dimanche 9 février 2014

Jérôme Ferrari, prix Goncourt 2012

Jérôme Ferrari, "Le Sermon sur la chute de Rome"

Jérôme Ferrari à Fozzano, décembre 2012
 
Référence : Jérôme Ferrari, "Le Sermon sur la chute de Rome", Actes Sud, 208 pages, 2012
Né en 1968 à Paris, Jérôme Ferrari a enseigné la philosophie en Corse, en Algérie et, aujourd'hui à Abu Dhabi. Auteur déjà de plusieurs romans, comme "Où j'ai laissé mon âme" et "Un dieu un animal", il a publié en août 2012 "le Sermon sur la chute de Rome" chez Actes Sud, sélectionné par de nombreux prix littéraires. (Il vient par ailleurs de co-traduire, du corse, un excellent roman de Marc Biancarelli chez Actes Sud, "Murtoriu")

« Le Sermon sur la chute de Rome », prix Goncourt 2012, se présente comme une méditation sur la vanité des actions humaines sur fond de pastis et de cochon, tout çà dans un bar de la montagne corse. L'auteur dépeint deux mondes qui évoluent en parallèle : celui du grand-père Marcel, vivant dans les colonies loin de sa Corse natale et celui de Matthieu qui désirent à l'inverse revenir "vivre au village" et entremêle ces deux histoires. Le destin en décidera autrement dans un chasser-croiser, ces deux trajectoires qui se croisent, et finalement Matthieu devra quitter la Corse pour toujours et Marcel à l’inverse, échouant dans ses expériences coloniales, sera contraint de revenir s'y établir.

C'est aussi l'histoire de deux amis dans leur bar, avec un bagage qui ne leur sert à rien -des études de philo à la Sorbonne- et ils se sentent « comme un homme qui vient juste de faire fortune, après des efforts inouïs, dans une monnaie qui n'a plus cours ». Mais, foin de philosophie, les deux copains Matthieu Antonetti et Libero Pintus décident de faire leur vie dans leur village d'enfance pour y façonner « le meilleur des mondes possibles » aurait dit "Candide" après Leibniz. La "convivialité " fonctionne bien au début, on boit, on chante, on s'amuse, on raconte les aventures coloniales du grand-père Antonetti, et les touristes affluent. Tout le monde est content sauf Aurélie, la sœur de Matthieu, qui voit d'un mauvais œil ce qu'elle considère comme l’idéalisme de son frère, son retour sur l’île et la reprise du bar du village.

Le titre, parabole de notre époque moderne, vient de loin : c'est paraît-il Saint-Augustin lui-même en 410, [1] avec son sens aigu de l'histoire et de la probabilité, qui a prononcé des sermons, non sur la montagne mais sur la chute de Rome quand ces sauvages de Wisigoths se permirent de piller une ville qu'on disait éternelle. Désenchantement dirait-on après l'optimisme patent de Leibniz : « Les mondes passent, en vérité, l'un après l'autre, des ténèbres aux ténèbres, et leur succession ne signifie peut-être rien. »

Belle méditation drolatique en tout cas, même si elle peut paraître un peu littéraire, sur le testament de Saint Augustin, le vertige des civilisations qui oublient qu'elles sont mortelles, le sort du pastis noyé dans la mondialisation et surtout celui des cochons corses. De toute façon, comme il le dit dans une interview au Nouvel Observateur, « la Corse peut être un territoire de fiction comme les autres. »

Prix Goncourt 2012

Bibliographie
- Un dieu un animal, Arles, France, Actes Sud, coll. « Domaine français », 2009, 130 pages, ISBN 978-2-7427-8108-9, Prix Landerneau 2009
- Où j'ai laissé mon âme, Arles, France, Actes Sud, coll. « Domaine français », 2010, 140 pages, ISBN 978-2-7427-9320-4, Grand Prix Poncetton SGDL, 2010, Prix Roman France Télévisions, 2010

Voir aussi
* L'article du Nouvel Observateur : http://bibliobs.nouvelobs.com/rentree-litteraire-2012/20121108.OBS8639/jerome-ferrari-la-corse-peut-etre-un-territoire-de-fiction-comme-les-autres.html
* Ma fiche sur Jérôme Ferrari, Le Principe

Références
[1] Les sept parties du livre ont pour titres des phrases extraites de "La cité de Dieu" de Saint-Augustin
      <<< Christian Broussas, Feyzin, décembre 2012 © • cjb • © >>>

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire