Affichage des articles dont le libellé est Auteurs classiques. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Auteurs classiques. Afficher tous les articles

vendredi 7 novembre 2025

Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac

« Cyrano est un personnage qui échoue et évoque chez chaque spectateur la part d'échec qu'il recèle. » Libération

           

Fil conducteur
- Provoqué par un snob, Cyrano se moque de lui et surtout de son nez. Quant à séduire la belle Roxane, vaut mieux oublier, elle aime Christian, un beau cadet de Gascogne qui manque d’esprit.
Une idée lui vient : "Je serai ton esprit, tu seras ma beauté", propose-t-il à Christian. Jeu dangereux peut-être. Christian sent bien que Roxane aime un Cyrano qui manque de confiance en lui.
- Quinze ans plus tard, Roxane, toujours amoureuse de Christian, s'est retirée dans un couvent où Cyrano lui rend visite une fois par semaine. Ce jour-là, Cyrano est tombé dans un attentat et arrive au couvent blessé à la tête.

- La fin : Christian meurt au siège d'Arras
à Cyrano continue d'écrire à sa place et Roxane se retire dans un couvent. Quelques années plus tard, Cyrano, mourant, vient la voir et lui révèle toute la vérité.
- Morale : Roxane
(Magdeleine Robin) va préférer la beauté intérieure de Cyrano à l’éphémère beauté extérieure de Christian à
Intériorité est supérieure aux apparences. "Tous les mots sont fins quand la moustache est fine."



Contexte et genèse
- affaire Schnaebelé /Boulanger (pb diplomatique France-Allemagne) + Dreyfus + Panama + anarchisme
- pièces légères (Courteline, Feydeau) ou drames (Strindberg, Tchekhov, Ibsen)
--> Le «vrai » Cyrano Savinien de Cyrano de Bergerac (1619-1655 - 36 ans), militaire, bretteur, libertin/libre-penseur.
--> Il aide un ami à séduire une jeune snob en lui indiquant à choisit les bons mots.

Ambivalence :
- La pièce a tout pour être un four : 5 actes, alexandrins, difficile à monter (50 personnages, longue, 2 600 vers, décors et costumes très nombreux.
      cf
Edmond pièce d'Alexis Michalik
       
         (gestion de la pièce)
- Pièce pleine d'action, scènes variées et dialogues animés. Alterne scènes de duel et scènes d'amour. Répliques : "Tous les mots sont fins quand la moustache est fine."
- Cyrano symbole intégrité, courage, gloire, amour.

~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

Edmond Rostand Cyrano de Bergerac - Déroulement
Bravoure, inconscience de Cyrano
à on dirait une BD de cape et d’épée genre Dumas, Féval (le bossu) ou Fallet (Fanfan la tulipe)

* Acte I : On attend Cyrano, rimeur, bretteur – Christian est contre Valvert, défend Lignère
Cyrano veut chasser Montfleury qui n‘a pas le droit de jouer une pièce La Chorise. (scène 4)
à tirade du nez p 71-73
Cyrano : « Je fais sonner les vérités comme des éperons. » p 76 mais réponse de Le Bret (scène 5) p 89, « Tu te mets sur les bras vraiment trop d’ennemis. »
Cyrano lui avoue son amour pour Roxane, Magdeleine Robin, sa cousine. (p 92-93) et sa haine pour Montfleury qui a osé la convoiter. Mais il veut sauver Lignère, (p 102) et vainc ses ennemis.

* Acte II p 106
Le pâtissier Ragueneau (ex p 112) à scènes d’une FARCE.
Mélange d’amour (poème de Cyrano) et de combat (de Cyrano contre une bande, raconté par des poètes qui en profitent pour se goinfrer) [p 120-121] (scène 4)
Roxane avoue à Cyrano son amour pour Christian qui tente de le dénigrer. (scène 6)
Rencontre avec De Guiche + poème p 150 (scène 7) - Hymne à la liberté p 157 (scène 8)
Christian lui cherche noise sur son nez p 168-170 (scène 9)
Cyrano propose un stratagème à Christian pour charmer Roxane (scène 10)

