mardi 9 mai 2017

Henri Troyat, Guy de Maupassant

Référence : Henri Troyat, Guy de Maupassant Grandes biographies, éditions Flammarion, 284 pages, 1989

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Maupassant     sa mère Laure Le poittevin        Henri Troyat


Que dire de l’homme Maupassant ?
Troyat en fait une description rapide qui en donne une bonne idée : « Multiple et insaisissable, aussi fier de ses muscles saillants que de sa plume féconde, de sa rudesse terrienne que de ses succès de salon, de ses débordements sexuels que de son refus des honneurs, Maupassant réunit tous ces hommes en un seul. »

Il est partagé entre la débauche, le sport et l’écriture. Anti bourgeois et fonctionnaire.

Cet homme traversé par de nombreuses contradictions qui donnent une couleur  particulière à ses écrits, accents eux-aussi contradictoires faits de cynisme et de tendresse, de violence des situations et d’élégance du style. Ce génie à la fois solitaire et de bonne compagnie, affichait aussi une santé  éclatante alors que, dans l’intimité, il était parfois souffreteux, sujets aux névralgies oculaires, déjà miné par la syphilis qui allait l’emporter. 

Un homme aux multiples facettes, difficile à cerner, difficile à émouvoir aussi, comme si son pessimisme foncier sur la nature humaine provoquait en lui une retenue, aussi envers ses confrères écrivains –même Émile Zola et Edmond de Goncourt qui l’évoquera à plusieurs reprises dans son journal- dont les gueuletons littéraires finissent par le fatiguer, que les femmes, femmes du monde qui l’irritent, modistes et grisettes qui ne servent qu’à le distraire.

La famille, pas davantage : son frère Hervé, « un fruit sec », un père mou et jouisseur dont il s’éloigne assez rapidement. Reste la mère, impossible, qui a les défauts de ses qualités, une mère possessive amoureuse de son fils. Il en résulte bien sûr des relations, avec des hauts et des bas. Il s’en rapprochera quand même quand il fera construire une maison de campagne à  Étretat où elle s’est retirée.

                

Une seule exception à cette indifférence : ce père spirituel qui l’a tant aidé dans ses débuts, un "pays" ami de sa mère dont il admirait également l’œuvre : Gustave Flaubert. Chaque qu’il est attaqué –surtout pour les sujets qu’il aborde- c’est vers lui qu’il se tourne pour l’aider par sa plume, par les amis qu’il peut mobiliser pour défendre cet élève qui lui paraît si doué. Sa mort sera un crève-cœur et il aura du mal à s’en remettre. Mais quand même, Flaubert aura la joie d’assister au succès de Boule de suif, sa première nouvelle à recevoir la consécration.

     

Son œuvre est indéniable. Beaucoup de recueils de nouvelles qui ont fait son succès, pas moins de 27 ouvrages publiés en dix ans. Après Boule de suif, il publiera ensuite d'autres grands succès comme La maison Tellier, Mademoiselle Fifi, Les contes de la bécasse tout en réussissant ce qui lui tient à cœur, passer de la nouvelle au roman. Suivront ainsi Une vie, Bel ami puis Pierre et Jean en 1887.
Une courte vie cependant : vivre intensément et mourir jeune.

Pourtant, il a été longtemps un fonctionnaire, attaché à son salaire, à la sécurité alors qu'il met sa vie en danger en refusant de soigner sa maladie vénérienne.
On a peine à cerner cet homme qui passait ses dimanches à canoter, organisait des "orgies burlesques", barrait son superbe bateau sur la Méditerranée, qui se retirait, solitaire et secret, pour écrire cette
œuvre d'un réalisme brutal qui refusera toujours d'être incluse dans le courant naturaliste.

        

Après un long séjour à Cannes, il partage son temps entre Paris et Étretat, publiant en quelques mois  deux recueils Miss Harriett et Les soeurs Rondoli, une longue nouvelle Yvette et en octobre 1884 son roman Bel Ami, dont il aurait pu dire de son héros Georges Duroy comme son maître Flaubert : « Georges, c'est moi. » [1]

Mais celui qui fut un jeune homme sportif, un "tombeur", arrivé à la quarantaine, souffre de graves névralgies qui vont rapidement l'empêcher d'écrire. Son dernier roman L'Angélus restera inachevé. Ni les cures à répétition, à Divonne-les-bains ou ailleurs, ni ses séjours sur la Côte d'Azur et même en Afrique, ni le cabotage sur son bateau Bel-Ami II n'ont d'effets. Peut-être cette rapide dégradation  est-elle hétréditaire, entre l'instabilité de sa mère et la folie de son frère Hervé interné à Bron dans la banlieue lyonnaise, peut-être vient-elle d'une maladie vénérienne contractée dans sa jeunesse ? En tout cas, il faudra comme son frère, l'interner dans la clinique parisienne du docteur Blanche.

[1] Bel Ami selon Troyat
« Son héros Georges Duroy est un jeune et aventureux aventurier sans le sous. Avec sa moustache, sa belle prestance, son ascendance normande, son athéisme, son pouvoir de captation et son mépris de l'amour, il apparaît comme une caricature de l'auteur... Contrairement à lui, c'est un roué sans scrupules qui fait écrire ses premiers articles par sa maîtresse. Il se servira cyniquement des femmes... pour assurer sa carrière. Il y parviendra en 3 trois, cumulant honneur, bonnes fortunes et argent. En cours de route, Maupassant évoquera... les affaires coloniales, les manœuvres des requins de la haute finance, les sordides rivalités des plumitifs, le rôle des femmes dans une société qui prétend les tenir en lisière. [...] L'amour physique au service de la corruption, du chantage et du trafic d'influence. On mange, on boit, on couche, on se promène en calèche... on va s'aérer à la campagne... avec une seule obsession : réussir en écrasant les autres. »


     

Le Horla selon Troyat 
Ce roman serait né d'une discussion avec son ami Porto-Riche sur un sujet alors à l'ordre du jour avec les travaux de Charcot à la Salpêtrière. Maupassant y analyse « le cheminement de la folie chez un homme dépossédé peu à peu de son identité.» Chacun porte en lui un "hors-soi" comme l'a vécu l'auteur à plusieurs reprises. Sous forme de Journal, on suit la progression du mal, quand il va jusqu'à mettre le feu à sa maison et qu'il pense au suicide. « Maupassant y affirme son nihilisme face à un univers incompréhensible; en l'écrivant, il sait qu'il s'est délivré provisoirement de ses propres idées fixes. » 

Repères bibliographiques 
* On peut aussi se reporter aux deux autres biographies de Troyat sur Flaubert et Zola, qui se complètent, ainsi qu'à des livres de souvenirs comme Amitiés amoureuses et En regardant passer la vie de son amie Hermine Lecompte du Noüy ou le témoignage de son secrétaire François Tassart Souvenirs sur Guy de Maupassant et Nouveaux souvenirs intimes

* Le Journal  des Goncourt qui aborde les liens entre Maupassant, Flaubert et Zola.
* Albert Lumbroso, Souvenirs sur Maupassant.


Christian Broussas –Maupassant - 09/05/2017 • © cjb © >

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