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vendredi 10 janvier 2020

Érik Orsenna Briser en nous la mer gelée

             

Référence :
Érik Orsenna, Briser en  nous la mer gelée, éditions Gallimard, collection Blanche, 464 pages, janvier 2020 


« Kafka avait raison, un livre doit être une hache pour briser en nous la mer gelée… L'amour, c'est pareil. » Érik Orsenna



Une histoire de coup de foudre ? Bof, direz-vous, rien de très original. Dès lors, tout va aller très vite : le lendemain, Gabriel demande Suzanne en mariage. Mais coup de foudre ne veut pas dire longévité. Malgré ce qui les lie, les vieux démons de leur vie précédente ressurgissent.

    

Pour réagir, il leur faudrait oser. Ce sera le divorce prononcé en octobre 2011 par la juge Anne Bérard, du TGI de Paris. Le fil conducteur du roman est une longue lettre qui lui est adressée pour la remercier car, tout en appliquant la loi, elle exprime sa conviction qu'« elle sentait en eux beaucoup d'amour ».
Gabriel, la mort dans l’âme, décide de s’exiler dans le Grand Nord où il se sent en communion avec ces étendues gelées. C’est alors qu’il va recevoir un message de Suzanne. Et tout va être remis en question.

Elle lui écrit : « Je sais que tu vas t'embarquer pour une traversée risquée. Alors je voulais que tu saches que je t'ai aimé ». Sur ce, elle débarque. Ils partiront donc ensemble en direction du détroit de Béring, vers les îles jumelles Diomède, l'américaine et la russe, où se situe la ligne de changement de date… pour mieux surfer sur le Temps sans doute !
 

Le détroit est comme un symbole géographique reliant, dit-il dans une interview, deux continents, l'amour étant aussi défini comme une géographie. Dans son roman Longtemps publié en 1998, Orsenna présentait déjà des amants qui se fuient et se retrouvent, les élans du corps et la géographie et qui vont s’apercevoir que la seule réalité, c’est le temps.  

La géographie, les espaces contrasté de la planète,  c’est sa préoccupation, son domaine, celui de L’archipel des mots et de l’île du subjonctif, celui de l’avenir de la faune et de la flore qu’il développe à travers les quatre tomes de son Petit précis de mondialisation. [1]« Le fou de géographie que je suis, dit-il dans une interview, avait envie de tisser dans ce roman une relation entre la géographie, le climat et le sentiment. »

        
La série Petit précis de mondialisation

Entre chaud et froid

Il est sûr que l’art, surtout la musique et la littérature, nous permet de dépasser nos défenses, de peser sur la part de froid qui est en nous, de mieux exprimer notre part de chaleur.
Pour lui, un mariage est réussi quand les oui l’emportent sur les non. Un chapitre de son roman s’intitule d’ailleurs « La ronde des oui et des non », le mariage étant une remise en cause constante.

Le froid participe au grand système climatique de notre planète et au "petit" fonctionnement des sentiments humains. « Je suis passionné par ces articulations, dit-il. Ce roman d’amour est aussi un livre de géographie, puisque la géographie est précisément la science des interactions et des différences d’échelles. »
 « Les histoires servent à s’y tenir au chaud, ajoute-t-il. Chaud ou froid, c’est selon mais affirme-t-il, « jamais tièdes… L’amour est décidément le premier territoire à explorer, et le plus difficile. »




Notes et références

[1] La série Petit précis de mondialisation comprend : Voyage aux pays du coton, L’avenir de l’eau, Sur la route du papier et Géopolitique du moustique -

A voir également :
* Mon site Éric Orsenna

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vendredi 23 mars 2018

Érik Orsenna, Désir de villes

Référence : Érik Orsenna, Nicolas Gilsoul, Désir de villes, Petit précis de mondialisation tome V, éditions Robert Laffont, 286 pages, mars 2018 

    

Érik Orsenna vient de publier deux livres en même temps, Dernières nouvelles du monde et un essai intitulé Désirs de villes, nouvel essai dans la série Petit précis de la mondialisation. Le Prix Goncourt 1988 explique dans une interview être de nouveau allé parcourir le monde pour rechercher "la ville idéale". Un parcours plein de surprise entre des univers urbains contrastés.