* Acte III
Christian s’essaie à l’épître. P 190
De Guiche arrive, jaloux, épris de Roxane qui ne peut directement le repousser mais parvient à le mystifier. (Cyrano n’ira pas au siège d’Arras) p 196
- scène 5 :  Roxane et Christian SEULS sur scène (fiasco) à scène du balcon p 211 + p 220-221
Ironie quand Cyrano se moque de « l’esprit » dans l’amour, la phraséologie des précieuses p 219-220
Scène tendre et romantique  avec scènes précédentes plus animées.
--> appel à différents sens (p 232) 
- scène 11 De Guiche insiste lourdement envers Roxane (p 233) puis Cyrano tombe du ciel pour retarder De Guiche (scène 12) pendant que R et Ch se marient (p 251) De Guiche envoie C. à la guerre.

* Acte IV
Siège d’Arras : les assiégeants assiégés à famine dans camp (siège : juin-août 1640)
Roxane débarque juste avant l’attaque.
(suspens : « C : quels yeux vous avez ! – R : je te dirai pourquoi ») p 291 puis « chut, tout à l’heure. » p 300
- scène 7 : Cyrano avoue à Christian qu’il a écrit à Roxane plus qu’il ne lui a dit. Roxane avoue à son tour que ce sont ses lettres qui l’ont décidée à le rejoindre et que même laid, elle l’aimerait toujours. P 313-14.- - -- scène 9 : dialogue cornélien entre Cyrano et Christian (je t’aime moi non plus)
- scène 10 : mort de Christian. La guerre fait rage.

Acte V – p332 – 15 ans après (1655)
- Roxane est entrée au couvent. Elle reçoit De Guiche devenu duc de Grammont, évoquant Christian.
- Le Bret apprend au duc l’attentat contre Cyrano (p 347)
- scène 5 : Elle permet à Cyrano de lui lire la dernière lettre de Christian et c’est alors qu’elle COMPREND TOUT… Elle le lui dit… Il nie mais elle ne le croit pas.
- scène 6 : Cyrano va de plus en plus mal. (p 371) Il meurt en défiant ses ennemis, le mensonge, le compromis, les préjugés, les lâchetés, la sottise, leur lance son panache à la figure.

Les temps forts
Acte I
– La tirade du nez -
Acte II – Le stratagème (scène 10)
Acte III – Scène du balcon (scène 5)
--> contraste scènes visuelles & textuelles (p 232) 
--> contraste scènes animées + tendres/romantiques
Acte IV – Arras, mort de Christian - 
Acte V – La vérité, mort de Cyrano -


~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~
Le comte de Guiche, duc de Grammont (1604-78)
Antoine III de Gramont, duc de Gramont (1648), pair et maréchal de France.

Outre Cyrano de Bergerac, il a inspiré Dumas dans Vingt ans après et Le vicomte de Bragelonne (père de l'ami de Raoul, fils d'Athos, dans la guerre contre les Espagnols)

Victoire sur les Espagnols en 1647 (guerre des faucheurs) puis dirige la Normandie et la Picardie.
Couvert d’honneurs : vice-roi de Navarre et du Béarn en 1644, duc et pair en 1648, ministre d'État en 1653 et colonel des gardes françaises en 1661.
Ambassadeur à Madrid où il organise le mariage de Louis XIV, le représente au mariage à Madrid, accueille à Bayonne le roi, sa mère et Mazarin.


Savinien de Cyrano de Bergerac (1619-1655), était poète, militaire, bretteur, libre-penseur et inverti mais ni noble ni gascon. Son ami Henry Le Bret rédige sa biographie : homme libre, généreux, athée libertin rejetant le dogmatisme.
S’engage dans la compagnie des mousquetaires de Carbon de Casteljaloux,
Ecrit une pièce La mort d’Agrippine en cinq actes et en vers qui fit scandale Le pédant joué (1645), comédie en cinq actes où beaucoup ont puisé, y compris Molière comme dans cette réplique : « Qu’allait-il faire dans cette galère ? ».
Ecrit aussi L'Autre monde, un diptyque qu’on considère comme un précurseur de la science-fiction, inspirant Swift, Fontenelle ou Diderot.
Il meurt à 35 ans, d’une pièce de bois sur la tête en sortant de chez le duc d'Arpajon. 


