Référence : Louis Muron, "Le chant des canuts", éditions Presses de la Cité, collection Terres de France,  300 pages,  octobre 2002, Isbn 2 25 80565 19

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Journaliste et critique littéraire, Louis Muron (1935-2004) se partageait entre la production et la réalisation d'émissions sur l'histoire, les faits de société et la littérature. Il a surtout écrit des biographies comme celles consacrées à Georges Pompidou, Georges Bernanos, Edouard Herriot, le chanoine Kir... et un roman Le Chant des Canuts peu avant sa disparition.

"Le chant des canuts" : Un roman historique centré sur l’histoire locale, une grande page de la mémoire lyonnaise : la lutte des canuts au XIXe siècle pour la sauvegarde de leur métier.

Louis Muron nous propose un voyage dans le Lyon des soyeux et l'histoire d'un conflit social majeur, celui des ouvriers de la soie, les canuts, mis en scène à travers des personnages qui lui permettent de retracer non seulement les événements de cette période mais aussi d'en restituer l'ambiance. En bon historien, Louis Muron s’est basé sur les documents d'époque, sur les archives locales pour raconter ce tragique épisode lyonnais, emblématique du passé ouvrier de la ville, intercalant ses personnages dans la trame historique pour rendre son récit moins austère et plus vivant.  

La présentation historique est assez classique. L’affaire débute en 1830 quand le "roi des Français" Louis Philippe est porté au pouvoir par cette bourgeoisie industrieuse dont les négociants lyonnais sont des membres importants. Dans leur ensemble, les canuts restent neutres ; ils ne se sentent pas vraiment concernés par ce qui leur paraît comme des querelles politiques du pouvoir parisien.

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En 1831, la situation du peuple est très difficile et les canuts pensent qu’il faut profiter de cet avènement pour demander une augmentation de leurs tarifs. Ils espèrent que leur neutralité vis-à-vis du nouveau pouvoir ne peut que les servir. Au début, les négociations se déroulent dans de bonnes conditions : sous l'autorité du préfet, un accord est signé entre négociants soyeux et représentants des canuts. Mais plusieurs négociants refusent de respecter l’accord. Le pouvoir central les soutient en sous-main et nomme un nouveau préfet moins enclin à faire des concessions aux canuts.

La colère gronde alors dans les rangs des canuts, génératrice d'exaspérations, de nouvelles revendications qui débouchent sur plusieurs révoltes vite jugulées par le pouvoir jusqu’à la dernière en 1834, la plus importante qui sera suivie d’une sévère répression et d'un procès exemplaire contre les meneurs, avec lourdes condamnations et déportations.

Dans le climat joyeux et colorée du quartier de la Croix-Rousse sur le plateau lyonnais et sur les Pentes qui descendent jusqu’à la place des Terreaux, l’énorme métier à tisser d’alors, rythme la vie quotidienne des habitants au gré des bruits qu’il émet et que, pour cette raison, on appelle le « bistanclac ».  

Lyon depuis plus de deux siècles a porté la technique du tissage de la soie au niveau d’un véritable art qui enrichit les soyeux (les patrons) mais permet tout juste aux canuts (les ouvriers) de nourrir leur famille. Une mauvaise année, et pour eux, c’est la disette… peut-être la famine.

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Lyon en 1830. Julien, jeune chef d'atelier, est l’un de ces petits patrons dont le niveau de vie est plus près de ses compagnons que des grandes familles de soyeux. Même s’il a reçu en héritage de son père deux métiers à tisser -ses bistanclacs-et s’il a la passion de son travail et le goût des belles soieries, la vie est très difficile. Lui aussi a des revendications, demandant que soient reconnues la beauté et surtout la valeur des ouvrages qu’il élabore dans son atelier. Mais la situation économique dans la soierie se dégrade de jour en jour. Mauvaise année, chacun essaie de s’en sortir au détriment des autres. Comme souvent, ce sont les petites fabriques qui font les frais de la réorganisation de la profession.

  Zoom sur un "bistanclac"

Les relations entre fabricants, marchands et ouvriers tisseurs se durcissent. Cette situation va rapidement conduire à la première phase de la "révolte des Canuts", dans laquelle vont s'engager Julien et d'autres chefs d'atelier dès octobre 1831, aux côtés des canuts. Pris dans la tourmente, Julien a juré de mettre ses rancœurs de côté et de répondre à l'amour de Mariette bien décidée à le soutenir dans l’épreuve.

Louis Muron raconte à sa façon ce grand moment de l'histoire sociale et de la mémoire lyonnaise qui a déjà fasciné nombres d’écrivains et d’historiens par son caractère exemplaire dans la lutte que va bientôt entreprendre la classe ouvrière pour secouer le joug de ces nouveaux patrons qui devront leur fortune à la première révolution industrielle.  

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Voir les oeuvres de l'historien Fernand Rude :
*
Le m
ou­ve­ment ouvrier à Lyon de 1827 à 1832, éditions Anthropos, 1969
* Libération de Lyon et de sa région, éditions Hachette, 1974
* C’est nous les Canuts, éditions Maspéro, 1977
* Les révol­tes des Canuts 1831-1834, éditions Maspéro, 1982

  Voir également mes fiches :
 * La réaction thermidorienne à Lyon -- La grande Rebeyne à Lyon --
*
Claire Auzias, La grève des ovalistes -- Evolution sociologique et histoire lyonnaise --
* La Résistanceà Lyon -- Balade à Lugdunum -- Paul de Sève --
* L'historien lyonnais Fernand Rude -- Henri Béraud, La conquête du pain --
* Lyon & la reproduction sociale -- Le Vieux-Lyon --


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