mardi 14 mai 2013

René Char, qui êtes-vous ?



Référence : Serge Velay, "René Char, qui êtes-vous ?", éditions La Manufacture, 1987

« Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards, ni patience. » René Char


Comme souvent les grandes œuvres, celle de René Char défie la critique et interroge sur sa fonction. « Lire Char signifie choisir une des multiples entrées de sa poésie, » nous entraîne dans un univers métaphorique qui touche par son évidence, sa proximité, et déconcerte par sa recherche d’un impossible qui, écrit René Char dans L’âge cassant, « nous sert de lanterne. »

C’est le substrat d’une pensée qui, comme disait Roger Munier, [1] « déprend et recrée, érige et fonde » par la profondeur de son texte et prégnance de sa poésie. Il y a ainsi ce qu’on peut considérer comme une valeur exemplaire de René Char, lui qui avait une haute idée de son métier qu’il appelait « métier de pointe. » Au-delà des contradictions, il est tout à la fois offrande libératoire et ouverture,  témoin du tracé de son chemin poétique et recherche de la « totalité de l’homme. »

Dans une grande mesure, la biographie d’un grand écrivain est intrinsèquement liée à son œuvre elle-même. Les « actions du poète, écrit René Char, ne sont que la conséquence des énigmes de la poésie. » Elle peut tout en termes de vérité et René Char ne s’est jamais dérobé à cette exigence de vérité. Il s’est emparé des événements du quotidien, reprenant à sa façon la confrontation entre le poète et l’histoire. De ce point de vue, son expérience historique, qu’il considère comme un tout, s’est ancrée dans son engagement dans la Résistance, et son silence de poète pendant cette période, qu’il a ensuite traduite dans son recueil poétique des « Feuillets d’Hypnos. [2]

René Char pense que la poésie est avant tout action, marquée au sceau de l’efficacité. « On est assuré, écrit-il, qu’un poème fonctionne dès lors que  son composé se vérifie juste à l’application, et ce, malgré l’inconnu de ses attenances. » [3] En exergue, Serge Velay a choisi cette citation de René Char : « Au séjour supérieur, nul invité, nul partage : l’urne fondamentale. L’éclair trace le présent, en balafre le jardin, poursuit sans assaillir son extension, ne cessera de paraître comme d’avoir été. » Ainsi la boucle est bouclée et la poésie devient à la fois histoire et biographie.

 Notes et références
[1] Voir Le seul de Roger Munier, éditions Tchou de 1970 avec un avant-propos de René Char
[2] Dans la mythologie grecque, Hypnos est le dieu du sommeil ainsi que le père de Morphée.
[3] "Attenance" : Obédience, correspondance

Voir aussi
                         < < < Christian Broussas - René Char, essai - 14 mai 2013 <<< © cjb © •  > >  







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