Le coup de grâce est un roman écrit par l'écrivain Marguerite Yourcenar, l'un de ses romans qu'on dit 'de transition', qui se situe entre Alexis ou le Traité du vain combat et les Mémoires d'Hadrien et écrit en grande partie à Sorrente en Campanie au cours de l'année 1938.

1- Présentation

Le roman se déroule dans les pays baltes à la fin de la Première guerre mondiale, dans une atmosphère de guerre civile créée par l'extension du communisme.
Le héros évoque ce passé quelque vingt ans plus tard, figeant son récit dans l'histoire, "désincarné comme un mythe". Éric von Lhomond, blessé pendant la guerre d'Espagne dans l'armée franquiste, attend à Pise un train pour l'Allemagne et profite de cette vacuité du temps pour raconter à ses deux camarades de voyage une autre guerre pendant sa jeunesse, celle de la campagne de Courlande, une des innombrables batailles qui ont émaillé la Première guerre mondiale.

On retrouve aussi dans ce roman les relations contrastées, ambivalentes à Katovice [1] entre Éric, son ami Conrad de Reval, [2] sa sœur Sophie et leur tante Prascovie. Sophie est mortifiée par le dédain d'Éric et ne comprend pas sa froideur à son égard, la barbarie de la guerre renvoie à celle de leurs relations qui prennent peu à peu un tour sado-masochistes.

Finalement, par dépit sans doute, Sophie va quitter le château familial pour rejoindre 'les Rouges' où elle rencontre l'étudiant Grigori Loew qui croit farouchement à la prééminence du bolchévisme. Mais un peu plus tard, la jeune femme retrouve Éric, alors que Conrad a été tué par 'les Rouges'. Dès lors, rien ne peut les retenir d'aller vers un destin dramatique.

2- Entre réalité et fiction 

Ce roman s'inscrit dans un moment particulier de la vie de Marguerite Yourcenar. Elle était à l'époque tombée très amoureuse d'un homme, un éditeur qui aimait beaucoup la romancière mais restait indifférent à la femme, lui préférant les hommes. Elle avait publié peu de temps avant un recueil de poèmes en prose où s'épanchait sous des dehors littéraires, toute sa flamme pour cet homme et qu'elle avait d'ailleurs intitulé Feux.

Le coup de grâce s'inscrit dans une même volonté de transposition. La biographie de Marguerite Yourcenar permet de comprendre que le mot 'grâce' est à double sens, sinon à triple.

- Première référence : cet homme avait lui-même publié un ouvrage où dans le titre se trouvait le mot 'grâce'.
- Deuxième référence : le titre même et l'expression 'coup de grâce' qui signifie aussi bien mettre un terme définitif à cette passion malheureuse que lui asséner sa vérité où elle met à nu leur relation.
- Troisième référence : proclamer qu'elle est passée à autre chose, qu'elle a rencontré l'amour avec une femme, une américaine dont le prénom est justement Grace et avec qui elle vivra jusqu'au décès de Grace Frick.


Les relations complexes et ambiguës entre les trois personnages du roman peuvent donc faire l'objet d'une double lecture : 
- Un premier niveau politico-historique d'une histoire dans un contexte de guerre, de personnages empêtrés dans leurs relations et leurs contradictions.
- Un second niveau autobiographique et intime d'une Marguerite Yourcenar qui met en scène sa propre histoire, règle ses compte et veut se débarasser par l'écriture de cet amour éconduit.
On peut y voir ainsi une ultime tentative quasi cathartique de sceller cette époque de sa vie et de tourner la page. Ce qui en fait se fera en plusieurs épisodes.

3- D'après une interview dans "Les yeux ouverts" de Matthieu Galey 

Avec Le coup de grâce, Marguerite Yourcenar veut prendre assez de recul avec le temps et l’espace et choisit les guerres baltes des années 1919-1921. Un tableau récent mais qui pour elle a déjà rejoint l’histoire, l’obligeant ainsi à rester fidèle aux données historiques.

Eric le personnage central, voit le monde qu’il connaît disparaître rapidement. Le drame va se nouer dans un château isolé entre Eric, son ami Conrad et sa femme Sophie. Malgré son héros allemand, le roman a été bien accueilli en France où un critique a écrit qu’"Eric a représenté le Werther de sa génération."

Notes et références

  1. Sans doute inspirée par la ville de Mariebourg en Lettonie
  2. Conrad est la figure d'un tableau de Rembrandt intitulé 'Le cavalier polonais'
<< Christian Broussas - Feyzin, 28 décembre  2012 - © • cjb • © >>