        

« Voyager, c'est apprendre à reconnaître ses bêtises »
Sa vision du monde, Érik Orsenna la confie dans une interview sur LCI : « Quand vous voyagez, vous apprenez une chose : à détester les idées générales... Voyager, c'est apprendre à reconnaître ses bêtises. Si vous voyagez pour vérifier, ça ne sert à rien. » Alors, à quoi est-ce que ça peut servir ? Il fustige « ceux qui disent "laissons les tranquille s'étriper entre eux", et les traite d’irresponsables. […]  Je préfère les vivants aux ampoulés » ajoute-t-il en conclusion.

                           

Au fil des visites, son périple a pu être très apprécié comme dans la ville de Seattle ou beaucoup moins agréable dans des villes gangrenées par la pollution. Il en a profité pour rendre un hommage appuyé aux maires, piliers de la bonne organisation du tissu urbain et parle de "rôle clé" pour assurer une bonne cohabitation entre les communautés qui composent la ville : « La ville, commente-t-il, c'est le mélange, la ville, c'est le tissage. Je voudrais vraiment saluer ceux qui sont à la tête des villes, grandes et petites, et qui sont les maires. Il y a un personnage dont on a assez peu parlé, qui a disparu il y a deux jours. Il s'appelait Didier Vaillant, il était maire de Villiers-le-Bel. Pendant les émeutes, il a joué un rôle clé pour tisser, retisser toutes ces déchirures entre les communautés. Les maires sont au cœur de la République. Ce sont eux qui tissent notre société. »

          

Début 2018, cinquante agglomérations dépassent les dix millions d'habitants. Les chiffres sont impressionnants : 65 millions à Hong Kong et dans les alentours de la rivière des Perles ; 42 millions pour Tokyo et sa banlieue ; 35 millions pour Djakarta... Actuellement, la moitié de nos contemporains vivent désormais dans des villes. Si cette situation continue d’évoluer au même rythme, dans une vingtaine d’années, on passera aux deux tiers...

Voilà pour le constat démographique. Mais quel jugement porter sur cette évolution essentielle pour le devenir des populations ? La ville peut ainsi devenir le vecteur de l’invention, un extraordinaire réservoir de vie. D’où cette contradiction que, tout en rêvant de douce vie champêtre, les gens s’entassent dans les villes.  Conurbation, agglomérations ou plus simplement villes moyennes, les configurations ne manquent pas. On peut sélectionner aujourd’hui quelque deux cents villes, dont trente villes françaises, de Paris à Guéret, de Lyon à Montfermeil qui représentent une certaine idée de la vie moderne.

  

Mes fiches sur Éric Orsenna
* Erik Orsenna et son oeuvre : article de synthèse comprenant L'exposition coloniale, L'entreprise des Indes, Voyage au pays du coton et Sur la route du papier
* Madame Bâ --  Mali ô Mali -- t5 -- Princesse Histamine  --
* La fabrique des mots -- Les chevaliers du subjonctif --
* Sur la route du papier --  L'avenir de l'eau t2 – Géopolitique du moustique t4 --
* Désir de villes t5 -- L'origine de nos amours -- 


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lundi 2 octobre 2017

Érik Orsenna, Géopolitique du moustique

Référence : Érik Orsenna, Isabelle de Saint-Aubin, Géopolitique du moustique, Précis de mondialisation, tome IV, éditions Fayard, 288 pages, mars 2017

                   

« Érik Orsenna a ce don rare, savoir célébrer le chant du monde comme lire sa carte. Sa soif de comprendre la planète est inextinguible. » Le Figaro

Voilà enfin le tome IV de son ensemble sur la mondialisation que nous offre Érik Orsenna. Après le coton, l'eau et le papier, il nous invite à un nouveau voyage pour tenter de mieux comprendre la géopolitique. Le chemin est long à la chasse aux moustiques, passant par la Guyane, le Panama, le Brésil, le Cambodge, Pékin, le Vietnam, le Sénégal, sans oublier la forêt Zika près d’Entebbe en Ouganda.

Avec le réchauffement climatique, les moustiques transportent des parasites particulièrement redoutables. Il est allé au célèbre centre de recherche sur le moustique de la forêt Zika et a constaté les résistances aux médicaments antipaludéens au Cambodge. «Si la même résistance observée en Asie surgit en Afrique où le paludisme est très répandu, c’est une hécatombe » écrit-il.

