jeudi 12 février 2015

Nordahl Grieg Aventures et littérature

La vie aventureuse de Nordahl Grieg mériterait à elle seule de se métamorphoser en une romantique saga d'un héros digne de désirs auxquels il a toujours su donner corps, donnant à ses rêves la substance du réel. Rien ne le prédisposait à la vie que finalement il choisira. Il est issu d'un milieu bourgeois, étudie à l'Université du roi Frédéric et est le frère du puissant éditeur norvégien Harald Grieg. Il se mariera avec une actrice alors célèbre Gerd Egede Nissen.

alt=Description de l'image Nordahl Grieg.jpg.    Nordahl Grieg

Lointain parent du compositeur de Peer Gynt, Edvard Grieg, né comme lui à Bergen en 1902, Nordahl Grieg se fit d'abord connaître comme poète chantant les beautés de son pays. Il vagabonde ensuite, parcourt le monde toujours avide de voir et de connaître, « marin puis journaliste en Chine pendant la guerre civile entre le Kuomintang et les communistes » indiquent certaines biographies. Son périple en Russie entre 1933 et 1935 le fit communiste. De retour en Norvège, il défend la politique de Staline et devient président des Amis de l'Union soviétique. il poursuit son action, écrivant une célèbre défense pour les procès de Moscou, ainsi que de nombreux articles, dénonçant les partisans de Léon Trotsky qui vécut en Norvège entre 1937 et 1939.

Il poursuit par l'Espagne en 1937 pendant une autre guerre civile et il finit en héros, brillant correspondant pendant la Seconde guerre mondiale, abattu par les allemands au-dessus de Berlin en 1943, après avoir convoyé l'or de la Banque de Norvège en Angleterre dans des conditions dignes d'un récit de London ou du roman Redburn d'Herman Melville.
Ainsi, il fut de ces hommes qui eurent une vie courte et bien remplie. 

   Le navire poursuit sa route         
                                                Nordahl et son frère Harald en 1922


Il a écrit d'un de ses amis mort à la guerre ce qu'il aurait pu dire de lui-même : « La haine, la misère, la torture poussent certains contre l'oppresseur, / Mais toi tu fus poussé par le bonheur. » Il va connaître le succès avec son roman Le navire poursuit sa route [1] que l'écrivain Malcolm Lowry portait aux nues, écrivant qu'il y voyait « une oeuvre effroyable, à vous faire dresser les cheveux sur la tête, une sorte de Moby Dick qui décrirait moins les baleines que le destin d'individus bien en vie... » [2]

    Grieg en Espagne en 1937

Malcolm Lowry, enthousiaste, s'embarque en 1930 comme soutier sur un bateau pour la Norvège afin d'y rencontrer Nordahl Grieg, cet écrivain dont le roman la tant bouleversé. C'est en quelque sorte son bon ange à qui il se confie, à qui il écrira pour clarifier sa vision de la littérature, lui avouant également en 1938 à propos d'un de ses propres romans Ultramarine, sur la vie en mer : « La majeure partie d'Ultramarine n'est que paraphrase, plagiat ou pastiche de votre oeuvre.» [3] Malcolm Lowry n'est pas le seul à avoir été influencé par Nordahl Grieg. La défaite, pièce sur la Commune de Paris a largement inspiré à Bertold Brecht sa pièce intitulée Les jours de la Commune parue en 1949.

 De ses deux années passées en Angleterre, il rapportera un recueil des traductions et des essais consacrés aux grands poètes anglais qu'il admire et prématurément disparus. Ce recueil prémonitoire paru en 1937 sous le titre "Ceux qui meurent jeunes" regroupe ses hommages à Keats, Shelley et lord Byron en particulier. Malcolm Lowry, toujours admiratif, écrira à son tour écrira à son tour sur les trois grands romantiques de la poésie anglaise.

Cette idée de disparaître tout à coup encore jeune après une courte vie bien remplie, devait hanter cet aventureux casse-cou, lui qui mourra à l'âge de 41 ans dans le panache de fumée de son avion abattu près de Berlin en 1943.
  Avec sa femme Gerd Egede Nissen à Londres en 1940

Notes et références
[1] Nordahl Grieg Le navire poursuit sa route Traduit du norvégien par Hélène Hilpert et Gerd de Mautort, revu par Philippe Bouquet. Les Fondeurs de brique, 172 pages, 1924
[2] Lettre de Malcolm Lowry à David Markson de 1951
[3] Lettre de Malcolm Lowry à Nordahl Grieg de 1938

Bibliographie
* Le navire poursuit sa route (roman, 1924),  Jours chinois, Été espagnol (recueil d’articles, 1937),  La Norvège dans nos cœurs (recueil de poèmes, 1929)
* Mais demain..., trad. de Henri Fer, Paris, Éditions sociales internationales, 1937, 112 pages

* Son ami le romancier anglais Graham Greene a publié un essai biographique sur Nordahl Grieg, certaines scènes provenant de scènes que filma Grieg dans le chalet de Greene à Chipping Campden dans le Gloucestershire en 1931.
* Info

* Voir aussi mon article sur Malcolm Lowry

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