Voir également
* cf
Cyrano-audible – Rostand à Cambo --

----------------------------------------------------------------------
<< Christian Broussas - Cyrano -  © CJB  14/07/2025 >>
----------------------------------------------------------------------

vendredi 18 juillet 2025

Un été avec Alexandre Dumas 2025

 Référence : Jean-Christophe Rufin, Un été avec Alexandre Dumas, éditions des équateurs, 192 pages, mai 2025

« Voyager, c'est vivre dans toute la plénitude du mot. » A. Dumas 
  
Alexandre Dumas et Jean-Christophe Rufin

Jean-Christophe Rufin est un grand admirateur d'Alexandre Dumas, qu'il considère comme un frère en littérature.

Voici ce qu'il nous en dit :
 « En vous accompagnant tout l’été avec Dumas, j’ai le sentiment de m’acquitter d’une dette. Il a toujours été pour moi plus qu’un modèle, un grand frère qui marchait devant et me guidait sur le chemin de l’écriture. Il nous a fait à tous tant de bien qu’il mérite assez que, le temps d’un été, nous fassions honneur à sa cuisine littéraire. »

Sa vie est une œuvre elle toute seule. Né en juillet 1802, orphelin de père à 4 ans, il a traversé deux empires, trois rois et autant de révolutions. Il a connu l’exil et la faillite, vécu des histoires d’amour aussi brèves que douloureuses, sincères et excessives comme pouvaient être Dumas lui-même. George Sand n'écrivait-elle pas à son propos : « Dumas, c’est la vie. »

On a le plus souvent retenu qu'une image stéréotypée de l'homme, trop vite identifié à certains de ses personnages, une œuvre trop vite réduite résumée à l'épopée des trois Mousquetaires et la vengeance d’Edmond Dantès. 
 
       

Mais ses grands romans n’ont guère occupé que trois années de sa vie. « Monte-Cristo, c'est lui. Il a été trahi, exécuté par la critique. Il s'est évadé et, dans une île qui s'appelle son génie, il a découvert un trésor, une richesse au-delà de ses espérances. C'est l'heure de la vengeance ! »

Son œuvre est aussi et surtout un trésor considérable et pas seulement en quantité bien sûr, un ensemble multiple qui embrasse tous les genres du domaine littéraire, qui touche non seulement le roman mais aussi entre autres le théâtre et ses impressions de voyage.   

Deux de ses œuvres , Les Trois Mousquetaires et Le Comte de Monte-Cristo vivent dans l'imaginaire mondial et rarissimes sont les écrivains qui peuvent s'en targuer. Avec Notre-Dame de Paris et Les Misérables, Victor Hugo n'a pas fait mieux.

Pour parler d'Alexandre Dumas, on ne peut que faire appel à des superlatifs, un homme flamboyant forgeant peu à peu sa légende, haut en couleur, contradictoire en ce sens qu'il est à la fois un bon vivant, un grand idéaliste qui aime les voyages et un "forçat de l'écriture". Les aléas de l'existence et ses propres faiblesses n'ont jamais entamé son enthousiasme et sa capacité à rebondir.

  Alexandre Dumas et sa maîtresse Adah Menken en 1865

« Je suis convaincu, ajoutera Jean-Christophe Rufin, que Dumas n'a pas cherché à défendre une doctrine littéraire. Toute sa carrière le montrera. Il s'est contenté de suivre son inspiration, avec la sensibilité qui est celle du temps et qu'il a su capter. »

Alexandre Dumas, ce sont les tribulations d'un enfant de nulle part, parisien par intermittence, "italien" admirant Garibaldi, l'aidant et le suivant dans ses grâces et ses disgrâces, dans sa conquête du royaume des Deux-Siciles et sa brouille avec le royaume de Piémont. C'est aussi les errances d'un homme pris entre ses femmes et ses maîtresses, sa munificence et les huissiers, entre ses affinités républicaines et ses amitiés élitistes, entre le théâtre, son enfant chéri, et le feuilleton, genre dont on peut dire qu'il en est l'inventeur. 

Pour finir cette brève présentation, reste le Dumas gastronome. Je vous préconise un plat imaginaire extrait de son Grand Dictionnaire de cuisine, "la patte d'ours grillée", rapportée sans doute d'un séjour en Russie mais Jean-Christophe Rufin, plus réaliste, lui a préféré le salmis de bécasses...