        
Érik Orsenna & Isabelle de Saint-Aubin  Orsenna à l’Institut Pasteur de Guyane

L’exposition aux maladies tropicales est pour lui « un ménage à trois. Il y a le parasite (un virus, une bactérie, un ver…) qui prospère dans un organisme transporteur (le moustique) et se nourrit du sang d’un vertébré comme le porc, le singe ou… l’homme ! »

Avec sa verve coutumière, Érik Orsenna  pose le sujet : « Quand ils vrombissent à nos oreilles, c’est une histoire qu'ils nous racontent : leur point de vue sur la mondialisation. »
Car ces sacrées bestioles viennent de la nuit des temps et même si leur durée de vie est brève  (en moyenne 30 jours), ils sont très nombreux, comptant 3 564 espèces (même s’il n’y en a que 300 qui piquent) et sont responsables de quelque 700 000 morts humaines chaque année. Au-delà de luttes pour survivre, ils sont capables de mutations permanentes, nous renvoyant à la question des manipulations génétiques.

               

Mes fiches sur Éric Orsenna
* Erik Orsenna et son oeuvre : article de synthèse comprenant L'exposition coloniale, L'entreprise des Indes, Voyage au pays du coton et Sur la route du papier
* Madame Bâ --  Mali ô Mali -- --
* La fabrique des mots -- Les chevaliers du subjonctif --
* Sur la route du papier --  L'avenir de l'eauGéopolitique du moustique --
* L'origine de nos amours --  Princesse Histamine  --

      
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mardi 29 mars 2016

Érik Orsenna, L'origine de nos amours

Référence : Érik Orsenna, "L'origine de nos amours", éditions Stock, 288 pages, mars 2016  
Vidéo de Erik Orsenna
« J'avais envie de raconter cette relation particulière avec mon père. »
Érik Orsenna


Dialogue à distance entre un père et son fils, fascinés par les femmes, aimant la vie, les histoires et les légendes. [1]
Figurez-vous qu’ils ont divorcé la même semaine, pour un peu ils auraient pris un avocat commun,  le fils de sa première femme et le père de la mère du fils. Le divorce, ça incite à parler d’amour, ce qu’ils ne vont cesser de faire. Au centre de la discussion, cette question obsédante d’une vie qui serait réussie sans leurs fiascos amoureux.

Seraient-ils porteurs, se demandent-ils avec inquiétude, d’un gène propre à leur famille installée à Cuba pour un bon siècle, l’île en quelque sorte berceau de la famille. Ils se rejoignent tous les deux dans ces moments de questionnement sur leur devenir, le sens à donner à leur vie. Le père poussa même le tact jusqu’à disparaître le lendemain du mariage de son fils pour éviter que cette fatalité familiale ne s’abattît de nouveau sur son fils. [2]

Ils finirent par remonter jusqu’à cet aïeul Augustin, tailleur de profession, pianiste à ses heures, attiré par l’exotisme et les femmes de Cuba. Ce serait donc lui, il y a quelque cent cinquante ans, qui serait à l’origine de la malédiction familiale touchant les hommes, son existence extrêmement romanesque.

Lui préfère l’île de Bréhat où il aime aller se ressourcer quand il en éprouve le besoin : « Je suis parti seul me refaire une santé dans notre île de Bréhat. Pour retrouver des forces, rien ne vaut la proximité de la mer. Peut-être parce que toute vie vient d'elle. Il doit nous rester une très lointaine mémoire de cette énergie première. »

Voyage aux pays du coton : Petit précis de mondialisation par Orsenna      La révolte des accents par Orsenna     L'origine de nos amours par Orsenna

Érik Orsenna estime qu’il a eu la chance d'être né dans une famille qui lui a fait découvrir l'amour des mots. Ce qui constitue un privilège. Selon lui, il faudrait dire à tout les parents « qu'il y a plus de possibles qu'ils ne le croient dans la vie. En matière d’éducation, les hommes politiques ont pourtant les coudes franches, « ils ont un pouvoir, mais ils ne vont pas au bout », se plaignant que trop d’enfants maîtrisent mal la langue française, encore aujourd’hui.

« Les mots permettent de se défendre, de s’émerveiller. » (interview à France 2)

Mais au fait, notre charmant écrivain ne serait-il pas porteur d'un "chromosome narratif" qui guide la main  qui court sur la feuille blanche ?

Ainsi commence sa narration : « Un jour, je me suis remarié. Le lendemain, mon père quittait son domicile. Entre les deux événements, personne dans la famille n’a fait le lien. Et pourtant, mon frère est psychiatre. J’avais ma petite idée mais j’ai préféré la garder pour moi. Mon père, je le connaissais mieux que personne. Pour une raison toute simple : nous avions divorcé ensemble. Lui de ma mère, moi de ma première femme. Lui le lundi, moi le mercredi, de la même fin juin 1975. Et rien ne rapproche plus qu’un divorce en commun. »

Ainsi se poursuit le long dialogue pudique entre un père et son fils, émerveillés par les femmes, gourmands de la vie, passionnés par les histoires et les légendes. « Cet été là, nous avons commencé à parler d’amour, mon père et moi. Nous n’avons plus cessé. » Même son frère psychanalyste est hors circuit, trop impliqué sans doute… ou le nez dans le guidon comme Fabrice del Dongo à Waterloo.

