samedi 7 novembre 2015

À propos de l’économie… et des économistes

Concept et techniques économiques
À
propos d'Angus Deaton Nobel d’économie 

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Cette fois-ci, le Nobel d’économie 2015 n’a pas été attribué à un spécialiste de macro-économie, comme trop souvent, mais à un économiste Angus Deaton, professeur de l’université de Princeton, qui se propose de « mesurer le bien-être universel » et qui évoque ce qu’on pourrait appeler "l’économie du bonheur". Pour cela, il a travaillé sur trois axes : la répartition des dépenses des consommateurs, le niveau collectif consommation-épargne et la notion de bien-être. Clarifier ces notions est indispensable pour élaborer des politiques économiques centrées sur le bien-être et la pauvreté.

Les variables économiques et l’idée de bonheur

Angus Deaton, auteur il y a deux ans d’un ouvrage sur l’évolution de l’économie [1] où il voit un paradoxe entre un monde qui  a largement augmenté son bien-être depuis deux siècles et demi, avec en contrepoint l’allongement de l’espérance de vie ou le recul de certaines maladies et un monde qui a accepté dans le même temps l’accroissement vertigineux des inégalités. Il a aussi critiqué l’aide au développement, les Occidentaux gâchant des ressources vitales à vouloir imposer aux pays pauvres les mêmes chemins de croissance qu’ils ont eux-mêmes suivis.

Il  a montré l’interaction d’éléments comme les décisions économiques et la situation micro-économique des personnes ainsi que le contexte économique global, l’influence qu’ils ont sur le bonheur tel qu’il apparaît dans les enquêtes d’opinion. Il a tenté de comprendre les relations entre les variables économiques et celles  liées au bonheur.

D’après les enquêtes d’opinion, il distingue trois vecteurs du bonheur : un bien-être émotionnel (le ressenti journalier positif ou négatif), l’évaluation globale de sa vie (sous forme d’une note par exemple), et le bien-être psychologique profond fondé sur l’estime de soi, le sens de la vie…). Les travaux d’Angus Deaton ont montré que des éléments tels que l’âge, les revenus, les croyances religieuses… avaient des impacts sur les trois vecteurs du bonheur. Ce qui signifie que les variables économiques influencent l’idée de bonheur.
Dans quelles proportions, telle est bien la question.  

Finalement, l’argent ferait-il le bonheur… 

Selon ses travaux (réalisés avec Daniel Kahneman, autre prix Nobel en 2002), l’argent fait le bonheur… pour des revenus supérieurs à quelque 4900 euros par mois… on s’en serait douté…

« Passé ce seuil, ils ont remarqué que le fait de gagner davantage augmentait l’évaluation de la vie faite par les personnes interrogées, mais n’augmentait pas leur bien-être émotionnel » confirme Mickaël Mangot, enseignant à l’Essec, qui en conclut que « l’argent aide plus à être heureux lorsque l’on pense sa vie que lorsque l’on vit sa vie au quotidien. »


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De Angus Deaton à... Jean-Marie Albertini
Tout ceci est fort bien mais ne nous avance pas beaucoup. Ce thème de "le bonheur et l’économie" me ramène fort loin en arrière, dans les années soixante au temps où mon professeur d’économie Jean-Marie Albertini parlait de BNB, le Bonheur national brut par opposition au sacro-saint dogme (déjà !) du PNB, le Produit national brut, cher aux macro-économistes. Pédagogue résolu à dépoussiérer l’approche des mécanismes économiques, avec toute l’ironie dont il était capable, il prenait en l’occurrence un exemple que je n’ai pas oublié (ce qui prouve les vertus de sa pédagogie) : un jeune couple aime se promener dans un terrain à l’abri des regards pour y faire les galipettes, c’est un bonheur non quantifiable, échappant à l’économie. Mais un jour on construit un hôtel sur ce terrain.

       
Jean-Marie Albertini

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Notre jeune couple n’a plus qu’une solution : payer une chambre dans l’hôtel et ainsi entrer, non seulement dans la chambre mais aussi dans la logique du PNB puisque le prix de la chambre se retrouvera quelque part dans les agrégats économiques et contribuera à faire augmenter le PNB. (à moins qu’ils paient en liquide "au noir" mais ceci est une autre histoire). Conclusion : PNB et BNB sont ici parfois antinomiques et le PNB peut très bien ne pas refléter la réalité.

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D’où la relativité des données macro-économiques qui ont beaucoup de mal à traduire une réalité très difficile à cerner. Ces quelques vérités n’ont pas changé depuis les années soixante. 


Notes et références
 [1] « La Grande Évasion : santé, richesse et origines de l’inégalité »

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