jeudi 8 janvier 2015

Isabel Alvarez de Toledo La grève

Référence : Isabel Alvarez de Toledo, " La grève" (La Huelga), éditions Librairie du globe, 1967, Grasset/Livre de poche 1970

     Sanlucar de barrameda : palais ducal de medina sidonia
 Isabel Alvarez de Toledo                Sanlucar Palais ducal de Medina Sidonia

Doña Luisa Isabel Alvarez de Toledo y Maura, duchesse de Medina Sidinia est issue d’une grande famille espagnole. Son aïeul conduisit la malheureuse expédition de l’Invincible Armada du roi  Philippe II et son grand-père  fut le dernier ministre du travail du roi Alphonse XIII. Elle a choisi d’être une « nouvelle pasionaria », de combattre les abus et l’injustice, ce qui était loin d’être une sinécure dans l’Espagne franquiste. L’histoire qu’elle raconte dans ce roman-témoignage intitulé La Grève a donc un aspect autobiographique marqué où des journaliers agricoles poussés à bout n’ont plus que la grève (interdite alors en Espagne) pour s’exprimer. La répression sera sans quartier mais la mort d’Antonio, emprisonné et battu à mort, va changer la donne.

La région de Jerez en Espagne, et le village de Sanlucar où se déroule l’action, c’est d’abord la culture de la vigne, monoculture qui focalise toutes les attentes et oppose souvent propriétaires et travailleurs de la terre. Cette année, l’exaspération est grande chez les ouvriers viticoles et la grève est décidée au moment névralgique des vendanges. Si elle n’est pas effectuée, les propriétaires risquent de perdre leur récolte, au moins une bonne partie, la situation est donc tendue dans la région et le problème risque de remonter jusqu’ à Madrid, ce qui ne plaît pas du tout aux autorités locales et au gouverneur dont la carrière est en jeu dans cette affaire délicate.

Il faut donc tenter de négocier, en utilisant aussi les méthodes utilisées dans ce type de situation : recruter des ouvriers d’ailleurs mais les résultats sont décevants, désolidariser les ouvriers en augmentant la pression ou en offrant de meilleures conditions à certains travailleurs.

Réunion de crise des grands propriétaires [1] : il faut frapper un grand coup, procéder rapidement à une cinquantaine d’arrestations. Mais auparavant, il faut remettre en liberté les trois ouvriers arrêtés illégalement, sans ordre écrit du gouverneur, Calero, El Negro et Antinio Cabeza de Voca. Malheureusement, ils ont beaucoup "souffert" des interrogatoires musclés de la police et Antonio est dans un état pitoyable. Le pouvoir central devenant pressant, les autorités locales réagissent : le juge détruit les plaintes de Calero et El Negro, on trouve rapidement un "remplaçant" à Antonio qui représentait le "syndicat social". [2]



Sanlucar respire la haine entre les riches qui abusent de leur pouvoir, de leurs rentes de situation et les pauvres, muselés et exploités, qui enragent de leur impuissance. Les autorités verrouillent tous les corps constitués, la mairie où le pouvoir a installé don Luis, l’un des leurs, le juge don Alberto qui menace de poursuites judiciaires ceux qui voudraient porter plainte comme le docteur Vicente Lopez, don Demetrio le curé qui accuse Antonio du péché d’orgueil, d’être livré à Satan et traitre comme Judas, lors de ses funérailles. Les propriétaires règnent ici par l’argent et par la peur, allant jusqu’au meurtre comme Marciano Dominguez noyé dans les marais parce qu’il avait osé défier son patron don Damian.

Pour les puissants, l’argent arrange tout et le meurtre de Marciano sera finalement déclaré en accident de par la vénalité du juge don Alberto. Affaire rondement menée, la paix sociale règne de nouveau à Sanlucar, la grève aura été matée à la manière forte bien dans les mœurs locales des puissants et de leurs affidés.

Don Alberto rejoint après la messe le curé don Demetrio et ils regrettent amèrement tous les deux ce joli temps passé où les hommes craignaient Dieu et acceptaient leur sort.

           
Manifestations ouvrières

Notes et références
[1] Parmi eux les Domencq, les plus importants producteurs de vin de Jerez dont Garcia Lorca fait allusion dans son célèbre poème "Romance de la garde civile" (cf page 174)
[2] Les syndicats verticaux de la Phalange sont composés aux échelons local, provincial et national de deux sections : section économique pour les patrons et section sociale pour les salariés

Voir aussi
* Ma fiche sur Gérard Mordillat, "Les vivants et les morts"
* Les combats ouvriers : le site Matière et Révolution
Parmi les nombreux ouvrages écrits sur ce sujet, on peut retenir ceux de Jack London (Le talon de fer, Les vagabonds du rail, Le peuple d'en bas, Au sud de la fente, La force des forts), Henry Poulaille (Le pain quotidien, Les damnés de la terre, Seul dans la vie à 14 ans), John Steinbeck (Les raisins de la colère, En un combat douteux, Des souris et des hommes),  Jean-Pierre Chabrol (Les rebelles : la gueuse, l'embellie, les crève-cévenne, Colères en Cévenne, Canon fraternité), Roger Vailland (Beau masque, 325.0000 francs), Jorge Amado (La terre aux fruits d’or, Les terres du bout du monde), Traven (La Révolte des Pendus, Rosa Blanca, La Charrette)

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