samedi 14 juin 2014

Éric-Emmanuel Schmitt L'élixir d'amour

« C'est irrationnel d'aimer, c'est une fantaisie qui n'appartient pas à notre époque, ça ne se justifie pas, ce n'est pas pratique, c'est à soi-même sa seule justification»
Petits crimes conjugaux, 2003



Référence : Éric-Emmanuel Schmitt, " L’Élixir d’amour ", éditions Albin Michel, 2014

Une nouvelle fois, Éric-Emmanuel Schmitt nous parle du grand mystère de l’amour. Comme beaucoup de couples, l’usure du temps a fait son œuvre et a défait celui de Louise et d’Adam au bout de cinq ans. Depuis, Louise vit au Canada mais ils ont décidé de s’écrire, commençant ainsi une relation épistolaire sur le thème majeur de la naissance du sentiment amoureux.

Il avait déjà abordé ce thème dans La tectonique des sentiments où il dépeint une femme sur tous les plans comblée par la vie mais qui constate l’usure de l’amour, rongée par le doute et prête à la vengeance ou également dans Les perroquets de la place d’Arezzo où il aborde le rôle de la sexualité dans cette relation complexe qu’est la relation amoureuse. [1]

   

L’Élixir d’amour n’est pas pour l’auteur un breuvage magique mais d’abord une référence à un opéra qui gravite autour du mythe de Tristan et Yseult. Adam fait un subtil distingo entre l’amour physique, sensuel (l’Éros) et l’amour "cérébral" (l’Agapè), pour lui d’essence différente,  « le sexe et l’amour occupent deux territoires différents », qui lui permet en fait de justifier ses infidélités. [1]  

Louise s’oppose à cette vision des choses, pensant que les deux approches sont liées et indissociables, plus concrète, plus près des réalités. Outre Laclos, Dom Juan et Tristan et Yseult, on trouve aussi dans ce court roman, d’autres références, à la musique bien sûr, l’autre passion de l’auteur, [2] à la psychanalyse, le métier d’Adam, ou à cette espèce d’étincelle sublime du premier échange avec l’Autre que Stendhal dit avoir éprouvé et qu’il appelle la cristallisation. [3]

A travers les échanges de ce couple qui rappelle par certains aspects celui des Liaisons dangereuses, Éric-Emmanuel Schmitt veut surtout examiner, dans les sociétés occidentales contemporaines que l’on dit parfois permissives, la place de la liberté individuelle dans l’amour. Une nouvelle fois, il aborde son sujet favori, l’amour et les sentiments, car comme il l’a écrit, « L’amour a dû être inventé pour poétiser la vie. »

 

Notes et références
[1]
Il a aussi écrit dans "Oscar et la dame rose" en 2002  « L'obligation d'orgasme, n'est-ce pas ce qui empoisonne les relations des hommes et des femmes ? Sous pression, ils se contraignent à y parvenir, transformant un moment gratuit, libre, inutile, en une compétition qu'il faut gagner. »
[2] Voir mon article sur son livre "Le bruit qui pense" qui comprend "Ma vie avec Mozart" paru en 2005 et "Quand je pense que Beethoven est mort alors que tant de crétins vivent" en 2010
[3] Voir mes articles sur Stendhal, en particulier "Stendhal, Un européen absolu"

Mes articles sur Éric-Emmanuel Schmitt
Éric-Emmanuel Schmitt Entre réel et imaginaire --  Éric-Emmanuel Schmitt  Biographie  --  Le cycle de l'invisible  --  Les deux messieurs de Bruxelles
-- Le bruit qui pense  --  Un homme trop facile

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