vendredi 17 juillet 2026

Jérôme Ferrari Très brève théorie de l’enfer

 

Référence : Jérôme Ferrari, Très brève théorie de l’enfer, “Contes de l’indigène et du voyageur”, éditions Actes Sud, 2026

"Une brûlante leçon de culpabilité." Le Monde
 

La conception de son triptyque romanesque Contes de l’indigène et du voyageur  

Dans une interview, Jérôme Ferrari confie qu'il avait dans l'idée d'écrire plusieurs romans pour explorer les différentes modalités du rapport à l'autre et à l’ailleurs : "Finalement, je me suis fixé sur trois aspects bien distincts. Le tourisme que j’ai déjà abordé dans Nord Sentinelle, l’exploration qui sera au cœur d’un troisième tome sur l’aventurier Richard Burton (1821-1890) et la dialectique expatriation-immigration qui se trouve au cœur cette histoire." 

Les thèmes de la guerre, du mal, de la corruption et de la décadence irriguent tous ses romans, avec ses implications philosophiques. Ceci n'empêche nullement qu'il s'attelle à donner chair à ses idées.

Deuxième opus de sa trilogie, vient de paraître Très brève théorie de l’enfer de Jérôme Ferrari, publié aux éditions Actes Sud.

Dans une interview, Jérôme Ferrari confie qu'il avait dans l'idée d'écrire plusieurs romans pour explorer les différentes modalités du rapport à l'autre et à l’ailleurs : "Finalement, je me suis fixé sur trois aspects bien distincts : Le tourisme que j’ai déjà abordé dans
Nord Sentinelle, l’exploration qui sera au cœur d’un troisième tome sur l’aventurier Richard Burton (1821-1890) et la dialectique expatriation-immigration qui se trouve au cœur cette histoire." 

           

Les thèmes de la guerre, du mal, de la corruption et de la décadence irriguent tous ses romans, piliers de sa réflexion. [1] Ceci n'empêche nullement qu'il s'attelle à donner chair à ses idées. Très brève théorie de l’enfer, publié aux éditions Actes Sud, est le deuxième opus de sa trilogie.

"Un roman sur le rapport à l'altérité." 

Il nous emmène jusqu'à Abu Dhabi, cette ville de verre et d’acier surgie du désert, où se côtoient sans jamais vraiment se rencontrer le monde huppée des expatriés le plus souvent européens et celui, invisible comme dirait JMG Le Clézio, des travailleurs immigrés. À travers le destin très autobiographique d’un enseignant en quête d’ailleurs et de Kaveesha, une employée sri-lankaise, Jérôme Ferrari nous décrit ces vies pas vraiment faites pour se rencontrer. 

              

"Un livre qui met en lumière la violence feutrée des rapports humains."

Des vies qui se croisent juste pour le quotidien, comme à Paris ceux qui ramassent les poubelles ou celles qui font les sales besognes dans les beaux quartiers.

Des vies parallèles, des murs que, nous dit Ferrari, même l’empathie ne parvient plus à franchir. Il nous offre une illustration d'un enfer moderne où les flammes sont remplacées par une vision déformée de notre rapport à l'autre. C'est un livre qui agit comme une espèce de 
miroir qui nous renvoie notre époque et les conséquences de notre indifférence.
Mais qu'en est-il en fait, réellement, que se passe-t-il derrière le décor de la modernité ?
 

       
Leïla Slimani et Jérôme Ferrari

« L'indicible vulgarité de ce qui nous tient lieu d'élite. » (p 78)

L'histoire commence comme un conte qui donnerait une idée de l'enfer « pour les âmes vides et les cœurs secs » et traduirait la réalité d'un monde privé d'humanité où le héros se perd dans cette ville sans âme, où Kaveesha son employée vit comme elle peut sa vie misérable d'immigrée, balancée entre son pays le Sri-Lanka et Abou-Dabi son pays d'exil, rongée par l'mage de ce fils qu'elle connaît si peu et finira par se venger de cet abandon.

A partir de cet "enfer doré", de sa relation impossible avec sa femme Nardjess, dans une logique implacable, il réfléchit sur sa culpabilité, de témoin impuissant à complice objectif de l'observateur qu'il sera toujours. (p 139) Sa mauvaise conscience ne peut que le mener "aux affres délicieuses de la contrition". 
Cette jeune femme indifférente, blottie dans un coin reculé de l'Enfer ne revêtirait-elle pas les traits figés pour l'éternité, de Nardjess ?
Ainsi soit-elle.

Notes et références
[1] épisodes et réflexions personnelles sont imprimées en italique (voir pages 28, 36, 70, 77, 84, 92... 132/134, 138/145)

Voir également
* Interview -- 
D'Ajaccio à Bonifacio - Poème -

Mes articles sur l'auteur :
Document utilisé pour la rédaction de l’article  Prix Goncourt -- 
Le sermon sur la chute de Rome --
Document utilisé pour la rédaction de l’article  À son image -- Il se passe quelque chose -- Où j'ai laissé mon âme --
Document utilisé pour la rédaction de l’article  "Le principe" -- 
Nord Sentinelle --
Document utilisé pour la rédaction de l’article 
Les mondes possibles --

Complément :
Document utilisé pour la rédaction de l’article  Sarah Burnautzki & Cornelia Ruhe, Chutes, ruptures et philosophie / Les romans de Jérôme Ferrari, Classiques Garnier, 2018

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