jeudi 7 août 2014

Yasmina Khadra L’Olympe des infortunes

 
L’Olympe des infortunes, cette belle expression cache un terrain vague pris entre une décharge et la mer, parfois fatale à ces déclassés qui s’y sont réfugiés et le considèrent comme leur royaume, au moins un endroit à eux, où ils se retrouvent entre eux.

Dans cette espèce de no man’s land, on découvre pêle-mêle Ach le borgne et son compère Junior le simplet, Le Pacha, espèce de mégalo cyclothymique, et sa bande d’acolytes qui guette le moindre signe d’approbation du chef, Dib grand échalas au nez crochu, Négus et ses tendances de dictateur, Einstein et ses potions à décimer la gent canine, Clovis, Aït Cétéra et les frères Zouj . Monde fermé et souvent cruel où les relations sont dures, ritualisés, hiérarchiques, où les plus faibles comme Bliss et Haroun le sourd sont mis à l’écart ou s’isolent eux-mêmes de ceux qui contrôlent ces lieux laissés pour compte, où les quelques chiffonniers qui y viennent ne font que passer. 

              

Yasmina Khadra décrit un univers de paumés ou l’on ne trouve guère de sentiments humains que dans la relation homosexuelle entre le Pacha et Pipo ou dans la relation quasi filiale entre Ach et Junior. 
Survient alors dans cet univers fermé, un nommé Ben Adam, empêcheur « de tourner en rond, » une espèce de Christ qui aurait lu Freud et porte la bonne parole en se mettant à dos les caïds du lieu. « Accepter la dèche est un acte contre nature » serine-t-il à tous, ce à quoi Ach répond « que l’on soit couvert de hardes ou de soie, on n’est jamais que soi ». Le Pacha va largement contribuer au départ de Ben Adam mais sa parole a laissé des traces dans l’esprit de certains et les choses mettront du temps pour redevenir comme avant. Ils reprennent peu à peu leur rythme de vie mais Junior est parti rejoindre la ville.

L’espèce de prophète Ben Adam et même son pote Ach ont fait miroiter à Junior les lumières de la ville, sa face de paradis mais il n’en vivra que les affres de l’enfer, viré dans une geôle infecte au goût de bagne d’où il reviendra brisé et physiquement diminué.
Finalement, le "faux" prophète" ne fait que le malheur de ceux qui croient en sa parole.




« Pas de doute à avoir, ce livre représente une véritable rupture avec toute son œuvre précédente. Le moins que l’on puisse dire c’est que Yasmina Khadra n’hésite pas à changer de registre, de style, à prendre des risques et a se renouveler dans ce livre.
Prenant son lecteur de court, il lui offre une sorte de fable philosophique, un conte moderne, décrivant une réalité sociale effrayante.
»Critiques libres, mars 2010 

Repères bibliographiques
* "L’Olympe des infortunes, éditions Julliard, 2010, code 978 2 260 01822 3
* "Ce que le jour doit à la nuit", éditions Julliard, 2008
* "Les Hirondelles de Kaboul", 2002, "L’Attentat", 2005, prix des libraires 2006, "Les sirènes de Bagdad", 2006 : sa trilogie sur le conflit opposant monde arabe et monde occidental


<< Christian Broussas – Khadra - Courmangoux, - 7 août 2014 <> © • cjb • © >>

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