jeudi 12 février 2015

Talleyrand et Fouché La confrontation

Talleyrand et Fouché : « Le vice appuyé sur le bras du crime. » (Chateaubriand)

Beau défi pour l'auteur Jean-Claude Brisville que de mettre face à face les deux grands fauves de la politique française de ces années troublées qui vont de la Révolution à la Restauration, les deux revenants qui ont réussi à survivre aux soubresauts qui ont jalonné cette époque, y compris à la grande faucheuse de la Terreur qui a sévi en 1793-94 jusqu'à la chute de Robespierre.

Spectacle LE SOUPER AVEC NIELS ARESTRUP ET PATRICK CHESNAIS                                        Image pour Brisville
Théâtre de La Madeleine janvier/février 2015        Jean-Claude Brisville

Leur présentation par l'écrivain Stefan Zweig n'en est que plus intéressante : «Fouché et Talleyrand, ces deux ministres de Napoléon les plus capables de tout, sont les figures les plus psychologiquement intéressantes de cette époque. Tous deux sont des cerveaux clairs, positifs, réalistes. Tous deux sont passés par l'école de l'Eglise et par la brûlante école supérieure de la Révolution. Tous deux ont le même sang-froid dénué de toute conscience pour ce qui est de l'argent et de l'honneur. Tous deux servent avec la même infidélité, la même absence de scrupules, la République, le Directoire, le Consulat, l'Empire et la monarchie. »







Chesnais & Arestrup dans Le Souper

Patrick Chesnais et Niels Arestrup nous en offre en cette année 2015 une nouvelle version, un affrontement au sommet de l'État au moment où le rôle de l'État est en question et se pose en problème de société. Au-delà des contrastes, des caractères de chacun, reste cet écart irréductible, cette incommunicabilité entre Fouché un homme sorti des rangs du peuple, qui va gravir au prix de reniements, les marches du pouvoir jusqu'à apparaître pour certains l'homme du recours et Talleyrand, un grand seigneur de l'Ancien régime, rejeton d'une des plus importantes familles de l'aristocratie.

D'un point de vue historique, nous sommes entre la défaite de Waterloo, l’exil de Napoléon et le Congrès de VienneTalleyrand va montrer tout son talent de diplomate et de négociateur retors. Le général Wellington et ses troupes occupent Paris, le pouvoir est vacant et la révolte n'est pas loin. Dès lors, se pose la question, puisque le pouvoir a horreur du vide, du régime à instaurer, même si les Alliés (et leurs armées) sont décidés à imposer une Restauration à leur goût.

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Suzanne Flon dans L'antichambre       Mesguich père & fils en Descartes et Pascal

Pour Jean-Claude Brisville, la scène du "souper" se déroule le soir du 6 juillet 1815 à minuit, dans l'hôtel particulier de Talleyrand (connu aussi sous le nom d'hôtel de Saint-Florentin), pour y discuter des affaires du pays (et, en hommes avisés, de leurs propres affaires). Ceux qu'on a parfois appelés les « faiseurs de rois », doivent absolument trouver un compromis, Fouché penchant plutôt pour la République, Talleyrand pour le retour des Bourbons. Pour parvenir à ses fins, Talleyrand a besoin de Fouché qui a alors une position bien assise comme président du gouvernement provisoire, contrôlant du même coup la ville de Paris.

Sur le plan politique, ils savent en bons animaux politiques qu'ils se neutralisent. Sur le plan personnel, ce n'est pas tant le pouvoir suprême qui les intéresse que tous les avantages -et ils sont considérables- qu'ils pourraient tirer de la situation. Même s'ils se détestent, et Brisville imagine des scènes d'une grande violence entre les deux hommes, ils savent parfaitement qu'ils sont condamnés à s'entendre.

Derrière la trame historique des événements propres à cette époque tourmentée, se profile pour l'auteur le thème majeur de l'art de négocier, de se sortir de situations des plus délicates, l'attaque personnelle ou la mise en cause, la haine même qu'on se porte ne sont pas des conditions assez puissantes pour empêcher qu'on trouve des points d'appui qui permettent d'imaginer une issue par un compromis, même s'il est toujours fragile et provisoire.

Camus de Jean-Claude Brisville          

En complément

L'auteur Jean-Claude Brisville
Outre un essai sur Albert Camus intitulé simplement Camus, dont il fut aussi le secrétaire, Jean-Claude Brisville a écrit plusieurs pièces de théâtre dans la veine du Souper où il met face à face deux personnages historiques.
Il traitera également de cette façon René Descartes et Blaise Pascal, opposant la fièvre certitude de la foi aux arguments de la raison dans L'Entretien entre M. Descartes avec M. Pascal le jeune, la vieille marquise du Deffand défendant ses valeurs face aux idées plus modernes de sa jeune nièce Julie de Lespinasse dans L'antichambre ou le destin tragique de l'empereur Napoléon face à l'étroitesse d'esprit de Hudson Lowe dans La dernière salve.

Le contexte historique
* Le 18 juin 1815, l'armée française est vaincue à Waterloo.
* Le 20 juin, l'empereur rentre à Paris. Deux jours plus tard, il abdique en faveur de son fils. La Chambre et les Pairs nomment Fouché, président du gouvernement provisoire.
* Le 24 juin, Louis XVIII rentre en France. Talleyrand est à ses côtés.
* Le 29 juin, Napoléon quitte Paris. Les vainqueurs de Waterloo occupent la capitale.
* Le 5 juillet, en présence de Wellington, Talleyrand et Fouché sont en conférence à Neuilly.
* Le 7 juillet au soir, à Saint-Denis, Joseph Fouché prête serment au roi, sous la bénédiction de Talleyrand.
* Le 8 juillet, Louis XVIII redevient roi de France.


Le prince de Talleyrand

Les personnages
* Talleyrand : prince de Bénévent et ministre des Affaires extérieures sous le Premier Empire
* Joseph Fouché : duc d'Otrante et ministre de la police dans plusieurs gouvernements
* Jacques, valet de M. de Talleyrand et Jean, valet de M. de Talleyrand.

Fouché en duc d'Otrante

Première représentation
* Le spectacle est créé le 20 septembre 1989 au théâtre Montparnasse
* Mise en scène : Jean-Pierre Miquel, décors : André Acquart, costumes : Pierre Dios
* Personnages et interprètes : Claude Rich (Talleyrand), Claude brasseur (Fouché), Laurent Rey (valet Talleyrand) et Serge Krakowski (valet Fouché)
* Il a reçu le Molière du théâtre privé en 1991 et a été nommé au Molière de l'auteur.
* Adapté au cinéma en 1992 par Édouard Molinaro

Voir aussi mes fiches biographiques sur Fouché
* Joseph Fouché par Stefan Zweig
* Joseph Fouché par jean Tulard
* Fouché le doubl jeu par Alain Castelot
* Joseph Fouché, biographies comparées

< Christian Broussas – Le Souper - Carnon, 10 février 2015 - © • cjb • © >

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