Après les premières phrases, tout s’est enchaîné avec fluidité. [2] Il estime qu’il n’existe pas d’amour sans imagination, et de citer Paul Valéry affirmant « que serions-nous sans le secours de ce qui n’existe pas. » Le vécu plongeant d’abord dans l’imaginaire, pense Érik Orsenna , « enjoliver la vie, s’est s’enjoliver soi-même… car si l’écrivain est là pour prêter sa voix aux autres, ceux qui ne savent pas ou qui ne peuvent plus. » Comme son père disparu depuis.

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Critiques et commentaires
* « Érik Orsenna publie l'un de ses livres les plus personnels. » RTL
* « Pourquoi certains d’entre nous réussissent-ils leurs amours et d’autres pas ? Cette question est au cœur du nouveau roman d’Erik Orsenna de l'Académie Française.Un livre ensorcelant qui mêle la magie de la Bretagne et de Cuba. » France Info
*
« Érik Orsenna a le gène des amours impossibles. » La grande librairie


Notes et références
[1] Ce roman est né d’un dialogue très personnel entre Érik Orsenna et son père décédé il y a 3 ans, avec qui il a eu une relation particulière et tardive autour du thème de l'amour.
[2] Interview sur RTL par Yves Calvi (voir RTL Calvi) – Voir aussi son Interview dans l’émission La grande librairie -

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Mes fiches sur Éric Orsenna
* Erik Orsenna et son oeuvre : article de synthèse comprenant L'exposition coloniale, L'entreprise des Indes, Voyage au pays du coton et Sur la route du papier
* Madame Bâ --  Mali ô Mali --
* L'avenir de l'eau , Princesse Histamine, La fabrique des mots
* Sur la route du papier --  Les chevaliers du subjonctif --
* L'origine de nos amours --


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dimanche 4 octobre 2015

Érik Orsenna Les chevaliers du subjonctif

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La petite Jeanne, l’héroïne du précédent ouvrage La grammaire est une chanson douce, est toujours sur son île, hélas toujours placée sous la férule du dictateur Nécrole, ennemi implacable du subjonctif, ce mode du rêve et du possible.


Jeanne, chassée par Nécrole, s’envole dans un planeur piloté par Jean-Luc et accompagnée d’un cartographe et survole les différentes îles de l'archipel : celle de l'indicatif où elle réside, celles de l'impératif, de l'infinitif et du conditionnel qui, tout compte fait, n’offrent qu’un intérêt limité… et surtout cette intrigante île du subjonctif d’autant plus difficile à saisir que ses contours varient sans cesse.

Mais elle continue aussi son enquête sur l'amour, assurée que la conjugaison viendra au secours des sentiments.
« Combien de semaines ou de mois suis-je demeuré chez les subjonctifs ? » se demande Jeanne qui grâce à eux se glisse dans ce monde de la vie rêvée où rien n’est impossible, celui de l'adolescence.

Dans l’usine où Jeanne retrouve avec bonheur son frère Thomas, la mer apparaît comme le miroir de nos rêves. L’amour dont Jeanne veut toujours cerner le mystère et qui frapper comme une maladie la terrible inspectrice madame Jargonos, n’est en fait qu’une déclinaison du subjonctif, et de ses dimensions du rêve et du désir. En définitive, « de ce qui n’existe pas ». Elle apprend à « lire le monde » dans cette « immense bibliothèque » qui s’offre à elle, à sa disposition.

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Dans une interview, Érik Orsenna dit rêver d’une folle ambition : « Que l’Éducation nationale accepte de remettre en cause son enseignement du français. La rigueur n’implique pas le jargon. Et le respect n’empêche pas le plaisir. Il faut réapprendre la pratique de l’écriture et ne plus seulement passer son temps à disséquer, dessécher. La grammaire n’est pas une morgue. C’est le squelette qui autorise les mouvements de la vie. »
Un beau conte philosophique sur la richesse du langage.


