une pièce de théâtre, Les beaux jours d'Aranjuez - Dialogue d'été, somme de dialogues décalés entre un homme et une femme, représentée en mai 2012 à Vienne dans une mise en scène de son ami Luc Bondy.
 
Peter Handke a d'abord été connu en 1967 pour un "récit-roman" -il n'aime pas le terme de roman- Le colporteur", puis grâce à sa pièce La chevauchée sur le lac de Constance et surtout L'angoisse du gardien de but au moment du penalty, obtint la consécration internationale en 1970.Dans le cinéma, il écrivit en 1987 le scénario du film  Les ailes du désir du metteur en scène Wim Wenders puis réalisa la même année son propre film intitulé La femme gauchère.
 
Au-delà des modes, il cherche encore et toujours la " sensation vraie ". Plonger dans son œuvre explique son traducteur Georges-Arthur Gloldschmidt,  c'est apprendre à voir les choses d'un autre œil, « débarrassées de la pellicule grise de l'utilitaire, qui recouvrait leurs vraies couleurs.  »  Il ressent ce relatif de l'écrivain qui n'a que son regard posé sur le monde pour deviner l'envers des choses et peser l'action des hommes, qu'il traduit par cette réflexion : « Je sais ce que je ne sais pas. Je ne sais pas la vérité. Mais je regarde. J'écoute. Je ressens. Je me souviens
 
Pour lui,  « La littérature, c'est le langage devenu langage; la langue qui s'incarne. J'écris avec la respiration, pour découvrir le sacré, celui de la vie, »autrement dit un méta-langage où il puise les sensations et l'instantané. Les trames, les intrigues « sont masquées, enfouies ; je préfère réaliser, au sens où l'entendait Cézanne ».
 
           
Handke dans son jardin

Notes et références
- La Nuit morave de Peter Handke, traduit de l'allemand par Olivier Le Lay, Gallimard, 396 page, roman situé quelque part dans les Balkans, terre meurtrie, soumise « à la dictature du temps normal et réel. »
- Kali. une histoire d'avant-hiver de Peter Handke, traduit de l'allemand par Georges-Arthur Goldschmidt, Gallimard, 118 pages, roman noir d'anticipation qui se passe dans une ville dominée par sa mine de potasse, où survivent des migrants et une cantatrice assez bizarre...
- Hier en chemin, Carnets, novembre 1987-juillet 1990 de Peter Handke, traduit de l'allemand par Olivier Le Lay, Verdier, 440 pages
- La grande chute (Der grosse fall ): vingt-quatre heures de la vie d'un acteur désœuvré prêt à tuer et sauvé par l'amour, un roman « sur la dernière vision des choses »
- Le Maître du crépuscule, biographie de Peter Handke par  le journaliste Malte Herwig 
- Lien externe : Les lignes du monde

    <<<<<<< Christian.Broussas - Feyzin - 03/01/2013- <<<<< ©• cjb •© >>>>>>> 

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