Mes fiches sur la série "Un été avec" :
► William Marx, Un été avec Don Quichotte, 2024 -- 
► JC. Rufin, Un été avec Vladimir Jankélévitch, 2023 -- 
► A. Compagnon, Un été avec Colette, 2022 --
► S. Tesson, Un été avec Rimbaud, 2021 --
► A. Compagnon, Un été avec Pascal, 2020 --
► R. Debray, Un été avec Paul Valéry, 176 pages, 2019 --
► P. Boucheron, Un été avec Machiavel, 2017 --
► A. Compagnon, Un été avec Baudelaire, 2015 -- 

► L. El Makki, Un été avec Proust, 2014 -

-----------------------------------------------------------------------------
<< Christian Broussas - Dumas-Rufin -  © CJB  17/07/2025 >>
-----------------------------------------------------------------------------

dimanche 8 septembre 2024

Prosper Mérimée Carmen

Référence : Prosper Mérimée, Carmen, nouvelle 1845, éditions Gallimard, 160 pages, juin 2000, Opéra Bizet 1875, [1]

            Mérimée Aquarelle

Présentation générale

* Sujet : Liberté et jalousie. Un homme pris entre la passion et le  devoir, victime d’un "crime passionnel". Une femme libre et rebelle, « une force qui va » selon Victor Hugo.
 Côté autobio : En 1832 il écrit : « J'allais être amoureux quand je suis parti pour l'Espagne. »     

* Carmen signifie "charme" (envoûtement) en latin. Dans une autre nouvelle, La Vénus d’Ille, une terrifiante statue porte cette inscription : « Prends garde à toi si elle t’aime. »
* Dans le courant romantique : "couleur locale", ambiance exotique dépaysante, recours au pittoresque et aux personnages typés, marginaux, impression d’authenticité (réalisme). [2]
* Mérimée misogyne ? Épigraphe : « Toute femme est amère comme le fiel ; mais elle a deux bonnes heures, une au lit, l’autre à sa mort ». (Palladas)

     

Les quatre chapitres

Chapitre 1
Andalousie, Montilla près de Cordoue. Le narrateur-archéologue.
Au cours d’un voyage, le narrateur fait étape avec Antonio son guide dans une auberge tenue par un  contrebandier Don José Navarro. Au cours de la nuit, il surprend Antonio qui s’apprête à dénoncer Don José pour 200 ducats. Le narrateur décide d’avertir Don José et se sauve pour éviter l’arrestation.

Chapitre 2
Un soir, une semaine après, il rencontre Carmen, jeune bohémienne, avec qui il fait plus ample connaissance et qui l’invite chez elle. Mais c’était un piège pour le dévaliser et le trucider.
Nouveau rebondissement : il s’agit en fait de Don José qui le reconnaît et le laisse s’enfuir. Lui-même pardonne à Carmen le vol de sa montre et prolonge son voyage jusqu’à Séville.

De retour à Cordoue, il apprend que Don José est en prison pour le vol de sa montre et d’autres délits, risquant jusqu’à la peine de mort. Voulant l’aider, il accepte d’aller à Pampelune porter une médaille à une femme.

    
Roberto Alagna & Alexandra kurzak 
Mag Kozena & Jonas Kaufmann 2012

Chapitre 3
Le narrateur visite Don José dans sa prison, qui lui raconte toute son histoire. Il s’appelle en réalité Don José Lizarrabengoa, basque et brigadier de cavalerie basé à Séville. Un jour, il rencontre Carmen qui se bagarre avec une femme qu’elle finit par blesser. José est contraint de l’arrêter.
Carmen, très futée, réussit à manipuler le naïf Don José et à se sauver. Emprisonné et dégradé, il paie le prix fort de sa faiblesse. Mais il ira même jusqu’à refuser l’aide de Carmen pour s’évader, synonyme pour lui de désertion. Il se sent doublement prisonnier, coincé entre son amour pour Carmen et son devoir.

À sa sortie de prison, redevenu simple soldat, il s’aperçoit que Carmen, qu’il aime follement, se livre à de petits trafics et le trompe avec un officier qu’il tue. Il devient alors un fugitif réfugié à Séville puis un contrebandier au service du Dancaïre. Son destin semble scellé quand il tue Garcia, contrebandier et mari de Carmen.

