Ce n’est pas d’aujourd’hui que des suspicions existent contre le Front national en matière d’évasion fiscale et de manipulation financière. En 2015, Médiapart avait déjà mis au jour ces pratiques, la cellule de renseignements financiers Tracfin et le parquet de Nanterre avaient pris le relais sur des suspicions de compte bancaire Jean-Marie Le Pen, caché en Suisse.

Aujourd’hui, l’affaire est plus grave et touche des proches de Marine Le Pen qui auraient utilisé, pour le compte du Front national, des sociétés écrans et des fausses factures pour sortir de l’argent de France. Le journal Le Monde parle d’un  « système offshore sophistiqué. » Un système de dissimulation d’avoirs financiers où l’on voit certains de ses proches se balader entre Hongkong, Singapour, les îles Vierges britanniques et le Panama, ce que le journal Libération appelle "des escapades offshore".
Pas vraiment des voyages d’agrément. 


Marine Le Pen.

Faire sortir de l’argent de France

Ce système de sociétés-écrans et de fausses factures a été  instauré spécialement « pour échapper aux services antiblanchiment français », poursuit Le Monde. Cette analyse s’appuie notamment sur des documents du cabinet d’avocats panaméen Mossack Fonseca qui pointe le rôle de l’expert-comptable Nicolas Crochet et de l’homme d’affaires Frédéric Chatillon qui dirige la société Riwal qui effectue des prestations de communication pour des candidats Front national. Déjà en 2011 les deux compères furent accusés d’avoir "exporté" 316 000 euros de Riwal hors de France à partir d’une société écran Time Dragon de Hongkong dont le siège international est aux îles Vierges britanniques, ceci  via la firme panaméenne Mossack Fonseca.

Le système a des prolongements vers une société hongkongaise appartenant au frère de Nicolas Crochet, Ever Harvest Garments, qui aurait réalisé des transferts de fonds basés sur des fausses factures pour payer des factures de Rassemblement Bleu Marine pour les législatives.

  Frédéric Chatillon vers 1995

 

L’ex majordome de Jean-Marie Le Pen également visé

Du côté de Jean-Marie Le Pen, c’est aussi l’imbroglio avec Gérald Gérin, son ancien majordome qui a reconnu être l’ayant droit depuis 8 ans du trust Balerton Marketing, société écran liée aussi au cabinet Mossack Fonseca.
D’après les registres, cette société a été créée sur l’île de Tortola avec un avocat suisse comme représentant et un compte en banque à Guernesey.
(« Le magot de Balerton se répartit en 97 000 euros en billets, 854 000 euros de titres plus 26 lingots et des pièces d’or » affirme Le Monde).

Quoi qu’il en soit, les magistrats ont entre les mains de nombreux éléments qui leur permettent d’établir un lien entre les époux Le Pen et les avoirs de Balerton Marketing Ltd , dont Gérald Gérin est l’ayant droit.
À suivre…

* Voir aussi mon article Front national : discours et réalité --
* Lire aussi l'article des Echos --


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