dimanche 27 janvier 2013

Eric-Emmanuel Schmitt, les deux messieurs de Bruxelles

Eric-Emmanuel Schmitt publie un nouveau recueil de nouvelles Les deux messieurs de Bruxelles, tandis qu'au théâtre Rive Gauche, on joue sa pièce Anne Franck, un hymne à la vie mis en scène par Steve Suissa.

Référence : Éric-Emmanuel Schmitt, Les deux messieurs de Bruxelles, Albin Michel, 288 pages, novembre 2012.  

Éric-Emmanuel Schmitt, un des auteurs les plus lus et représentés au monde.  © Catherine Cabrol
 
« On apprend la sagesse en expérimentant le chagrin.»  Eric-Emmanuel Schmitt
 
Les deux messieurs de Bruxelles est un recueil de cinq nouvelles avec comme fil conducteur des vies en perspective sur le thème de l'amour. Il nous entraîne dans l'histoire de Jean et Laurent qui se qui se posent des questions sur le mariage et la parentalité, avec cet homme qui retrouve sa dignité d'être humain à Auschwitz grâce à l'amour d'un chien, avec ce curieux amour d'un second époux pour le premier mari de sa femme , avec les remords d'une mère rongée par la culpabilité après la mort de son fils, avec  l'histoire de ce couple confronté à la découverte d'une maladie génétique.
 

Dans une interview,  Éric-Emmanuel Schmitt, donne son sentiment sur les thèmes qu'il aborde dans ses nouvelles, où il développe différentes formes que peut revêtir l'amour. [1]
 
Pour lui, l'amour et la confiance sont les éléments moteurs de la condition humaine. Ses nouvelles sont inspirées d'histoires vraies et évoquent les liens subtiles qui soudent un couple, deux êtres plus cet amour qui les transcendent.
 
Dans Les deux messieurs de Bruxelles, la nouvelle qui donne son titre au livre, lors d'un mariage dans une église où un home et une femme sont unis par un prêtre, deux hommes célèbrent leur mariage,  à leur façon. Ils tisseront un lien puissant avec David, l'un des enfants du couple hétérosexuel qui deviendra finalement leur fils symbolique.
 
Dans la deuxième histoire, Le chien, qui se déroule à Auschwitz, le docteur Samuel Heymann, retrouvera le sentiment d'être vraiment une personne, et sa confiance en lui, grâce à un pauvre animal vagabond. Le chien n'a pas de préjugés, il n'est pas raciste et accueille l'homme sans a priori, contrairement aux bourreaux nazis. L'homme à travers cette expérience pourra réapprendre à vivre après la terrible expérience des camps et après avoir survécu à l'horreur de la Shoa. Une leçon de vie où un animal, par sa simple présence et son regard d'amour, parviendra à reconnecter un homme à l'humanité.
 
  Fichier:Eric-Emmanuel Schmitt 20100330 Salon du livre de Paris 2.jpg  Au salon du livre en 2010
 
Dans Ménage à trois, une jeune veuve autrichienne se remarie et curieusement son nouveau conjoint se prend de passion pour cet homme disparu dont il voudra défendre la mémoire à tout prix.

Un cœur sous la cendre, il aborde le problème de  nos attitudes en face de la souffrance, surtout lors qu'il s'agit d'un enfant et la confrontation aux prélèvements et aux greffes d'organes. Curieux amour que celui de cette mère qui préfère son neveu à son propre fils. Mais la mort va passer par là et la culpabilité va entraîner la mère dans le drame. Confrontation à la mort mais aussi à des maladies terribles comme la mucoviscidose -dont on dit que Chopin était atteint- et qui posent la question existentielle de savoir si l'on peut supprimer une vie, et dans quelles conditions. En tout cas, il n'existe pas de bonne solution et conclut l'auteur, « La plupart des problèmes éthiques relèvent du tragique.» 
 
Pour lui, il est difficile sinon impossible de se faire moraliste quand on traite de la complexité de l'être humain et des sentiments qu'il peut éprouver, « de leur volatilité, de leur évolution, quand on essaye de mettre en avant ce qui se cache sous certaines émotions. » Juger est déplacé et sans intérêt, aussi bien soi que les autres,  l'important est de montrer sa compassion, de rechercher une vérité qui est de toute façon fugace et si difficile à saisir sous ses multiples aspects. La réalité du quotidien ne définit pas la totalité de l'être, caractérisé aussi dans ses intentions autant que dans ses actes. L'imaginaire joue dans cette quête identitaire un rôle considérable, c'est une aide indispensable pour appréhender la réalité et faire la part des choses sans sombrer dans les frustrations car dit l'auteur « Beaucoup de désirs et d'aspirations s'accomplissent allégoriquement. » Le symbole construit tout autant une histoire d'amour que le visible, comme dans Les deux messieurs de Bruxelles où les deux homosexuels compensent leur frustration du désir d'enfant en vivant leur paternité discrètement par l'intermédiaire de David, l'enfant de l'autre couple.  
 
Il faut bien dissocier amour et sexualité. Dans l'amour, il y a projet de vie ensemble, projection commune dans l'avenir tout en acceptant son entité mystérieuse. La sexualité est synonyme de pulsion cherchant la jouissance et seul l'amour peut s'épanouir dans le mariage, y compris pour des personnes de même sexe. L'homoparentalité en est la conséquence, qu'elle provienne d'une insémination artificielle, d'une procréation médicalement assistée ou plus simplement d'une adoption. Cette reconnaissance éviterait bien des drames, notamment en cas de décès de l'un des parents...  alors « cessons de nier la réalité, entendons la souffrance des autres. »
 
A notre époque, Un cœur sous la cendre et L'enfant fantôme l'attestent, les gens éprouvent beaucoup de difficultés à supporter la souffrance, les privant ainsi d'une part de leur humanité. Comme si, dans nos sociétés du bonheur, le malheur n'avait plus droit de cité. Il confesse avoir longtemps « refusé ce qui le gênait . » L'expérience lui a appris à relativiser, à admettre, faisant de l'épreuve un travail sur soi qui rend plus fort, un attribut du bonheur car « se mesurer à sa douleur rend meilleur et rapproche des autres. » Le bonheur s'apprécie d'abord en collant à la réalité quotidienne et ses difficultés, ses avanies mais chacun doit rechercher sa propre vérité au fond de lui-même car il n'existe pas de réponse collective. La vie, c'est aussi un mystère qu'il faut assumer.  

 
 
[1] Interview parue dans le journal "Le point" du 1er décembre 2012

Mes articles sur Éric-Emmanuel Schmitt
--  Éric-Emmanuel Schmitt  Biographie  --  Le cycle de l'invisible  --  Le bruit qui pense
-- Un homme trop facile ? --  EE Schmitt entre réel et sentiments
-- L'élixir d'amour
 
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