mardi 3 février 2015

Tina Modotti Une femme du monde


Tina Modotti artiste, femme et militante

    
Tina Modotti, une femme à facettes. Si elle reste surtout connue comme photographe, elle fut aussi au cours d’une vie courte mais très romanesque, une actrice du cinéma muet comme par exemple The Tiger’s Coat, film de 1920 dont elle est l’héroïne, réalisé par Roy Clements, elle joue le rôle d’une servante mexicaine qui a usurpé l’identité de sa maîtresse écossaise décédée pour sortir de la misère.

Cette italienne née en 1896 dans le nord-est du pays, passa une grande partie de sa vie au Mexique et fut autant femme qu’artiste et militante. C’est son père qui la fait venir auprès de lui à San Francisco après des années de misère en Italie  où elle travaille dès l’âge de 13 ans dans une fabrique de soie pour aider sa famille à survivre. Aux États-Unis, elle devient rapidement mannequin pour un grand magasin, avant de se tourner un temps vers le théâtre et l’opérette.

Tina Modotti y Edward Weston    Tina et Edward Weston

Tout s’enchaîne alors pour elle. Elle va avoir la chance d’être remarquée par un producteur de cinéma qui l’emmène à Los Angeles ou elle fait l’actrice et surtout fait la connaissance d’un photographe reconnu Edward Weston, qui deviendra rapidement son amant. C’est avec lui qu’elle s’initie à la photographie et part s’installer au Mexique où elle va devenir l’amie de Frida Kahlo, Diego Rivera –c’est chez elle qu’ils vont se rencontrer-  ou encore Pablo Neruda, B. Traven ou Vladimir Maïakovski. Elle se fait remarquer par un non conformisme, fumant la pipe et la première à porter des jeans à Mexico.

Tina Modotti Frida Kahlo Tina modotti frida kahlo tina    
Tina et Frida avec Trotski            Nu de Tina par Edward Weston

Devenue photographe dans ce Mexique post révolutionnaire qui bouillonne de multiples évolutions, elle se fait un nom avec ses clichés réalistes de gens du peuple ou destinées à « jouer un rôle dans la révolution sociale. » Dans une "biographie graphique", Angel de la Calle retrace sa vie, délaissant la photographie pour se donner au combat politique jusqu’à se faire "agente secrète" du Komintern.
Tina Modotti se trouva ainsi au cœur des bouleversements qui ont marqué la première moitié du XXe siècle — de Mexico à Berlin en 1930, de Moscou au temps du stalinisme à Madrid en 1936 au temps de la guerre civile. Elle est selon l’écrivain Paco Ignacio Taibo II « un grain de sable qui raconte le désert. »

Tina Modotti Frida Kahlo Tina modotti e frida kahlo   Tina Modotti et Frida Kalho (à droite)

Dans le tourbillon du siècle
Le tourment de Tina Modotti, c'est de parvenir à concilier la photographie et son engagement politique. Elle veut s’effacer devant son sujet, suggérer par le sujet, la pose et le cadrage de l’image la condition de l'hom­me et son environnement, rester simple et efficace. « J'essaye de réaliser non de l'art mais d'honnêtes photographies », disait-elle avec modestie. On lui reconnaît en particulier la pureté de compositions rejoignant l'abstraction, comme on peut le voir dans les arches du couvent de Tepotztlán ou les formes géométriques reflétant des motifs floraux.

En tout cas, ce rapide succès dans la photographie l’éloigne de son art et l’incite à s’engager aux côtés du Parti communiste mexicain pour lutter contre les inégalités qui font encore problème vingt-cinq ans après la Révolution. Désormais, son appareil devient une arme pour dénoncer avec réalisme la misère ou par exemple célébrer la fierté des femmes de Tehuantepec, zoomant souvent sur une image choc comme ces mains de femmes faisant la lessive ou ces pieds d’hommes déformés.

L’identification peut alors se faire sur la connivence entre le sujet et l’œil de celui qui regarde.
Elle aura dès lors a vie difficile et errante d’une révolutionnaire qui ne trouve sa place nulle part. Au Mexique, sa vie devient impossible, la police la brutalise, l’accuse du meurtre de son amant, un révolutionnaire cubain, on veut la déconsidérer en diffusant les nus pris par Weston, la presse la traite de « femme de petite vertu » et elle est finalement expulsée du pays en 1930. Elle va alors errer en Europe, d’abord à Berlin puis à Moscou puis en Espagne où elle rejoint les rangs des républicains, se liant d'amitié avec des écrivains comme Malraux, Hemingway et Dos Passos.
Mais elle n’y croit plus vraiment. Même Robert Capra ne pourra la convaincre de revenir à la photographie.