Peu de temps après, le Dancaïre meurt dans une embuscade où José est blessé. Son corps guérit mais son âme est toujours placée sous le joug de Carmen qui le rend fou de jalousie, surtout dans la relation qu’elle a nouée avec Lucas, un picador. Elle rejette son amour et refuse de le suivre en Amérique, lui avouant même qu’elle ne l'aime pas. Mortifié, désespéré, il la tue à coups de couteau, l'enterre avec la bague qu'il lui avait offerte et se rend à la police.

   

Chapitre 4
On passe ici de la narration à des notations pédagogiques sur le milieu des bohémiens, leurs mœurs, leur langue ou leur religion. Ce dernier chapitre rappelle le point de vue narratif initial, avec dans le rôle du narrateur, un scientifique qui relate le drame qu’il a entendu.

Structure générale du récit
- 4 chapitres inégaux, l’amour entre Carmen et Don José surtout traité au chapitre 3.
Récit intégré dans le récit principal -ou-
récit enchâssé dit aussi emboîté), avec un narrateur-archéologue est Don José mis en abîme dans le récit principal (ou récit-cadre).
- Les événements que raconte Don José précèdent ceux du
récit-cadre (analepse narrative ou flashback/rétroaction).
- Rupture de style au chapitre 4, revenant à celui du chapitre 1 (
focalisation interne)
- Mélange de technique : tragédie classique/drame romantique/roman picaresque.

Remarques de Jean Balsamo
* Réalité histoire face aux clichés sur Espagne & romantisme ou fantasmée (Bizet)

* Ses références :
   -  Calderon où apparaissent gitan, bandit, contrebandier -- Voyages 1840 " Vitoria (p 17)
   -  Lettres espagnoles : corrida (1), condamné à mort (2), contrebandier (3), superstition (4)
   - cf Cervantès La Preciosa, "fausse gitane" des Nouvelles exemplaires (p 40)
   - Variation sur Manon Lescaut, Prévost (p 43)
* Variation sur les Lettres + "respiration" sur bio Don Pedre 1er
* Ambiguïté de Carmen-
Colomba (p 41)
* Narration : Innocence perdue (Don José) + fatalité (Carmen)
   - Don José cruel ou justicier ? plaidoyer : responsable mais pas coupable
* Sa conception du style "Un ouvrage très tendu" (p 36) cf Les Bohémiens de Pouchkine. (mariage, infidélité femme, jalousie mari, meurtre)


La narration
* Ch1 : Dilemme narrateur : dénoncer Don José trahi par le guide, aux autorités ou se taire et trahir son devoir de citoyen;
* Ch2 : Le narrateur se fait piéger par Don José et Carmen mais Don José, reconnaissant,  le sauve.
* Ch3 : Dilemme Don José entre hidalgo orgueilleux et la passion-addiction qui le dévore.
   - le pain d'Arcola dans la prison : cadeau ou ruse ?
   - rencontre chez la bohémienne ( p 97) --> contraste, ELLE rieuse, décomplexée, "cigale", LUI coincé, renfermé, mutique  -->  pas faits l'un pour l'autre (mentalité/éducation --> ELLE libre, LUI soldat
   - épisode brèche dans le mur : piège, comédie, défi ?

   - paradoxe apparent : "Tu ne m'aimes pas, vas-t-en, " lui dit-elle p 116
Elle comprend qu'il ne l'aime pas assez (trop "hidalgo", égoïste) pour lui laisser sa liberté; il l'aime pour lui, non pour ce qu'elle est.
Même chose p 126 : "T'aimer encore, c'est impossible. Vivre avec toi, je ne le veux pas".
Mais il n'est pas prêt à entendre son message et pense que les "calés" sont responsables pour l'avoir élevée ainsi. p 127 (inné & acquis ?)
* Ch4 :
Les Rom ont essaimé dans toute l'Europe, sans attaches véritables, vivant à part, et n'ont ni superstition ni religion. Mérimée les voit avec des regards de bête fauve, des voleurs à l'air supérieur et méprisant (p 133-134) et des femmes moches et sales !


