dimanche 28 septembre 2014

Jean-Marie Blas de Roblès, Là où les tigres sont chez eux

Là où les tigres sont chez eux de Jean-Marie Blas de Roblès, roman déroutant aussi bien par l'exubérance de l'histoire -ou plutôt des histoires croisées mêlant récits du XVIIe siècle et récits contemporains- que par le style, a cependant connu un beau succès auprès de la critique comme du public.


 

Référence : Jean-Marie Blas de Roblès, "Là où les tigres sont chez eux", éditions Zulma, 2008
Prix Médicis, le prix du jury Jean-Giono et prix du roman Fnac en 2008.
 
 Son titre assez original reprend une citation de  Goethe, "Ce n'est pas impunément qu'on erre sous les palmiers et les idées changent nécessairement dans un pays où les éléphants et les tigres sont chez eux." [1]

L'histoire met en scène, en parallèle les trajectoires de vie de plusieurs personnages du Brésil de notre époque et de l'Europe baroque du XVIIe siècle. L'unité de l'ensemble repose sur la césure entre ceux qui défendent leurs valeurs et les autres. C'est donc plutôt une dualité entre approche du vice et approche de la vertu qui sert de ligne de fraction plutôt qu'une opposition entre l'époque baroque et l'époque contemporaine.

Le style est à l'avenant, qui mélange le langage plus ampoulé du XVIIe siècle, des jurons en portugais, des réflexions en allemand et les descriptions de certaines scènes en latin, avec heureusement, la traduction en bas de page.

       

Quand le correspondant de presse Éléazard von Wogau prend connaissance de la biographie du célèbre savant jésuite Athanase Kircher, il se lance sur sa trace pour cerner ce personnage complexe, l'un des esprits le plus éclairé de son époque, rencontrant à l'occasion beaucoup de personnages aussi surprenants que bizarres, accompagné de son ami journaliste Loredana et d'une jeune brésilienne Soledade, amoureuse d'Éléazard et qui s'occupe de son intérieur.

                

De tous ces personnages, émergent les Jésuites Athanase Kircher (1601-1680), personnage historique de la période baroque et homme de grande érudition, d'une curiosité inextinguible et son disciple Caspar Schott fasciné par sa puissance intellectuelle, qui raconte la vie exceptionnelle de son maître dans l'Europe de la fin du XVIe siècle et du début du XVIIIe siècle.

  Inselberg au Mato Grosso

On rencontre des géologues comme Élaine von Wogau l'ex-femme d'Éléazard, Dietlev vieil ami d'Élaine qui mourra dans l'expédition au Mato Grosso comme Milton un type peu sympathique et comme Herman Petersen un trafiquant de drogue qui fera mine d'emmener en bateau les géologues en expédition dans la forêt amazonienne ainsi que Mauro Moreiro, le fils de Carlotta et du gouverneur José Moreira da Rocha.

    Mato Grosso, fracture et cascade

On y côtoie le puissant gouverneur-colonel Moreira, un homme cynique qui veut à tout prix garder le pouvoir et qui va se lancer dans une spéculation hasardeuse qui aura de lourdes conséquences dont celle du meurtre de de la famille Carneiro et qui mourra victime d'une vengeance de Nelson pauvre infirme des favelas de Piramb qui vit avec l'Onclé Zé, un camionneur,

Il y a également les étudiants paumés, Moéma étudiante fille d'Éléazard et d'Élaine, mais aussi toxicomane qui sera violée dans une favela et qui entretient une relation homosexuelle avec Thaïs et avec qui elle aimerait bien ouvrir un bar, Roetgen leur professeur qui va vivre de curieuses expériences en compagnie de Moéma et de Thaïs, part à la pêche, Aynoré l'amant indien de Moéma qui l'abandonnera sans états d'âme dans la favela ou également Marlène, Andreas ou Xavier.

       

Rien ne va plus pour Éléazard von Wogau dont l'ex femme Élaine a disparu au Matto Grosso et les autres membres de cette expédition expédition sont tous morts, sa fille Moéma est à la dérive et son amie Loredana, victime d'un cancer avancé, le quitte brusquement pour aller se réfugier en Italie, son pays natal. Il s'apercevra qu'en fait ce fameux témoignage biographique de Caspar Schott, le disciple de Kircher, est apocryphe, que tout son travail de recherche est remis en cause et n'a aucune utilité. Mais comme l'écrit l'auteur, « la vérité  n'est-elle pas ce qui finit  par nous convenir assez pour que nous l'acceptions en tant que telle ? »

Dans ses Carnets, Éléazard von Wogau réfléchit sur l'évolution, sur l'œuvre de Kircher, citant Flaubert, « L'art est la recherche de l'inutile, il est dans la spéculation ce qu'est l'héroïsme, » pensant qu'il y a chez Kircher « une tentative héroïque, désespérée, d'harmoniser le monde », ou cette anecdote qui avait marqué Benjamin Constant où Dieu n'aurait pas eu le temps de terminer le monde, laissant les hommes seuls, sans but et, conclut Constant « cette idée me paraît la folie la plus spirituelle  et la plus profonde que j'ai ouïe, et bien préférable aux folies chrétiennes, musulmanes ou philosophiques des premier, huitième et dix-huitième siècles. » [2]
                                                                                CJB 28/09 - 06/11/2014


Notes et références
[1] J.W Goethe, Les Affinités électives, p.226
[2] Benjamin Constant, lettre du 4 juillet 1780, revue des Deux Mondes, 1844

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