lundi 26 octobre 2015

Les écrivains algériens et l'islam

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           Assia Djébar 

Les écrivains franco-algériens sont décidément à l’honneur. Kamel Dadoud faillit obtenir le prix Goncourt pour son roman Meursault, contre-enquête en 2014, roman qui évoque les déboires entraînés par la politisation de l’Islam en Algérie.


 Cette année 2015, c’est  Boualem Sansal, candidat malheureux, qui semblait le mieux placé pour obtenir le Goncourt. Sensal jouit d’une notoriété internationale puisqu’il a déjà été lauréat d’une douzaine de prix littéraires. Son dernier roman "2084, la fin du monde" est une troublante fable "orwellienne" sur fond de dictature islamiste où il pourfend les despotes et des obscurantistes, soutenant que « le politiquement correct, cancer du monde, gagne les esprits. Il est nourri par la peur de l'islam et du monde musulman. »

Écrivains restés peu connus du grand public jusqu’à présent, ils succèdent opportunément à l’écrivaine franco-algérienne, membre de l’Académie française Assia Djébar. À plusieurs reprises, son nom avait été cité pour le prix Nobel de littérature mais malheureusement, elle est décédée cette année en février 2015.  Écœurée par les tendances autoritaires du régime et « le retour d’une terreur meurtrière » dans son pays, elle a résidé aux États-Unis où elle enseigna et surtout en France. Elle a dit dans une interview « J’écris, comme tant d’autres femmes écrivains algériennes avec un sentiment d’urgence, contre la régression et la misogynie. »

Outre les aspects purement littéraires, ces écrivains « algériens » ont toujours eu une vision critique du rôle de la religion et condamné fermement les dérives et les formes radicales de l’Islam

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La remise en cause du rôle de l’Islam dans les pays arabes a valu à Kamel Dadoud d'être frappé d'une fatwa par un imam salafiste prônant son exécution pour avoir « mis le Coran en doute ainsi que l'islam sacré… »


Boualem Sansal quant à lui a précisé comment il conçoit le rôle de l’écrivain : « Je fais de la littérature, pas la guerre… La littérature n'est pas juive, arabe ou américaine, elle raconte des histoires qui s'adressent à tout le monde. »

Son livre Poste restante, Alger, censuré dans son pays lui a valu des menaces et des insultes, même si malgré tout il a décidé de rester en Algérie. Dans Harraga, il est particulièrement critique envers le pouvoir algérien dénonçant l'argent du pétrole accaparé par une minorité qui laisse le peuple dans la misère et les jeunes s’exiler. En 2008, dans son roman Le village de l’Allemand, il établit même un parallèle entre islamisme et nazisme.

  
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         Boualem Sansal

En juin 2011, il obtient le prix de la paix des libraires en Allemagne pour, dit le jury, la manière dont « il critique ouvertement la situation politique et sociale de son pays ». 


Boualem Sansal s’est fait remarquer par ses prises de position tranchées envers toute forme de religion et d’abord l’islam : « La religion me paraît très dangereuse par son côté brutal, totalitaire. L'islam est devenu une loi terrifiante, qui n'édicte que des interdits, bannit le doute, et dont les zélateurs sont de plus en plus violents. Il faudrait qu'il retrouve sa spiritualité, sa force première. Il faut libérer, décoloniser, socialiser l'islam. »


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Il faut également rappeler que les intellectuels algériens et les écrivains en particulier ont payé un lourd tribu à leurs convictions, et certains comme l'écrivain et journaliste Tahar Djaout, les sociologues Mhamed Boukhobza et Rabah Stambouli, le grand dramaturge Abdelkader Alloua ou le poète berbère, Matoub Lounès l’ont payé de leur vie, il n’y a guère que Rachid Mimouni qui en ait réchappé.

Kamel Daoud : interview à France-inter, mai 2015 
A une question sur "l’autocensure pratiquée dans les médias français sur la question de l’islamisme par peur de représailles ou lâcheté intellectuelle",Kamel Daoud, qui fait l’objet d’une fatwa, a fait cette réponse sur l'absence de réalisme de la société française : « L’islamisme est le nouveau totalitarisme de notre siècle donc il pèse par la peur, par l’oppression, par la violence, par le meurtre. En Algérie, la dernière polémique visait une étudiante exclue parce qu’elle portait une jupe trop courte. En France, on a le contraire, une jupe trop longue. C’est assez symptomatique du siècle et de ces “maladies”.

En France, j’ai été frappé du fait que vous n’arrivez pas à redéfinir facilement les choses : qu’est-ce que la liberté, qu’est-ce que dessiner, qu’est-ce que la laïcité. Vous avez une élite qui jacasse beaucoup mais qui est incapable de définir la liberté pour un écolier de 15 ans... Vous avez une collection de tabous extraordinaires. Je me sens beaucoup plus libre paradoxalement quand j’exerce mon droit d’intellectuel en Algérie qu’ici ». 


Boualem Sansal : interview sur LCI, septembre 2015

«  Chaque fois que j'écris un livre, je reçois beaucoup de menaces, des lettres, des appels téléphoniques, des SMS... J'ai déjà eu droit à une fatwa émise par le Hamas palestinien quand je me suis rendu à Jérusalem pour participer à un festival de littérature...

J'étais un haut fonctionnaire, j'enseignais avec une grande conviction, je faisais mon travail au ministère avec une certaine compétence et beaucoup d'engagement parce que je crois au développement, à la prospérité, qui aident les peuples à se construire. Et l'islamisme est arrivé, comme l'humidité, a pénétré tout le pays. Et ça a déstabilisé mentalement, culturellement, philosophiquement, politiquement le pays. Ça a dégénéré en une guerre civile qui se poursuit encore sous d'autres formes, moins violentes, mais elle se poursuit... J'ai été limogé, je me suis retrouvé chômeur, vivant sur le salaire de ma femme, enseignante, très mal payée. Ensuite, on a déclenché contre moi toute une mécanique pour me détruire. 


Vous pouvez aussi consulter mes articles consacrés à :
* Assia Djébar -- Kamel Dadoud et Yasmina Khadra --
 
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