Notes et références
[1] De Mérimée à Georges Bizet, livret de Henri Meilhac et Ludovic Halévy.
[2] cf Dokamo, Carmen --

Voir aussi
* Carmen Description --


-------------------------------------------------------------------------------
<< Christian Broussas • Carmen  © CJB  ° 11/07/2024  >>
-------------------------------------------------------------------------------

lundi 19 août 2024

William Marx, Un été avec Don Quichotte

 Référence : William Marx, Un été avec Don Quichotte, Éditions des Équateurs, 240 pages, mai 2024

« Oui, avoue le chevalier, je suis peut-être fou, mais à tout prendre je le suis moins que la société où nous vivons  ».

            
Selon William Marx, ce roman, qu’on considère souvent comme le premier véritable roman de la littérature mondiale, serait vraiment le reflet de notre époque. « Si chacun se retrouve dans Don Quichotte, écrit-il, c`est qu`il s`agit de l’œuvre qui, par excellence, nous permet de faire face à un monde privé de sens. » Privé de sens, sans doute parce que ni la religion ni la philosophe ne remplissent plus leur rôle de sublimation de la condition humaine.

Voilà bien l’homme actuel sans projet personnel et qui ne croit plus guère en l’efficience du progrès. Alors comme les enfants, il décide de "faire comme si". Si la réalité n’est plus vivable, il faut lui substituer le pouvoir du rêve et de l’imagination. Il est vrai que les épreuves qu’il s’inflige renvoient à des thèmes actuels comme l’engagement, l’utopie, le virtuel…

 
Le sens de la vie pour Don Quichotte, c’est le combat contre l'injustice, au prix d’utopies et échecs, de lutte contre ces satanés moulins qui n’en sont pas (heureusement que Sancho Panza lui remet parfois les pieds sur terre) parvient (malgré lui) à dépasser ses échecs et à retomber maladroitement sur ses pieds.
L’outrance, l’absurde, le rire, la dérision même [1], sont les ficelles que tire Cervantès pour nous entraîner dans son univers et nous faire réfléchir aux enseignements à tirer des avanies de son héros.

Cet  "Un été avec Don Quichotte" nous emmène au-delà des quelques répliques et autres extraits qu’on nous martèle habituellement, dans une analyse jubilatoire de cette œuvre qui est vraiment indémodable.

Voilà 44 tableaux pénétrants et drôles dont l'originalité "donne envie" de se replonger dans cette œuvre le plus souvent lointaine dans nos souvenirs et dans la folie contagieuse  de ce "chevalier à la triste figure" qui ne peut qu’égayer notre été.
Même si les 1.440 pages de l’édition du Livre de poche peuvent de prime abord rebuter !

 

Interview de William Marx

"Cervantes, pour nous, s'identifie à un chef d'œuvre absolu de la littérature universelle qui est Don Quichotte ou l'ingénieux hidalgo de la Manche et, en même temps, Don Quichotte est le premier personnage qui devient l'auteur de sa propre vie, qui commence à deviner peu à peu qu'il est un personnage, qu'il a été l'objet d'une histoire. Bien sûr, il est question de Cervantes, mais Don Quichotte, c'est vraiment le cœur de cette œuvre."

Notes et références

[1] Par exemple, cette citation : "Don Quijote de la Manche ! Don Quichotte de la Manche, cela en jette, n'est-ce pas ? Pas tant que ça : le Quijote, c'est la pièce d'armure nommée cuissard. Si vous dites en français "seigneur Cuissard de la Manche", tout de suite cela fait un peu moins sérieux. (p. 37)
 

Mes fiches sur la série "Un été avec" :
► W. Marx, Un été avec Don Quichotte, 2024 -- C. Fleury, Un été avec Jankélévitch, 2023 --
► A. Compagnon, Un été avec Colette, 2022 -- S. Tesson, Un été avec Rimbaud, 2021 -- A. Compagnon, Un été avec Pascal, 2020 --
► R. Debray, Un été avec Paul Valéry, 176 pages, 2019 -- P. Boucheron, Un été avec Machiavel, 2017 -- A. Compagnon, Un été avec Baudelaire, 2015 -
► L. El Makki, Un été avec Proust, 2014 -

                  << * * * * * * * * * * * * * * *   >>                 

 < Christian Broussas – Marx Cervantès - 19/08/2024 © • cjb • © >