Référence : Irène Frain, Histoire de Lou, éditions Régine Deforges, 127 pages, 1989
« Une bonne partie de la vie est composée de détails si infimes que nous ne prenons pas la peine de les noter sinon, de loin en loin, pour nous étonner de leur absence… »
Eugen Weber


                   

Lou Falkman est comme une truite solitaire qui glisse des doigts quand on veut l’attraper, le poisson plein de méfiance du Vieil homme et la mer. Secrète, insaisissable. Personne ne la connaît vraiment. Il faudra toute la pugnacité de la narratrice pour reconstituer peu à peu son histoire. Mais dans le puzzle qu’elle réalise, il manquera toujours quelques pièces pour connaître la vérité profonde de l’être que fut Lou et pour expliquer sa disparition. 

                Le père Raffles qui a bien connu la jeune fille, lui livrera maintes informations sur la vie de Lou, son collège, sa mère et son frère avec lesquels elle était brouillée, les nurses, l’appartement de Park avenue, l’accident d’avion, la complicité avec son père mais finalement, rien de décisif. Elle aura de nombreux amants car elle cherchait désespérément l’homme parfait, celui qu’elle appelait le "right man". Cette recherche du graal cachait sans doute une relation de domination avec des hommes d’influence qui ne pouvait déboucher que sur l’échec.

Lou semble vivre chichement, en particulier avec son apiculteur mais elle louera ensuite une suite à l’année au Warwick, le plus beau palace de Philadelphie et emmènera son amie la narratrice dans une réception très sélecte au Ritz où elle rencontrera des dames de la haute société comme Emma Walters.

Il faudra attendre la rencontre avec Leonor Fielding, l’avocate de Mrs Watkins, la mère de Lou, pour qu’elle subodore le rôle qu’a joué Howard, son dernier amant. 


                       

La narratrice –qui est aussi romancière- remplit à sa façon les blancs, lève comme elle peut les points d’interrogation, dans une logique qui tient aussi à son imagination.  Difficile de savoir quels rôles ont joué ses amants dans sa vie, l’apiculteur illuminé et un peu paumé retiré dans une vieille abbaye provençale, sans confort, John, beaucoup plus âgé qu’elle, gros mangeur et gros buveur et le dernier, le redoutable Howard Grant qui a sans doute joué un rôle majeur dans l’évolution de Lou. On apprendra qu’il vécut ensuite à San Angelo, une petite ville du Texas avec celle qu’il présentait à Lou comme "la terrible sicilienne"… mais pas plus. 

Était-il un de ces gourous qui exercent une terrible emprise sur les femmes, un manipulateur pervers capable d’imposer une implacable domination, de tisser comme une araignée une toile dont il est impossible de se libérer et où Lou a pu se brûler les ailes ?
La narratrice ne peut nous livrer que sa propre version. IL faudra bien nous en contenter à moins, à notre tour, de faire courir notre imagination pour remplir les cases vides du tragique destin de Lou.


                 

Présentation de l’auteure
« La vocation du romancier, c’est d’aller là où il n’a rien à faire. Je l’ignorais encore le jour où je suis partie aux États-Unis, quand j’ai voulu renouer avec mon amie Lou. Avec elle, sans l’avoir cherché, j’ai eu mon content d’aventures. Et de mésaventures. Il a fallu en convenir : la réalité, décidément, a plus d’imagination que les écrivains. 

Voilà pourquoi l’histoire de Lou, c’est aussi mon histoire. Il ne se passe guère de semaine sans que je pense à elle, fantôme échappé de l’époque de mes vingt ans, années permissives et légères. Dans la petite ville texane où il est parti s’enterrer, Howard est-il tourmenté comme moi par le souvenir de Lou ? J’en doute. De ce côté-ci de l’Atlantique, je crois être la seule à m’être approchée de la vérité. Mais trouverais-je jamais la force d’aller déranger Howard au fond du désert où il a fui l’amour de Lou ? »

            

Commentaires
« Un roman autobiographique ? Plutôt un scénario à la Hitchcock avec un climat de film noir, des personnages inquiétants, une fin énigmatique… Irène Frain organise le mystère et conduit son récit à la baguette, tambour battant. Irène Frain n’est pas si gentille… »
Frédéric Ferney, Le Figaro magazine


Voir aussi 
* Le roman historique : l'article sur le roman d'Irène Frain intitulé Les naufragés de l'île Tromelin --


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