mardi 16 septembre 2014

Louis Guilloux Œuvre et biographie

  Guilloux et Camus
« J'admire et j'aime l'œuvre de Louis Guilloux qui ne flatte ni ne méprise le peuple dont il parle et qui lui restitue la seule grandeur qu'on ne puisse lui arracher, celle de la vérité. »
Albert Camus

Louis Guilloux naît à Saint-Brieuc en 1899, d'un père cordonnier et militant socialiste, comme il le raconte dans La Maison du peuple. (voir ci-dessous) Saint-Brieuc, c’est dans sa ville natale qu’il passera l’essentiel de sa vie, malgré quelques séjours à Paris et à Angers, quelques voyages aussi et où situera l'action de plusieurs de ses romans.

C’est au lycée Anatole Le Braz de Saint-Brieuc qu’il se lie d'amitié avec le professeur de philosophie Georges Palante (voir ci-dessous, Le sang noir). En 1917, il rencontre un autre philosophe Jean Grenier, futur professeur d'Albert Camus à Alger. L’année suivante, il occupe un poste de répétiteur au Lycée Gerson.

En 1920, il entreprend de publier quelques récits et contes dans des journaux comme Le Peuple et Ce soir. Il deviendra  pendant quelques temps traducteur, de Margaret Kennedy, de l'auteur américain Claude McKay et de John Steinbeck et se marie en 1924 avec Renée Tricoire.

Il est aussi un homme engagé, signant par exemple en 1927 une pétition dans la revue Europe contre une loi qui abroge toute indépendance intellectuelle et toute liberté d’opinion en temps de guerre. En 1935, il participe au 1er congrès mondial des écrivains antifascistes, puis devient responsable pour les Côtes-du-Nord du Secours rouge, ancêtre du Secours populaire, dont le but est d’aider les chômeurs et les premiers réfugiés espagnols.

Son œuvre majeure Le Sang noir (voir ci-dessous) est remarquée par André Gide, qui en 1936 invite Guilloux à l'accompagner dans son célèbre Voyage en URSS dont il ne fera aucun commentaire. Pendant la Seconde Guerre mondiale, sa maison de Saint-Brieuc au 13 rue Lavoisier sert à la Résistance et une résistante sera même arrêtée chez lui par la Milice. À la Libération en 1945, il devient interprète pour les tribunaux militaires américains (qu’on retrouve dans son roman O.K. Joe) et rencontre Albert Camus qui préface une réédition de Compagnons.
Il fera ensuite quelques adaptations pour la télévision des Thibault de Roger Martin du Gard puis de trois récits de Joseph Conrad, La Ligne d'ombre, La Folie Almayer et Freya des sept îles, écrira un récit Coco perdu, et publiera le premier tome de ses Carnets 1921-1944 avant de s’éteindre en octobre 1980 à Saint-Brieuc.

Guilloux et Marcel Maréchal
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La Maison du peuple est son premier roman publié en 1927 chez Grasset, autobiographique et  largement inspiré de son enfance.

Au début du XXe siècle, Louis le narrateur est le fils du cordonnier François Quéré qui prête une oreille favorable aux idées socialistes qui se diffusent parmi les ouvriers, à travers un homme comme le docteur Rébal. Son père va ainsi participer à la création d'une section socialiste qui remporte rapidement un grand nombre d'adhésions. La bourgeoisie citadine qui a peur de cette évolution, réagit en luttant contre les meneurs et les responsables syndicaux. Dans ce climat difficile, le cordonnier est bientôt privé de travail et les rivalités au sein de dans la section socialiste vont hypothéquer les chances de la gauche à l’époque des élections municipales.
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Le Pain des rêves a été publié en 1942 chez Gallimard, lauréat la même année du Prix du roman populiste.

Ce roman largement autobiographique comme le précédent, se passe un peu avant la Première Guerre mondiale dans une petite ville bretonne dans une famille pauvre les Lhotellier. Cette famille composée du grand-père, d’un jeune garçon d’une douzaine d’années et de la cousine Zabelle. Dans ce climat, le garçon est confronté aux relations complexes dans la famille et avec les voisins et il aime bien cette cousine, parente lointaine qui lui apporte une saveur nouvelle qui le sort de son quotidien.

  Sa maison à St-Brieuc, 13 rue Lavoisier
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La confrontation a été publié en 1998 chez Gallimard.
A Laval, c'est-à-dire exactement à mi-chemin entre Paris et Saint-Brieuc, les deux pôles de la vie de Guilloux, un inspecteur se livre à une étrange enquête sur un certain Gérard Ollivier.
Depuis longtemps, Louis Guilloux a envie d’écrire l’histoire d’un « détective recherchant quelqu’un qui est l’homme même qui s’est adressé à lui ». Il ajoute également, « celui-ci connaîtra indirectement son passé et ce qu’il a été dit de lui ». Cette confrontation qui donne son titre au roman, représente donc celle d’un homme avec son image publique.  Le fil conducteur repose sur un ancien journaliste que contacte un certain Germain Forestier pour enquêter sur un certain Gérard Ollivier, expliquant qu’il ne sait pas ce qu’il est advenu de lui.
Tout ceci est bien confus, Germain Forestier désirant, toujours selon ses dires, lui léguer une coquette somme mais seulement s’il en est digne. L’intrigue se noue à travers un rapport oral que le journaliste chargé de l’enquête fait à son commanditaire, qui est en fait l’auteur lui-même.

  Guilloux en 1967
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Le Sang noir a été publié en 1935 chez Gallimard. Louis Guilloux avait apposé ce bandeau lors de sa parution : « La vérité de cette vie, ce n'est pas qu'on meurt, mais qu'on meurt volé. »

Le roman se déroule sur une journée en 1917 dans une ville qui ressemble furieusement à Saint-Brieuc, sa ville natale. Son héros François Merlin, est un professeur de philosophie qu’on surnomme Cripure, d’après le titre « Critique de la raison pure » d’Emmanuel Kant qu’il cite constamment.  

Si Cripure est un homme intelligent, il pointe le ridicule et la bêtise de ses concitoyens. Cet homme qui a connu une certaine notoriété suite à quelques ouvrages érudits, dont un sur le philosophe local Turnier qui s'est suicidé, est moqué par ses élèves et beaucoup de gens de sa dégaine et de son physique. C’est son ami le philosophe Georges Palante qui a inspiré à Guilloux son personnage, Palante qui lui aussi souffrait d’une maladie dégénérative et se suicidera en 1925.

Il partage la vie de Maïa, grosse et assez sotte et, dans le désordre de son bureau dominé par l’odeur des chiens, il pense un grand roman qu’il rêve d'écrire, songeant sans cesse à Toinette qu’il a tant aimée mais qui l’a quitté. La nuit, son sommeil est parfois perturbé par une voix féminine qui lui demande : « pourquoi as-tu envie de pleurer ? »

Cripure a un "ennemi", un professeur nommé Nabucet qui le déteste, le jalouse pour sa notoriété passée. Il fayotte et parvient à organiser au lycée une cérémonie de décoration de la femme du député, avec tout le gratin de la ville.
Ils en viendront à se provoquer dans un duel sans merci dans lequel Cripure perdra la vie. Agonisant, il est transporté à travers la ville dans une attitude grotesque et dégradante jusqu’à l’hôpital, escorté par deux agents cyclistes, tandis que la foule le long du parcours répète cette nouvelle incroyable : « C'est Cripure ! Cripure est mort ! »








Louis Guilloux (à droite) au Secours populaire


* Voir aussi ma fiche
Albert Camus entre Louis Guilloux et Jean Grenier
Albert Camus, correspondance, centenaire


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