             
Julio Antonio Mella en 1928     Avec Vittorio Vidali

En 1939, c'est la débandade en Espagne et, après un passage à New York en avril, où est refoulée, elle revient à Mexico avec Vidali. Elle s'éloigne alors du Parti communiste et reprend peu à peu contact avec les amis qui lui restent dans le pays, surtout après l'annulation de son ordre d'expulsion, mais après l'arrestation de son compagnon Vittorio Vadali soupçonné d'avoir participé au meurtre de Léon trotski, elle craint pour sa vie et ne quitte plus guère sa demeure.

Après avoir passé le réveillon de la saint-Sylvestre chez le poète chilien Pablo Neruda, elle meurt d’une crise cardiaque dans un taxi qui la ramène chez elle le 6 janvier 1942. Ultime hommage de Pablo Neruda qui lui dédie une élégie, gravée sur sa tombe, se terminant par ces mots : « ton cœur était brave ».

   
Quelques photos de Tina Modotti

Aventures et communisme : Tina Modotti dans l'entre-deux-guerres


En 1928, Tina Modotti est amoureuse; elle vit avec Julio Antonio Mella, jeune révolutionnaire cubain en exil abattu dans la rue un soir alors qu'elle est à ses côtés : crime politique exploité à fond par le gouvernement contre les communistes, présenté comme un crime passionnel. Elle sera alors victime d'un véritable harcèlement, on dévoile les photos de nus que Weston a réalisées, sa réputation est salie aussi bien auprès des milieux communistes que de sa clientèle huppée qui la considère comme une  « communiste dépravée ».
Même après son acquittement, toute cette affaire la laisse meurtrie et renforce sa conviction du nécessaire changement social et maintenant, écrit sa biographe Margaret Hooks, « un zèle nouveau la poussait à suivre les traces de Mella. »

Elle s'engage alors dans le photojournalisme, montrant par exemple les violences policières lors d'une manifestation d'un 1er mai. A cette occasion, sa technique évolue aussi : à la précision de l’image esthétique succède la photo "prise sur le vif", efficace et réaliste, ce qu'elle nomme  des « instantanés parfaits. » Malgré une reconnaissance internationale unanime pour ses talents de photographe, elle est toujours sous surveillance de la police secrète et  harcelée par la presse, au début de 1930, elle est arrêtée et expulsée

Elle part en Europe avec un ami italien Vittorio Vidali, en fait un agent soviétique. Après un crochet par Berlin où elle ne s'acclimate pas, elle le rejoint à Moscou où elle s'aperçoit rapidement, dépitée, que sa conception de  la photographie ne correspond pas du tout aux contraintes du "réalisme socialiste stalinien".

Son engagement pendant la guerre d'Espagne

 

Ne se sentant à l'aise ni à Berlin, ni à Moscou, elle décide d'aller continuer en Espagne son combat contre le fascisme en travaillant pour le Secours rouge international. Sous différents pseudonymes, elle sillonne plusieurs pays à régime fasciste pour aider les familles des prisonniers politiques. Au début de la guerre, elle est à Madrid avec Vidali. Lui, participe à la défense de Madrid contre les franquistes et elle s'occupe de l’aide internationale à la république et de l’évacuation des enfants de Madrid et Valence vers Barcelone. Elle se dépense sans compter, prenant une part importante dans la protection de Dolores Ibárruri, présidente du Parti communiste espagnol puis de l’organisation du SRI et de l’évacuation vers l’étranger des orphelins de guerre.

Bibliographie
* Lettres à Edward Weston 1922–1931
, édition Valentina Agostinis, traduit de l'anglais par Béatrice Vierne, Anatolia éditions, Paris, 1995, ISBN 2-909848-20-5
* Margaret Hooks, Tina Modotti. Amour, art et révolution, Anatolia éditions, Paris, 1995, ISBN 2-909848-19-1
* Pino Cacucci. "Tina". Feltrinelli, Milano, 2005
* Elena Poniatowska, Tinisima, Edition Era, 1992, Mexico, version française aux Editions L'atinoir 

* Voir aussi 
* Ma fiche sur Lou Andréas-Salomé, Alfonsina Storni --
* Mon site "Portraits de femmes" 

       << Christian Broussas - Modotti - Carnon, 3/02/2015 © • cjb • © >>

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