Référence : Vladimir Jankélévitch, L’aventure, l’ennui, le sérieux, préface Arnaud Sorosina, éditions Champs Essais Flammarion, 336 pages, 1963, réédition 2017
 
            
« Ce qui est vécu, et passionnément espéré dans l’aventure, c’est le surgissement de l’avenir. »Vladimir  Jankélévitch (1903-1985)
 
C’est une superbe idée que la nouvelle parution de cet ouvrage réédité à l’occasion de son inscription au programme des classes préparatoires scientifiques pour 2017-2018.
L’exaltation du voyage, la gloire des exploits ou  la passion de la découverte peuvent-elles devenir objets de philosophie ? C’est ce que veut démontrer Vladimir Jankélévitch, analyser sous ses différentes formes la vie aventureuse.

L'Aventure, l'Ennui, le Sérieux, est selon son auteur, « un petit livre » mais certes pas anodin, qui contient et développe l’essentiel de ses idées. « L'Aventure, l'Ennui et le Sérieux sont trois manières dissemblables de considérer le temps », un temps qui peut, selon l’humeur et les circonstances, se distendre, se réfracter, prendre une dimension particulière…

        
« Il faut bien donner un nom à ce qui n’a pas de nom, à ce qui est impalpable…
Tout compte fait, c’est là le métier des philosophes et de la philosophie. »
Vladimir Jankélévitch

Le temps ressenti peut donc « nous paraître long » en cas d’ennui, alors que « la vie nous semble courte ». Une aventure toujours tournée vers le futur, dont Jankélévitch met en exergue le style de vie qu’elle implique, s’opposant ainsi au « professionnel » de l'aventure. Il voit le sérieux comme un homme qui ne boude pas la fantaisie, guidé par une « attitude qui cherche à se totaliser lui-même dans chaque expérience ». Loin donc de l’approche classique du sérieux rébarbatif. L’ennui serait plutôt dans la répétition, la reproduction d’une expérience qui n’en est plus une, qui a tourné court.

   

Son apport, ce qui fait son intérêt, c’est qu’il se situe toujours dans le concret, dans ce qu’il appelle « la vertu de l’instant », pour tenter de cerner l'existence de la conscience dans le temps. En ce sens, c’est un moralise dans la veine de son maître Henri Bergson. Pour Jankélévitch, la morale précède la pensée, impliquant un conflit entre  les valeurs. [1]

            
« L’homme est infiniment grand par rapport à l’infiniment petit et infiniment petit par rapport à l’infiniment grand ; ce qui le réduit presque à zéro. » Vladimir Jankélévitch


On retrouve ici la démarche qui a fait son succès, tout acte qu’il soit volitif ou moral se suffit à lui-même, son essence peut difficilement être saisie et se situe quelque part entre ce qu’il nomme un «je-ne-sais-quoi » (l’indéfinissable du beau) et un « presque-rien » (celui des partitions musicales) qui le caractérise. [1]

   Jankélévitch vu par Michel Onfray         Avec Bernard-Henri Lévy

Il n’y a chez lui aucun désir de systématisme, il conçoit la philosophie comme une matière vivante qui ne doit pas s’enfermer dans ses chapelles et se borner à brasser des concepts. C’est sans doute pourquoi il a, mieux que quiconque, comprit les grandes évolutions des années soixante et la libération sociétale qu’elles impliquaient.

Notes et références
* [1] Voir "Le Je ne sais quoi et le Presque rien", La manière et l'occasion, éditions Le Seuil, 160 pages, 1980 (première édition)
* Voir aussi ma fiche Le philosophe Vladimir Jankélévitch --



Christian Broussas –Jankélévitch 2017 - 5/07/2017 • © cjb © • >