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Du même auteur : La grammaire est une chanson douce, Dernières nouvelles des oiseaux, Voyage au pays du coton, L'avenir de l'eau, Longtemps


Voir aussi mes fiches sur
Éric Orsenna

* Erik Orsenna et son oeuvre : article de synthèse comprenant L'exposition coloniale, L'entreprise des Indes, Voyage au pays du coton et Sur la route du papier
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* L'avenir de l'eau , Princesse Histamine, La fabrique des mots
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lundi 28 septembre 2015

Erik Orsenna Sur la route du papier

Référence : Erik Orsenna, "Sur la route du papier", éditions Stock, 320 pages, mars 2012, ISBN 978-2-2340-6335-8
 
EO Expo coloniale.jpg       
 
Erik Orsenna, spécialiste des matières premières, géographe et aussi grand voyageur, convie le lecteur à un nouveau voyage à la poursuite du papier. [1]
Après le pays du coton en 2006 puis L'avenir de l'eau en 2008, Erik Orsenna décrypte un nouvel aspect de la mondialisation, cette fois à travers l'histoire du papier. Ce papier, instrument vital de l'écrivain, outil de la mémoire et « "dépositaire de tous les anciens temps" » , outil toujours actuel sous diverses formes que la technologie met à disposition et qu'on recycle maintenant jusqu'à 60 %.
 
L'écrivain et le papier, un duo inséparable. Et la création romanesque, se demande Érik Orsenna. D'abord, l'écrivain exerce une action de TRI dans ses souvenirs toutes les données et les informations qu'il reçoit. Ensuite, il RÉCUPÈRE toutes les données qui vont lui servir pour construire son histoire. Enfin, il RECYCLE, fabriquant sa "pâte romanesque" qu'il va pétrir pour l'apprêter à son goût.

Avec lui, on part à la découverte de la bibliothèque murée de Dunhuang, ultime cité chinoise de la route de la Soie, qui contient les plus vieux papiers du monde, de la Bibliothèque nationale de France et ses anecdotes comme la maniaquerie de Victor Hugo n'écrivant Les Misérables que sur du papier azuré ou Les Travailleurs de la mer sur du papier blanc.
Il a rendu visite aux "souvenirs les plus anciens "du papier, s'émerveillant devant les technologies les plus modernes, étonné que le chiffre d'affaires planétaire du papier l'emporte sur celui de l'aéronautique. « Deux mille ans que la planète et le papier cohabitent. Plus tu en sauras sur lui, mieux tu apprendras sur elle.  »

Il nous emmène dans tous les pays où le papier joue un rôle important, que ce soit dans sa fabrication, pâte à papier issue de chiffons ou d'origine végétale, procédés de fabrication, préservation de cette matière solide mais qui craint par-dessous tout l'humidité. On voyage en France bien sûr, en Bretagne (Plogonnec), Moernach, Vidalon-lès-Annonay, la BNF, le Louvre, les Landes, Grenoble, Nanterre... mais aussi en extrême orient, en Chine (Turpan, Dunhuang), au Japon (Echizen, Hiroshima),en Inde (Rajasthan, Bollywood), à Samarcande, en Indonésie, au Brésil...

Il est optimiste sur l'avenir du papier et ne s’arrête pas à quelque funeste prévision, le déclin des journaux, la stagnation du support papier concurrence par des systèmes à écran. [2] On oscille entre la forêt canadienne et celle des Landes, du Japon, du Brésil, de l'Italie jusqu'en Inde, on entre dans la fabrication de cette « "soupe de fibres qu'on étale puis qu'on assèche". »
 
Commentaires critiques
« Infatigable voyageur, Erik Orsenna se penche à nouveau sur l'éclatement des frontières et des cultures, en regardant de près la fabuleuse histoire du papier et des livres. Un récit d'aventurier et d'écrivain. »
L'Express du 29 février 2012
 
« Une façon pour cet éternel voyageur de nous faire parcourir le monde et les époques. Et pour Erik Orsenna, l'écrivain, ce livre est aussi un hommage au papier, son compagnon privilégié de lecture et d'écriture". » Marie Pujolas, France-TV du 2 mas 2012
 
Voir aussi mes fiches sur Éric Orsenna
* Erik Orsenna et son oeuvre : article de synthèse comprenant L'exposition coloniale, L'entreprise des Indes, Voyage au pays du coton et Sur la route du papier
* Madame Bâ --  Mali ô Mali --
* L'avenir de l'eau , Princesse Histamine, La fabrique des mots
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Notes et références
  1. ↑ "Erik Orsenna est un intellectuel populaire et brillant qui fait comprendre à tous les enjeux du monde en marche", Ouest-France, 18 mars 2012
  2. ↑ Voir l'article "Orsenna, reporter jubilant" de Bruno Frappa dans La Croix du 29 février 2012  
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samedi 27 septembre 2014

Erik Orsenna Madame Bâ

RéférencesErik Orsenna, "Madame Bâ", éditions Fayard, 2002 [1]



Sacrée Madame Bâ, cette malienne incorrigible ne se sent jamais battue, comme face aux pires adversités de la vie ; et elle en connaîtra de revers et des désillusions.  Cette fois, c'est son petit-fils qu'elle veut secourir mais pour cela, il faut qu'elle vient en France où, Dieu ou le marabout seul sait pourquoi, elle est "persona non grata".

    

Comment dans ces conditions arriver malgré tout à plaider son affaire et parvenir à passer outre au véto têtu de l'administration française. Sa demande de visa temporaire pour venir en France -formulaire n°13-0021- est de ces documents sec, aux réponses lapidaires, dont l'administration a le secret. Inutile alors de tenter de retracer la réalité si complexe de la vie de madame Bâ, d'expliquer les tenants et aboutissants d'une réponse qui ne peut être binaire car nul n'a jamais pu enfermer Marguerite Bâ dans un cadre quelconque..

Elle décide alors de s'adresser directement au Président de la République française pour plaider son cas. Mais, pour répondre à chaque rubrique, elle en profite pour raconter peu à peu sa vie, depuis sa naissance en 1947 à Médine au Mali à la frontière sénégalaise jusqu'à sa situation actuelle, avec l'assistance de son avocat, maître Benoît Fabiani, qui découvre peu à peu l'Afrique.









Son grand-père surnommé Chemin des dames, est encore marqué par la Première guerre mondiale, son père Ousmane Dyumasi, est un ingénieur en hydraulique et sa mère Mariama, est une traditionaliste à l'aise dans les ténébreuses généalogies et l'histoire des familles de son pays. Elle va narrer par le détail son enfance émerveillée au bord du fleuve, ses relations si tendres avec son père, cette passion dévorante pour son si beau mari peul, qui disparaît si jeune, la laissant dans le désespoir, la laissant aussi avec huit enfants qui auront tous la bougeotte, ce qu'elle appelle « la maladie de la boussole ».

Aux questions du formulaire, si simples en apparence, elle va répondre par ce qui pour elle traduit l'essentiel de sa vie, de son son expérience :
- Nom, prénoms, lieu de naissance : elle répond par son enfance au bord du fleuve, l'amour de ses parents, les oiseaux...
- Situation de famille : elle raconte l'éblouissement de la rencontre d'où naît la certitude d'un amour éternel;
- Enfants : avant de parler de ses huit enfants, elle évoque sa mystification, comment elle a pris la pilule pendant plusieurs années au grand désespoir de toute sa famille qui la croyait stérile.

Quinze ans après L’Exposition coloniale, Erik Orsenna revient sur les rapports de la France avec ses colonies, en l'occurrence le Mali mais cette fois, à partir de ce pays. Il aborde la réalité de la situation par la fable et l'humour, plongeant dans les aléas de l'histoire contemporaine, maniant allègrement ironie et indignation.

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Madame Bâ, institutrice                                       En gare de Kayes au Mali

Notes et références
[1] Erik Orsenna  a publié en 2014 une suite Mali, ô Mali où Madame Bâ revient au Mali pendant la guerre du Mali de 2012-2013.

Citations
* « Nous savons trop de choses : le savoir nous cache la vérité. [...] L'eau relie donc entre eux les morceaux séparés du monde. [...] Moi aussi, j'ai compris : l'eau guérit de la solitude. [...] La parole est comme l'eau, Marguerite. Elle aussi rompt notre solitude. » (pages 105-107)
* « Quand on a été jour après jour formé pour combattre, la vie ne peut vous paraître qu'une guerre multiple et perpétuelle. » (page 375)

Voir aussi
François Busnel, "Passeur d'Afrique", L'Express, 30 avril 2003.
Francis Kpatindé, "Madame Bâ raconte l'Afrique", Jeune Afrique, 8 juillet 2003.

Voir aussi mes fiches sur Éric Orsenna
* Erik Orsenna et son oeuvre : article de synthèse comprenant L'exposition coloniale, L'entreprise des Indes, Voyage au pays du coton et Sur la route du papier
* Madame Bâ --  Mali ô Mali --
* L'avenir de l'eau , Princesse Histamine, La fabrique des mots
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